Sri Lanka: Méfiance à l’égard de la Commission d’enquête sur la guerre civile

Des militants chrétiens disent leur pessimisme et ne croient pas aux promesses

Colombo, 11 juin 2010 (Apic) Des militants chrétiens du Sri Lanka ont réservé un accueil peu enthousiaste à la commission d’enquête mise en place par le président sri lankais Mahinda Rajapaksa sur les dernières années des trois décennies de la guerre civile qui a opposé l’armée aux rebelles tamouls.

«A en juger par les diverses commissions d’enquête par le passé, celle-ci ne laisse pas beaucoup d’espoir», a déclaré à ENInews Rukshan Fernando, du Mouvement de solidarité chrétienne. L’annonce de l’établissement de la commission d’enquête a été faite au lendemain du premier anniversaire de la victoire décisive des forces gouvernementales sur les rebelles. Le conflit a causé la mort de plus de 100’000 personnes.

En mai 2009, le gouvernement sri lankais avait annoncé sa victoire sur les rebelles des Tigres de libération de l’Eelam tamoul, groupe qui, pendant 26 ans, a mené une campagne parfois violente en faveur de l’autonomie des régions majoritairement peuplées de Tamouls, dans le nord et l’est de cet Etat insulaire de l’océan Indien dominé par les Cingalais de confession bouddhiste.

Des militants chrétiens ont affirmé que plusieurs milliers de personnes ont péri lors de l’assaut final sur les Tigres tamouls, qui se servaient de civils comme boucliers humains.

La commission mise en place par le président Rajapaksa vise à faire la lumière sur les événements qui se sont déroulés entre le court cessez-le-feu de 2002 et la défaite militaire des rebelles. Cependant, Jehan Perera, catholique romain et directeur du Conseil national pour la paix, qui est notamment soutenu par les principales Eglises, a affirmé qu’aucune des nombreuses enquêtes déjà menées n’avaient révélé d’éléments nouveaux ou permis de traduire quiconque en justice pour son implication dans la disparition de civils.

Des centaines de civils, dont des prêtres et des pasteurs, auraient été supprimés par l’armée dans le nord et l’est du Sri Lanka, où le gouvernement luttait contre les Tigres tamouls pendant ce très long conflit. Rukshan Fernando, qui s’est rendu plusieurs fois à de nombreux endroits de la zone de guerre après la défaite des rebelles, a déclaré que l’état-major de l’armée sri lankaise avait menacé et interrompu physiquement des services de deuil œcuméniques et interreligieux organisés pour marquer l’anniversaire de la victoire gouvernementale. Il a expliqué que les responsables de l’armée sont désormais occupés à installer des panneaux en cingalais dans les régions majoritairement tamoules du nord, et des pancartes faisant l’éloge du bouddhisme dans les régions exclusivement hindoues et chrétiennes. «Si c’est le message que le gouvernement veut transmettre à la population pour surmonter les divisions ethniques, je suis scandalisé», a déclaré Rukshan Fernando. (apic/eni/pr)

11 juin 2010 | 16:46
par webmaster@kath.ch
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