Corée du Sud: Un sermon dénonciateur engendre une crise politique
Des groupes religieux se mobilisent contre les pratiques antidémocratiques de l’Etat
Séoul, 29 novembre 2013 (Apic) L’homélie prononcée le 22 novembre 2013 par un prêtre catholique sud-coréen a dégénéré en crise politique. La présidente Park Geun-hye, élue en décembre dernier, elle-même catholique, accuse le Père Park Chang-shin d’avoir tenu des propos favorables à la Corée du Nord, un acte qui tombe sous le coup de la loi. Divers groupes religieux du pays se mobilisent contre les pratiques antidémocratiques du gouvernement.
Vendredi 22 novembre était la veille du troisième anniversaire du jour où l’artillerie nord-coréenne a ouvert le feu sur l’île sud-coréenne de Yeonpyeong, tuant quatre personnes et ouvrant une crise majeure entre les deux Corées. Ce jour-là, le prêtre du diocèse de Jeonju, sur la côte ouest de la Corée du Sud, a insisté dans son homélie sur le soupçon qui pèse sur les services secrets sud-coréens, accusés d’avoir influencé le scrutin présidentiel en faveur de Park Geun-hye. Le prêtre a également clairement soutenu que les tensions intercoréennes étaient instrumentalisées par la droite conservatrice, dont est issue l’actuelle présidente, rapporte le 28 novembre 2013 «Eglises d’Asie» (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.
Représailles immédiates
La réaction de la présidente a été immédiate. Le 25 novembre, elle a indiqué qu’elle ne tolérerait «aucun comportement qui viendrait diviser le peuple et amoindrir la confiance de l’opinion». Son Premier ministre Chung Hong-won a même qualifié les paroles du Père Park de «destructrices pour le pays et favorables à l’ennemi».
Un groupe de jeunes conservateurs a déposé une demande d’enquête contre le Père Park, les propos du prêtre pouvant être considérés comme tombant sous le coup de l’article 7 de la loi sur la sécurité nationale, très restrictive en matière de liberté d’expression.
Des manifestations d’anciens combattants, accompagnés des familles des victimes de l’attaque de Yeonpyeong et de militants du parti de la présidente, ont eu lieu devant plusieurs cathédrales catholiques du pays. La cathédrale Myeongdong de Séoul et l’archevêché tout proche ont même dû être évacués après une alerte à la bombe, tandis que des policiers anti-émeute en assuraient la protection.
Les autres religions à la rescousse
Le camp conservateur s’est toutefois heurté à de vives résistances. Le 27 novembre, une instance fédérant 29 organisations protestantes a dénoncé les attaques dirigées contre le Père Park. Un appel à la démission de la présidente a été lancé.
Le 28 novembre, un millier de moines bouddhistes ont tenu un meeting à Séoul, pour demander à l’administration Park de «cesser d’enfreindre les règles de la démocratie».
En juillet dernier, des prêtres issus de tous les diocèses du pays avaient demandé une réponse du pouvoir politique concernant les soupçons de malversations électorales.
Dans la presse, certains commentaires s’interrogent sur un éventuel «conflit entre l’Etat et l’Eglise».
La situation a cela de paradoxal que Park Geun-hye est la première personnalité catholique à accéder la présidence, en Corée du Sud. Elle est la fille de Park Chung-Hee, qui a mis en place une dictature militaire après un coup d’état en 1961. Il fut assassiné en 1979. Sous son régime, des violations massives des droits de l’homme avaient été commises. (apic/eda/arch/rz)



