«Des plans efficaces, rapides et complets»

Rome: La pédophilie, l’œcuménisme et l’accueil des anglicans au menu du consistoire

Rome, 20 novembre 2010 (Apic) Réunis au Vatican autour de Benoît XVI, le 19 novembre, des cardinaux ont demandé à Rome «des plans efficaces, rapides et complets» pour lutter contre la pédophilie au sein du clergé, rétablir la justice et venir en aide aux victimes. C’est ce qu’a indiqué un communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège, au terme de cette deuxième demi-journée de travail, également consacrée à l’œcuménisme et à l’accueil d’anglicans dans l’Eglise catholique, rapporte l’agence vaticane I.MEDIA.

Comme le prévoyait l’ordre du jour de la seconde partie du consistoire extraordinaire convoqué par le pape, quelque 140 cardinaux rassemblés dans la Salle du Synode ont écouté trois communications de prélats de la curie romaine sur le 10e anniversaire de la déclaration «Dominus Iesus» et le dialogue œcuménique, sur la prochaine entrée de fidèles anglicans dans le giron de Rome, et sur la «réponse de l’Eglise aux affaires d’abus sexuels».

Selon un communiqué du Saint-Siège, des cardinaux ont suggéré au cours des débats que soient développés «des plans efficaces, rapides, articulés, complets et arrêtés» pour la protection des mineurs, à la fois pour le rétablissement de la justice, pour l’assistance aux victimes, pour la prévention et la formation, «y compris dans les pays où le problème ne s’est pas manifesté de manière aussi dramatique que dans d’autres».

Des directives pour les évêques du monde entier

Le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a confirmé en outre que Rome préparait une lettre circulaire adressée aux évêques du monde entier. Elle contient des directives en vue d’un programme cordonné et efficace pour l’accueil des victimes, la collaboration avec les autorités civiles, la protection des enfants et la formation des futurs prêtres et religieux.

Le 15 juillet dernier, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège avait déjà fait savoir que la Congrégation pour la doctrine de la foi travaillait «à d’ultérieures recommandations pour les épiscopats, destinées à rendre plus rigoureuses, cohérentes et efficaces les directives prises face aux abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé ou dans des institutions ecclésiales».

Dans la soirée du 19 novembre, au sortir de la réunion à huis clos, l’archevêque de Paris (France), Mgr André Vingt-Trois, a raconté que quelques cardinaux avaient souhaité attirer l’attention sur le fait que, dans le grand débat qui a eu lieu au cours de l’année écoulée, on s’était surtout concentré sur les pays occidentaux. Alors que «personne ne s’intéresse à ce qui se passe dans le reste du monde», a affirmé le cardinal Vingt-Trois. Des cardinaux ont émis l’idée qu’il fallait peut-être consulter les conférences épiscopales des autres pays pour savoir ce qui s’y passe.

Devant quelques journalistes, le président de la Conférence des évêques de France a aussi expliqué que l’intervention du cardinal Levada sur les affaires de pédophilie était avant tout «une communication pour aider les cardinaux à bien mettre au clair les différentes étapes franchies et les décisions prises dans les mois écoulés».

De la même façon, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (France), a rappelé que le consistoire n’était «pas un lieu où l’on prend des mesures, mais un lieu de concertation pour un bilan de la situation afin de lutter contre les cas de pédophilie». Il a cependant souligné «la nécessité impérieuse de mettre en œuvre ce qui est décidé et, peut-être aussi de le renouveler».

Anglicans, œcuménisme et solidarité

Le communiqué publié en fin de soirée a indiqué que le cardinal Levada avait également présenté à ses pairs la nature et l’origine de la Constitution «Anglicanorum coetibus» qui, depuis novembre 2009, permet aux anglicans en désaccord avec les positions de plus en plus libérales de leur Eglise d’entrer dans le giron de Rome.

Il a confirmé la création, d’ici peu, du premier Ordinariat anglo-catholique pour la Grande-Bretagne. Cinq évêques et une cinquantaine de prêtres anglicans britanniques rejoindront ainsi les rangs de l’Eglise catholique dès janvier 2011, avec derrière eux quelque 600 fidèles.

Enfin, Mgr Angelo Amato, ancien numéro deux de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a parlé pour sa part de la déclaration «Dominus Iesus» sur l’unicité et l’universalité salvifique du Christ et de l’Eglise. Publié en 2000, ce texte portant la signature du cardinal Ratzinger avait fait l’objet de critiques au sein même du monde ecclésial et envenimé les rapports avec les protestants en particulier. Dix ans plus tard, Mgr Amato a jugé que ce document restait «un rappel valide de clarté doctrinale et pastorale». Il a aussi estimé qu’il avait relancé les dialogues œcuméniques et interreligieux à partir d’une identité catholique précise.

A la veille d’un consistoire ordinaire public pour la création de 24 nouveaux cardinaux, ce consistoire extraordinaire a aussi été l’occasion, a indiqué le Vatican, de manifester la solidarité du collège cardinalice, avec le pape, à l’égard des populations d’Irak et d’Haïti, particulièrement éprouvées actuellement.

Au terme de cette journée, Benoît XVI a souhaité remercier les cardinaux pour cette réunion de travail.

Liberté religieuse en Occident

Interrogé par les journalistes à la sortie du consistoire, le cardinal André Vingt-Trois est revenu sur les propos du pape qui, dans la matinée, avait évoqué la «dictature du relativisme en Occident». Le haut prélat a précisé que le souverain pontife avait parlé de «ce que l’on appellerait en France le politiquement correct, la pression pour une position unique et du fait que quiconque diverge de cette position unique devient un hérétique».

Pour sa part, interpellé par I.MEDIA, le cardinal Philippe Barbarin a évoqué le problème de la liberté religieuse à l’intérieur d’un monde où la sécularisation se fait oppressante. «Pour un jeune Français qui a 17 ans aujourd’hui, au lycée, dire qu’il est catholique est très difficile, a par exemple confié l’archevêque de Lyon avant de se demander si ce type de situation était vraiment de la liberté religieuse».

«Les choses prennent évidemment des proportions beaucoup plus graves et dramatiques quant il est question de l’Irak, dont on a beaucoup parlé», a aussi souligné le cardinal Barbarin. Il a fait remarquer que, ces derniers jours, au moins cinq hebdomadaires français avaient consacré plusieurs pages aux chrétiens persécutés. (apic/imedia/ami/nd)

20 novembre 2010 | 09:59
par webmaster@kath.ch
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