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Des gouverneurs d’Etats brésiliens au Vatican pour sauver la forêt

Prenant leurs distances avec le gouvernement de Jair Bolsonaro, plusieurs gouverneurs d’Etats de l’Amazonie brésilienne se sont réunis au Vatican, le lundi 28 octobre 2019, avec des religieux et des scientifiques pour discuter des diverses manières de préserver la forêt.

La rencontre a eu lieu à l’Académie pontificale des sciences, au Vatican, au lendemain de la clôture du Synode sur l’Amazonie. Elle était organisée à l’initiative du groupe de Gouverneurs d’Amazonie Brésilienne et du Réseau de solutions pour un développement durable en Amazonie (SDSN-A). Des représentants d’autres pays d’Amérique latine étaient également présents.

«Nous voulons réaffirmer notre engagement pour le développement durable qui diminue les émissions de CO2 et la déforestation, dans le respect des peuples traditionnels», a souligné Waldez Góes, président du SDSN-A et gouverneur de l’état brésilien de l’Amapa, au nord du pays.

Opposition à Bolsonaro

Durant la rencontre, les gouverneurs ont reconnu que l’image qu’ils entendent donner de leur région contraste singulièrement avec les positions de Jair Bolsonaro sur les questions environnementales. Depuis son intronisation, en janvier 2019, le président brésilien a en effet défendu le principe de l’exploitation économique de l’Amazonie et de l’extraction minière sur les terres indigènes. Jair Bolsonaro est également accusé de favoriser, à travers un affaiblissement des services de contrôle, l’occupation illégale de terres et la déforestation.

«En toute légitimité, les gouverneurs d’Etats discutent des solutions possibles pour leurs territoires, a assuré le gouverneur de l’Etat du Pará, Helder Barbalho. Nous voulons nouer des partenariats avec l’Église et invitons à nous rejoindre tous ceux qui veulent collaborer en Amazonie, sans que cela signifie une remise en question de la souveraineté nationale».

«Pas de crise environnementale au Brésil !»

Pour préserver la forêt, les gouverneurs sont à la recherche de fonds financiers extérieurs. Ces derniers mois en effet, le renouvellement du financement de plusieurs projets bénéficiant du «Fond Amazone» a été suspendu. Ce fond avait été créé en 2008 pour financer des projets liés à la réduction de la déforestation notamment grâce à des contributions de Norvège et d’Allemagne.

Fábio Mendes Marzano, Secrétaire chargé des affaires de souveraineté nationale au sein du Ministère des affaires étrangères, et représentant du président Jair Bolsonaro était également présent à cette rencontre. «Il n’est absolument pas justifié de parler de crise de l’environnement au Brésil», a t il déclaré.

«Nier la crise relève du négationnisme !»

D’après le fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères «la pauvreté a été imposée dans le passé par une idéologie fallacieuse conservatrice, qui a empêché l’activité économique en Amazonie et a condamné la région». De quoi irriter le gouverneur Flávio Dino, pour qui «nier l’existence d’une crise environnementale au Brésil relève du négationnisme !».

Développer les activités bio

Pour freiner la déforestation, les scientifiques présents à cette rencontre ont répété l’importance de considérer des alternatives de développement autres que l’essor des industries minières et de l’agriculture extensive. «Le développement du commerce des aliments bio comme le palmier açaí ou du poisson comme le pirarucu, la production d’huiles essentielles, et de produits à vocation pharmaceutique représentent un potentiel économique gigantesque. Cela permettrait de générer beaucoup plus d’argent pour le pays et pour la population que le développement de quelconques activités d’agrobusiness», a estimé Rosa Lemos de Sá, du Fond bréslien pour la Biodiversité (Funbio).

A l’issue de la rencontre, les gouverneurs ont signé une lettre commune soulignant que l’Amazonie est menacée, et demandant que la communauté internationale aide à financer sa préservation. (cath.ch/jcg/mp)

La déforestation ravage l'Amazonie et menace la survie des populations indigènes | © Jean-Claude Gerez
30 octobre 2019 | 08:33
par Jean-Claude Gérez
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