France: 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises
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«Nous souvenir pour mieux façonner l’avenir»
Paris, 6 avril 1998 (APIC) Il y a 150 ans, l’esclavage était entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises. Les évêques de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane Française et de la Réunion publient à l’occasion de cet anniversaire une déclaration commune intitulée: «Esclavage: Abolition-Libération! Nous souvenir pour mieux façonner l’avenir».
Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France, dans un communiqué publié lundi, estime que la déclaration de ses confrères des départements français d’Outre-Mer concerne non seulement les habitants de leurs propres diocèses, mais aussi aux Martiniquais, aux Guadeloupéens, aux Guyanais et aux Réunionnais qui vivent sur le territoire métropolitain. Il concerne aussi tous les Français de la métropole. «La mémoire de l’esclavage, aboli en 1848, appelle à regarder le présent avec lucidité et à vouloir un avenir de vraie libération pour tout homme».
Cette déclaration, ajoute, Mgr Billé, est proposée au début de la Semaine Sainte, une semaine auquel nous réentendrons les paroles de Jésus: «L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres». (Luc 4,18)
Les évêques signataires – Mgr Maurice Marie Sainte, archevêque de la Martinique, Mgr Ernest Cabo, évêque de La Guadeloupe, Gilbert Aubry, évêque de la Réunion et Mgr François Morvan, évêque de Cayenne – portent d’abord un regard sur le passé. «Avec la découverte du Nouveau Monde et la conquête de ses territoires, dans un contexte économique qui allait exploiter outrageusement l’Afrique et les Indes, l’esclavage, vieux comme le monde mais qui sévit encore à notre époque, avait trouvé un terrain propice pour se développer».
Un immense péché collectif
«La plupart des pouvoirs en place entre l’Europe et l’Afrique, poursuivent-ils, se sont alors ligués pour l’exploitation systématique de certains hommes par d’autres hommes. On pouvait les assimiler à des objets sans âme, à des meubles, à des machines. Des personnes ont souffert et ont fait souffrir. Des hommes ont été vendus par leur frères et achetés sur la place publique comme dans des foires à bestiaux. Dans l’esclavage, le travail lui-même s’est dégradé, dégradant tous les partenaires. L’intégrité humaine a été avilie, la dignité bafouée, la liberté enchaînée. Ce fut un immense péché collectif en toute légalité et impunité».
Les évêques reconnaissent également que l’Eglise catholique d’alors en France, jouissant du statut officiel de religion d’Etat, a été impliquée dans le système et a participé aux ambiguïtés de l’histoire. «A travers cette relecture de notre histoire, n’avons-nous pas à nous sentir et à nous déclarer tous solidaires dans le bien que nous n’avons pas fait, comme dans le bien que nous avons mal fait, ou dans le mal que nous pouvons nous reprocher? C’est dans cette solidarité que nous trouvons une place pour la repentance».
Les évêques décrivent aussi les valeurs positives de la résistance noire. «Nos populations ont été façonnées par des apports multiples qui nous valent aujourd’hui des cultures originales. Nos langues populaires témoignent d’un vouloir de vivre ensemble à partie de nos interdépendances quotidiennes. Bien plus, la dynamique de la libération, inscrite aussi bien dans le comportement des esclaves que dans l’imaginaire collectif, fut capable d’engager des capacités de révolte, de marronnage et de résistance vis à vis du mal et de l’injustice. Bien des intellectuels et des poètes ont porté jusqu’à nous cette tradition de lutte pour préserver le prix de la vie».
L’emprise moderne de l’argent et du profit
Regardant enfin son regard sur le présent et l’avenir, la déclaration pose la question: «On peut se demander si l’abolition de l’esclavage a été effectivement accompagnée d’une libération de l’homme?. Car aujourd’hui encore existent dans nos régions des groupes de pression économique et politique très puissants qui freinent le développement authentique de nos communautés. L’Eglise demande aujourd’hui de réexaminer leur relation au pouvoir. L’emprise de l’argent, du profit et du pouvoir ne risque-t-elle pas de réveiller des comportements assez semblables à ceux d’avant 1848?» (apic/com/ba)



