Sri Lanka: Méfiance dans les rangs de l’Eglise suite à la victoire électorale de la coalition au pouvoir à Colombo

Des militants chrétiens expriment leur appréhension

Colombo, 15 avril 2010 (Apic) Suite à la victoire de la coalition au pouvoir à Sri Lanka – menée par le président Mahinda Rajapaksa – par près de deux tiers des suffrages lors de la récente élection législative, la méfiance s’est installée dans les rangs de l’Eglise. Des militants chrétiens ont exprimé leur appréhension quant à l’avenir politique de ce pays insulaire de l’océan Indien.

«Les élections ont clairement plébiscité le gouvernement. Nous prions pour que celui-ci tire parti du mandat qui lui a été donné pour reconstruire ce pays déchiré par la guerre et s’attaquer aux problèmes économiques auxquels nous sommes confrontés», a déclaré Paikiasothy Sarvanamuthu, directeur exécutif à Colombo du «Centre for Policy Alternatives», à l’agence œcuménique ENI. L’»United People’s Freedom Alliance», le parti au pouvoir, s’est octroyé 117 des 180 sièges à pourvoir lors de l’élection du 8 avril, tandis que la principale alliance d’opposition, le «United National Party», menée par un ancien Premier ministre, n’a obtenu que 46 sièges. Pour 16 circonscriptions, les résultats ont été différés en raison de plaintes d’opacité dans le scrutin, tandis que 29 sièges seront attribués selon la part des voix accordées à chaque parti politique.

La détention prolongée du général Sarath Fonseka n’est pas un bon signe

«Néanmoins, des préoccupations majeures subsistent quant aux droits civiques et aux libertés politiques. L’action du gouvernement dans ce domaine laisse à désirer», a souligné Paikiasothy Sarvanamuthu, qui est l’un des présidents du Centre de surveillance de la violence électorale. La détention prolongée du général Sarath Fonseka – l’ancien chef de l’armée qui a mené la campagne militaire couronnée de lauriers contre les rebelles tamouls et qui fut candidat malheureux à la présidentielle – «envoie un signal erroné aux opposants au gouvernement», selon Paikiasothy Sarvanamuthu.

Le général Fonseka, qui est détenu depuis plusieurs semaines, devra répondre en cour martiale d’accusations de tentative de renversement du gouvernement après sa défaite à l’élection présidentielle. Le Conseil national de la paix, dont font partie les principales Eglises de Sri Lanka, a indiqué dans un communiqué en début de semaine que «l’obtention de six sièges supplémentaires [pour assurer une majorité des deux tiers permettant des amendements constitutionnels] ne devrait pas poser trop de problèmes à un gouvernement qui a été capable d’attirer plus d’une quarantaine de transfuges d’autres partis pendant la dernière session parlementaire.»

Il a toutefois averti que des modifications de la Constitution risquaient de «démoraliser encore plus l’opposition et de donner carte blanche au pouvoir pour gouverner sans compromis». «Il serait davantage dans l’intérêt de la nation que le gouvernement s’engage sur le chemin – moins pratique mais politiquement plus équitable – du respect de l’intégrité des partis d’opposition au Parlement, en cherchant à obtenir leur soutien pour les modifications constitutionnelles», a indiqué le Conseil national de la paix. (apic/eni/be)

15 avril 2010 | 17:53
par webmaster@kath.ch
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