Colombie: Massacre de 12 indigènes du peuple Awa
Des membres de l’armée seraient impliqués
Bogota, 28 août 2009 (Apic) De nouvelles informations ont émergé sur le massacre de 12 indigènes du peuple Awa, dont quatre enfants, tués mercredi 26 août par des hommes armés cagoulés, dans le département méridional Nariño. Une des victimes aurait dû témoigner au procès de militaires accusés d’avoir assassiné son mari, rapporte l’agence Misna. Human Rights Watch accuse des forces de l’ordre d’être impliqués dans ce massacre.
Javier Dorado, responsable du Bureau des Droits de l’homme du Nariño, a précisé que Tulia García aurait dû témoigner au procès de militaires accusés d’avoir assassiné son mari, Gonzalo Rodriguez, trois jours auparavant, et de l’avoir présenté comme un rebelle mort au combat. Il s’agirait de l’énième cas de «faux positifs», terminologie employée pour désigner les victimes d’exécutions arbitraires inscrites illégalement sur les listes des combattants tués dans le cadre des offensives menées contre les groupes armés: un scandale qui a déjà donné lieu à l’arrestation de 80 soldats et à l’ouverture d’enquêtes sur 1150 autres.
José Miguel Vivanco, directeur du programme pour les Amériques de l’organisation Human Rights Watch, a observé pour sa part qu’à partir des premières informations disponibles, des membres de l’armée seraient impliqués dans le massacre, commis «pour éliminer les témoins d’atrocités», revendiquant l’intensification des efforts du gouvernement pour protéger les civils des abus. L’organisation Amnesty International a rappelé pour sa part que le peuple Awa avait été victime d’un troisième massacre en moins d’un an, pour un total de 50 morts au minimum depuis septembre 2008, causés par la guérilla, les forces armées et leurs alliés paramilitaires, qui combattent pour le contrôle du territoire.
Au moins huit Awas ont été assassinés en février par les guérilléros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) qui les accusaient de collaborer avec les militaires, rappelle Misna. Mais le dernier massacre des indigènes ne serait pas à imputer à la guérilla: «Rien n’est encore élucidé, mais il semblerait que les Farc n’aient rien à y voir», a déclaré le gouverneur du Nariño, Antonio Navarro. Tout en condamnant l’assassinat des indigènes et annonçant la participation aux enquêtes du bureau des Droits de l’homme de l’Onu en Colombie, le gouvernement a offert jeudi une récompense de 35’000 euros à quiconque sera en mesure de fournir des informations susceptibles de porter à l’arrestation des auteurs du massacre. (apic/misna/bb)



