Dès le 22 novembre, plus de «soumission» à la tentation
Suisse: Le changement du «Notre Père» concernera aussi les Romands
Fribourg, 15 octobre 2013 (Apic) Les changements dans la prière du «Notre Père», annoncés le 14 octobre 2013 par la presse française, concerneront aussi les francophones de Suisse. C’est ce qu’a confirmé à l’Apic le chanoine François Roten, directeur du Centre romand de pastorale liturgique (CRPL). A partir du 22 novembre prochain, les prêtres de Romandie ne liront donc plus «Et ne nous soumets pas à la tentation», mais «Et ne nous laisse pas entrer en tentation».
«La position de toutes les Conférences épiscopales francophones est la même. Les changements (du «Notre Père, ndlr.) entrent en vigueur, en principe en même temps, pour tout le monde francophone», a confirmé le 15 octobre le Père Roten à l’Apic.
La modification de la prière la plus sacrée des catholiques a été annoncée le 14 octobre par le journal français «Le Progrès» et confirmée par la suite par la Conférence des évêques de France (CEF). Le média notait que la prière allait être reformulée, dans la nouvelle traduction française de la Bible liturgique, pour les catholiques de tous les pays francophones. La participation de l’Eglise suisse à cette mesure n’avait cependant jusqu’à maintenant pas été confirmée.
L’assemblée des secrétaires francophones nationaux de liturgie, actuellement en session de travail a élaboré, suite aux articles parus dans la presse, un petit texte expliquant brièvement la situation des faits.
Pas de changement immédiat pour la prière récitée
Le communiqué, intitulé «Note sur la nouvelle traduction de la Bible pour la liturgie» indique: «Il y a 17 ans, les Conférences épiscopales francophones ont demandé de mettre en chantier une traduction intégrale de la Bible à usage liturgique. En effet, au lendemain du Concile, seuls les textes utilisés pour la Messe et les sacrements ont été traduits en français. Cette traduction post conciliaire méritait aussi une révision. La traduction à paraître le 22 novembre prochain est cette version intégrale et révisée.
Parmi les modifications remarquables figure cette demande du Notre Père : «Et ne nous laisse pas entrer en tentation» qui remplace «Ne nous soumets pas à la tentation». Cette dernière traduction, actuellement en usage, n’est pas défectueuse mais prête à confusion, d’où sa modification.
Rien ne change actuellement pour la prière du «Notre Père», y compris à la Messe. Un changement pourra intervenir dans quelques années lorsque entrera en vigueur la nouvelle traduction du Missel Romain, qui est encore en chantier».
Le Père Roten relève que la décision de changer la traduction du «Notre Père» a été décidée par chacune des Conférences épiscopales francophones ( France, Canada, Belgique, Luxembourg, Afrique du Nord et Suisse) et acceptée par Rome.
Encadré 1
Les avancées de cette nouvelle traduction (intégralité de l’Ancien Testament)
«Au lendemain du Concile Vatican II, les évêques catholiques francophones ont fait élaborer une traduction de la Bible destinée à la proclamation liturgique. Cette traduction répondait aux besoins de la liturgie renouvelée, telle que promulguée par le pape Paul VI. Elle reprenait tous les passages de l’Ecriture sainte qui figurent aux Lectionnaires des célébrations, à savoir la quasi totalité du Nouveau Testament et une bonne partie de l’Ancien Testament.
Toute la Bible
La nouvelle traduction publiée cette année ne se cantonne pas à réviser les textes francophones des années 1970: elle reprend tous les textes bibliques canoniques dans leur intégralité. Ainsi on y trouve les 2’000 versets du Nouveau Testament et les 21’000 versets de l’Ancien Testament qui faisaient défaut dans la première traduction liturgique.
Cette nouvelle traduction est donc d’importance, spécialement en ce qui concerne l’Ancien Testament, puisque seul un cinquième de ce recueil avait été initialement traduit.
Cela avait pour conséquence que la Liturgie des Heures (le bréviaire), qui propose la lecture régulière d’une partie beaucoup plus importante de l’Ancien Testament que n’en présentent les Lectionnaires, devait faire appel à une autre traduction de la Bible pour tous les passages ne figurant pas dans la traduction liturgique officielle. La nouvelle traduction permettra de bénéficier, dans ce livre liturgique aussi, d’une traduction propre.
