Des moines loin d'être zen

Sri Lanka: L’Eglise fait face au phénomène des «bouddhistes talibans»

Colombo, 2 mai 2013 (Apic) Les «bouddhistes talibans», des groupes de moines intégristes, extrémistes et violents, préoccupent sérieusement la société civile et les minorités religieuses, dénonce Mgr Raymond Wickramasinghe, évêque catholique de Galle, dans le sud du Sri Lanka. Ces mouvements bouddhistes ont suscité une vague de violence visant les communautés musulmanes et chrétiennes.

Au cours de ces deux derniers mois, les actes de violence se sont multipliés, rapporte le 30 avril l’agence missionnaire vaticane «Fides». Il y a deux semaines, des militants du groupe bouddhiste intégriste «Bodu Bala Sena» (BBS) ont détruit une usine textile appartenant à un musulman près de Colombo. Entre temps, des affiches et des dessins ridiculisant l’islam ont été diffusés.

Récemment, deux églises ont été attaquées et deux autres contraintes à fermer suite aux pressions des fanatiques. A Batticaloa, à l’est du pays, le 9 mars dernier, des membres du BBS ont incendié une église. Le 17 mars, une foule emmenée par des moines bouddhistes a fait irruption dans une église d’Agalawatta, à l’ouest du Sri Lanka, interrompant le culte. Des menaces similaires ont été adressées à une assemblée de l’église pentecôtiste de Kottawa et à une autre de Galle.

Selon «Fides», en 2012, les communautés chrétiennes de différentes confessions au Sri Lanka ont enregistré environ 50 cas d’attaques de la part de moines bouddhistes. En décembre, 1’000 personnes en proie à une fureur religieuse, parmi lesquelles de nombreux moines bouddhistes, ont agressé un pasteur à Weeraketiya, dans la partie méridionale de l’île. En septembre 2012, Mgr Rayyappu Joseph, évêque catholique de Mannar, dans l’ouest du pays, a été légèrement blessé par un jet de pierres lors de l’attaque d’une église.

Les organisations bouddhistes traditionnelles sont pacifiques

Le principal groupe responsable d’actes d’intolérance est le BBS (Force de pouvoir bouddhiste), mais il existe bien d’autres mouvements de ce genre. Mgr Wickramasinghe craint que – quelques années après la fin de la guerre civile – une nouvelle vague de violence intestine ne vienne dévaster la société. C’est pourquoi il a décidé de relancer la promotion du dialogue et de l’harmonie religieuse par l’intermédiaire de la Commission «Justice, paix et développement humain». L’Eglise a pour mission de «jouer un rôle prophétique» remarque-t-il, même si cette œuvre pourrait être mal comprise. L’évêque demande le soutien et la prière de la communauté chrétienne du monde entier.Les grandes organisations bouddhistes traditionnelles, totalement pacifiques, désapprouvent l’approche radicale et violente des groupes «talibans».

Le facteur religieux bouddhiste est une composante essentielle de l’identité des Cinghalais qui forment 70% des 20,8 millions d’habitants de l’île. Les minorités ethniques tamoules sont, quant à elles, majoritairement hindoues. Des communautés chrétiennes et musulmanes, représentant respectivement 8,8% et 9,5% de la population, sont également présentes au Sri Lanka. (apic/fides/rz)

2 mai 2013 | 16:18
par webmaster@kath.ch
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