Vietnam: La liberté religieuse a été violée de nombreuses fois en 2010

Des persécution et de la violence

Vietnam, 24 novembre 2010 (Apic) En 2010, la liberté et la pratique de la religion se sont améliorées dans certains domaines, au Vietnam, note le récent rapport du Département d’Etat américain sur la «liberté religieuse dans le monde». Cependant, il relève que certains problèmes persistent, parmi lesquels «des persécutions temporaires, l’usage excessif de la violence par les autorités locales en certains endroits à l’encontre de groupes religieux et le grand retard apporté à l’enregistrement des communautés religieuses protestantes», rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).

Au crédit des efforts accomplis par le gouvernement, le rapport relève les facilités accordées aux constructions de nouvelles églises, lieux de prière, pagodes et établissements de formation pour religieux, prêtres et pasteurs. On souligne aussi que de nouvelles communautés religieuses ont été enregistrées dans quelques-unes des 64 provinces du Vietnam, qu’un nouveau groupe religieux et une dénomination protestante ont été reconnus officiellement.

Le gouvernement a également permis le développement des activités caritatives des religions. Le chef de l’Etat, Nguyên Minh Triêt, a rencontré le pape Benoît XVI au Vatican. Rome et le Vietnam se sont mis d’accord pour la nomination d’un représentant du Saint-Siège non résident au Vietnam, ce qui constituerait la première étape du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux Etats. Diverses religions, dont le catholicisme, le protestantisme, le bouddhisme, ont été autorisées à organiser des célébrations exceptionnelles, qui ont quelquefois rassemblé plus de 100’000 participants.

Contrôle strict du gouvernement

«Cette liste impressionnante de progrès ne peut malheureusement pas cacher, un certain nombre de problèmes récurrents spécialement apparents au niveau local», souligne le rapport américain. Il reproche au gouvernement actuel son inertie dans l’enregistrement des nouveaux groupes religieux protestants du Nord et des hauts plateaux du Centre. Cette inaction est à l’origine d’un certain nombre de problèmes rencontrés par diverses communautés protestantes.

Cinq ans après en avoir reçu la demande, le gouvernement vietnamien n’a pas encore autorisé la publication d’une traduction de la Bible en langue h’mong (1). Le gouvernement exerce un contrôle strict sur toutes les religions autorisées et perçoit les diverses initiatives de celles-ci comme des mises en cause du rôle dirigeant du parti. Les autorités continuent de refuser de reconnaître certains groupes indépendants du bouddhisme Hoa Hao et du caodaïsme (2) à cause du passé de leurs dirigeants et de leur opposition à la politique actuelle. Il en est de même du bouddhisme unifié refusant le contrôle de l’Etat sur ses activités purement religieuses.

Les privés aussi menacés

Le rapport américain relate encore les diverses actions gouvernementales utilisant la violence à l’encontre de certaines communautés religieuses. Il cite notamment l’expulsion et la dispersion des disciples du Révérend Thich Nhât Hanh hors de leur couvent de Bat Nha, dans le centre Vietnam. Le rapport mentionne aussi la destruction par la police de la croix monumentale sur le territoire de la paroisse de Dông Chiêm ou encore la violente attaque de la police contre le cortège funéraire des paroissiens de Côn Dâu, à la porte du cimetière où ils voulaient enterrer un de leurs morts. Les auteurs de ce compte rendu sur la liberté religieuse dans le monde ajoutent encore que cette violence s’exerce également, en dehors des communautés religieuses, sur des personnes privées connues pour leur adhésion à la foi chrétienne.

Sur la liste des «pays préoccupants»?

Ainsi, les aspects positifs sont largement contrebalancés par un ensemble impressionnant de violations de la liberté religieuse. Finalement, la lecture du rapport rédigé par la Commission américaine pour la liberté religieuse dans le monde ne donne pas une haute idée du comportement des autorités vietnamiennes en matière religieuse en cette année 2010.

A la lecture de ce rapport, le congressiste américain Chris Smith a suggéré au Département d’Etat de faire à nouveau figurer le Vietnam sur la liste des «pays préoccupants» en matière de liberté religieuse, au même titre que l’Irak, le Nigeria, le Pakistan et le Turkménistan. Cette liste comprend aujourd’hui huit pays dont la Chine (3). Le Vietnam y a figuré de 2004 à novembre 2007, date à laquelle il en avait été retiré lors de la visite du président George W. Bush à Hanoi, à l’occasion du sommet de l’APEC (Coopération économique pour l’Asie-Pacifique) (4).

Notes:

(1) Langue d’un peuple d’Asie, originaire des régions montagneuses du sud de la Chine (spécialement la région du Guizhou) au nord du Vietnam et du Laos.

(2) Le caodaïsme est une religion fondée en 1921 et instituée en 1925, au Vietnam, par Ngô Van Chiêu, fonctionnaire vietnamien, après qu’il fut entré en contact, lors d’une séance de spiritisme, avec un «esprit». Cet esprit se donna d’abord pour nom «AÂA», les trois premières lettres de l’alphabet vietnamien, puis ensuite «Cao Dai Tien Ong» (Cao Dai signifie «Être suprême») et ordonna à Ngô Van Chiêu de créer le caodaïsme. Cette religion fut reconnue par les autorités coloniales en 1926 et regrouperait actuellement plus de 2 millions d’adeptes.

(3) La partie concernant le Vietnam peut être trouvée à l’adresse www.state.gov/g/drl/rls/irf/2010/148903.htm

(4) L’APEC est une organisation intergouvernementale visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l’investissement de la région Asie-Pacifique. (apic/eda/nd)

24 novembre 2010 | 14:41
par webmaster@kath.ch
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