Pourquoi lire l’Ancien Testament?
Le qualificatif d’»ancien» ne signifie pas que l’Ancien Testament serait périmé. L’Eglise ne saurait se passer de ce Testament que d’aucuns appellent «Premier», pour lui éviter une connotation négative.
Sans l’Ancien, il n’y aurait pas de Nouveau Testament. On pourrait même dire que nous ne comprenons ce dernier qu’à la lumière de celui-là. Cependant, pour nous chrétiens, l’inverse est aussi vrai: nous lisons l’Ancien à la lumière du Nouveau, à la lumière de ce que le Christ Jésus nous a révélé du Père.
L’enseignement de Jésus au sujet de l’Ancien Testament
A ceux qui lui reprochaient de ne pas respecter la Loi et de changer la tradition, le Christ Jésus parle non de changement ou d’abolition, mais d’accomplissement : «Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.» (Mt 5,17)
La rencontre du Ressuscité avec les deux disciples d’Emmaüs illustre admirablement cette vision chrétienne de l’Ancien Testament qui trouve son accomplissement dans le Nouveau: «Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, (Jésus) leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait». (Lc 24, 27)
Avec les Apôtres réunis au lendemain de la Résurrection, le Christ agit de même en leur déclarant : «Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : ‘Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes’. Alors il ouvrit leur intelligence pour qu’ils comprennent les Ecritures. Il leur dit: Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations.» (Lc 24, 44-47)
A chaque page le mystère du Christ
Ces récits de l’évangile de Luc sont de belles icônes de ce que fait aujourd’hui encore l’Eglise quand elle se trouve réunie pour la célébration liturgique. La Présentation Générale du Lectionnaire Romain l’explique: «C’est l’unique et même mystère du Christ que l’Eglise annonce quand elle proclame aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament dans la célébration liturgique. En effet le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien Testament est dévoilé dans le Nouveau. Le Christ est le centre et l’accomplissement de toute l’Ecriture comme il l’est de toute célébration liturgique: c’est donc à ces sources que doivent puiser tous ceux qui cherchent le salut et la vie.»
Le Concile Vatican II nous a rappelé que, dans nos assemblées, le Christ est présent par son Esprit et il nous explique les Ecritures. «Il est là présent dans sa parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l’Eglise les saintes Ecritures.» Ainsi donc, la lecture de l’Ecriture – Ancien et Nouveau Testament – est au cœur de toutes nos célébrations liturgiques. Proclamée en assemblée, l’Ecriture devient Parole de Dieu pour l’Eglise qui l’écoute aujourd’hui.
Le Christ accomplit la promesse
En Jésus Christ s’accomplissent les promesses de l’Ancien Testament. Les grands événements qui ponctuent l’histoire d’Israël, les hommes et les femmes – chefs, rois, prophètes, grand-prêtres, héros – qui ont marqué cette histoire, constituent autant de figures qui annoncent ce qui arrivera dans les temps nouveaux.»
Cependant le mystère du Christ dépasse le simple fait de l’accomplissement. Jésus est le Messie annoncé mais sa vie et ses paroles confèrent à l’image vétérotestamentaire du Messie, comme à celles de salut d’ailleurs, une réalité nouvelle.
Et donc, si l’Ancien Testament peut parfois heurter notre conscience morale contemporaine, le chrétien se souvient en le lisant que Dieu s’est révélé au cours de l’histoire des hommes en respectant le cheminement de son peuple et sans le brusquer. Par les patriarches et les prophètes, Dieu a pris le temps de former ce «peuple à la tête dure» (Dt 9,13) pour, aux derniers temps, le conduire jusqu’au pardon et à l’amour du prochain, fut-il un ennemi. C’est l’enseignement nouveau donné en Jésus Christ, fils de Dieu fait homme.
La traduction intégrale de la Bible liturgique offre d’heureux avantages. Elle permettra par exemple à qui a entendu un court passage vétérotestamentaire à la messe, ou bien un passage tronqué, de se référer au chapitre complet d’où la lecture est extraite et de prendre ainsi connaissance de son contexte général.»
Chanoine François Roten
(apic/com/rz)



