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APIC Témoignage

Elias Chacour, prêtre, Palestinien et Israélien

«Donnez-moi un sourire d’espérance!»

Par Michel Bavarel

Nyon, 22 janvier 2003 (APIC) Curé grec-catholique d’Ibillin, en Galilée, Elias Chacour délivre avec force un message évangélique d’amour des ennemis et de non violence, au coeur du conflit israélo-palestinien. Fondateur d’une école de 4’500 élèves qui accueille des chrétiens, des musulmans, des juifs et des druzes, auteur de plusieurs livres, il est de passage en Suisse romande. Avant de prononcer plusieurs conférences, il s’est adressé à la presse.

«Je n’ai rien à vous apprendre, je viens seulement vous raconter mon histoire», dit Elias Chacour qui se présente à la fois comme Palestinien, Arabe, chrétien et citoyen israélien. «Ces quatre identités ne vivent pas en paix entre elles. Je suis une contradiction ambulante. C’est un défi!»

Qu’est-il d’abord? Un Israélien? «Impossible. Je suis plus âgé que l’Etat d’Israël. Israël est né dans mon pays, ce n’est pas moi qui suis né en Israël. Quand les soldats juifs sont venus dans mon village, ils nous ont ordonné de quitter nos maisons pour deux semaines. Ces deux semaines durent encore 54 ans après.» Un Arabe? Un chrétien? «Je ne suis pas né chrétien et, enfant, je ne parlais pas l’arabe» Alors? «J’ai été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et je dois me défendre contre tous ceux qui veulent m’amoindrir».

Pour Elias Chacour, l’origine de la guerre qui oppose deux peuples sémites n’est ni la race ni la religion, mais le fait que tous deux revendiquent la même terre. «Les juifs disent: nous étions là il y a 2000 ans, maintenant que nous sommes revenus, partez! Les Palestiniens disent: nous étions là avec vous et nous sommes restés, alors que vous avez été exilés. Ce qui emporte la décision, c’est la raison du plus fort. Je ne l’ai jamais acceptée!»

Quand on lui fait remarquer que c’est au nom de Dieu qu’on se bat, Elias Chacour proteste: «Sans Dieu, je serais un terroriste, car la maison de ma famille a été détruite, j’ai été battu par la police, privé d’espoir. Mais Dieu m’a dit d’aimer mes ennemis».

Peur pour Israël

On a parfois l’impression que ce conflit est sans solution. «En Europe, vous voudriez résoudre tous les conflits, mais ce n’est pas toujours possible. Apprenons à vivre avec eux sans nous entretuer!» Car la violence n’amène rien de bon. «Malheureusement, mes frères palestiniens commettent la grande faute de compter sur des petites armes qui ne font que justifier les représailles israéliennes. Mais j’ai encore plus peur pour Israël. Ce petit pays croit que ses armes puissantes et l’appui des Etats-Unis peut le protéger, alors que sa véritable protection serait l’amitié de ses voisins».

C’est bien ce que prône Elias Chacour: le pardon, l’amour. «Je demande à nos 4’500 étudiants, musulmans, chrétiens, juifs, druzes: donnez-moi un sourire d’espérance!» C’est ce qui nous manque et que ne peuvent pas apporter les armes ou les destructions de maisons». La terre ne peut appartenir entièrement ni aux Israéliens ni aux Palestiniens. L’idée de deux Etats existant côte à côte est d’ailleurs maintenant acceptée intellectuellement, mais les émotions sont tellement profondes qu’on ne parvient pas à la traduire dans les faits. Malgré tout, affirme Elias Chacour, «J’ai foi en nous (c’est le titre de son dernier ouvrage) au-delà du désespoir».

Le rôle de l’Europe.

Quel peut-être le rôle de Europe? La solidarité, d’abord avec les chrétiens de Palestine tentés par l’émigration, pour qu’ils puissent rester sur place «car, dit Elias Chacour, notre langage n’est pas celui de la haine et des représailles. Si nous sommes tués, nous ne voulons que ce soit en tuant d’autres personnes». Cependant, il ne nous demande pas de prendre parti d’une manière unilatérale. «Nous ne voulons pas que vous vous engagiez dans notre camp contre l’autre camp. Si vous avez de la sympathie pour le peuple juif, et même pour les sionistes, et même pour les colons, continuez à leur donner de l’amitié, ils en ont besoin – nous n’en avons pas moins besoin qu’eux. Cependant, il faut que cette amitié ne soit pas une inimitié pour les Palestiniens. De notre côté, nous ne sommes pas en quête d’amis qui nous encouragent à haïr les juifs. Nous n’avons pas besoin d’un ennemi de plus, mais d’un ami commun».

Auteur de «Frère de sang», notamment, un livre traduit en 28 langues, Elias Chacour est prêtre à Ibillin, près de Nazareth. Candidat au Prix Nobel de la paix en 1986, 89 et 94, il a reçu le Prix Niwano pour la paix, en 2001. Il a ouvert sa première école pour le dialogue et la compréhension il y a 30 ans. MBA

Encadré

Evêque de Jérusalem

Le père Elias Chacour a été élu par le Synode grec-catholique évêque de Jérusalem. Il sera installé ultérieurement. Il a annoncé la création, d’ici quelques mois, de la première Université arabe israélienne «où personne ne sera étranger». Son dernier livre, «J’ai foi en nous» a été publié aux Presses de la Renaissance, en 2002. Il parle au Centre paroissial de Bernex (GE) le mercredi 22 janvier et à l’aula du collège de Terre Sainte, à Coppet (VD), le 24 janvier. MBA

Les photos du Père Elias Chacour sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch (apic/pr/mba)

23 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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