Des propos très contrastés sur le dialogue entre musulmans et chrétiens

Syrie: Visite du Groupe de travail «Islam» des évêques suisses

Damas, 12 mai 2010 (Apic) Le groupe de travail «Islam» de la Conférence des évêques suisses (CES) se trouve en Syrie et au Liban du 8 au 15 mai. Atteint par téléphone, Mgr Grampa, évêque de Lugano et chef de la délégation, a souligné le effets positifs du dialogue et les propos contrastés tenus lors des nombreuses rencontres avec les autorités politiques et religieuses syriennes.

Les rencontres ont été très intéressantes, mais avec des points de vue différents», c’est en résumé ce qu’a affirmé à l’Apic Mgr Grampa, atteint mardi par téléphone à la frontière entre la Syrie et le Liban. En clair et en résumé, les propos idylliques sur le dialogue interreligieux de la part des autorités politiques et musulmanes de Syrie ont été contrebalancés par une analyse parfois plus critique des autorités chrétiennes. Ainsi, le nonce apostolique, Mgr Mario Zenari, a présenté à la délégation suisse la situation sociale du pays et cité certaines difficultés, celles liées notamment à la loi musulmane comme référence en matière culturelle. Le patriarche orthodoxe s’est montré pour sa part critique face à la laïcité dont se pourvoit la Syrie, alors que les textes fondamentaux de la vie civile et culturelle sont le Coran. Quant à l’archevêque archevêque maronite, il a évoqué la peur des chrétiens qui vivent à Damas du fait que les musulmans envahissent toujours davantage leur territoire. «Il a des crainte sur le maintien des chrétiens», a affirmé Mgr Grampa.

Le discours est tout autre de la part du gouvernement syrien. Le groupe de travail «Islam» des évêques suisses a ainsi rencontré dimanche le ministre du tourisme Saadallah Agha al-Qal’aa, qui a parlé de la position qu’occupe la Syrie sur la carte touristique mondiale en tant qu’une destination touristique importante, selon l’agence syrienne Sana. «Il a aussi mis l’accent sur la tradition chrétienne de la Syrie», ajoute Mgr Grampa. Quant au ministre des Waqfs (Affaires religieuses) Mohammad Abdel Sattar al-Sayyed, il a souhaité la «consolidation du rapprochement entre les deux pays pour servir le dialogue des civilisations et des cultures», toujours selon Sana.

Le discours était encore plus positif de la part du cheikh Ahmad Badr Eddine Hassoun, Grand Mufti de la République: «Personne ne détient la vérité. Tout le monde recherche la vérité, il faut faire cette recherche ensemble», a-t-il affirmé notamment. «Pour lui, l’homme est au centre de cette recherche. Il a même souligné la discussion nécessaire entre le politique et religieuse. Et partagé le point de vue qu’il ne faut pas mélanger les deux niveaux. Il rejoint en quelque sorte l’Evangile: rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui lui appartient», relève Mgr Grampa.

L’interdiction des minarets n’a pas été appréciée

Et la Suisse, comment est-elle perçue dans ce pays à majorité musulmane? «Ils n’ont pas apprécié la votation sur les minarets. La délégation a expliqué que ce n’était pas une mesure contre le dialogue avec les musulmans, mais une décision du peuple. Les évêques suisses avaient pourtant estimé que ce n’était pas une bonne solution. Nous avons expliqué que l’Eglise catholique a aussi été autrefois victime de lois restrictives injustes», affirme l’évêque de Lugano.

Le groupe de travail «Islam» de la CES, conscient que la paix au Proche-Orient passe par des étapes dans la résolution du conflit entre Israël et Palestine, a eu l’occasion d’aborder la situation de Jérusalem lors de ses différentes rencontres. «Nous avons relevé le point de vue de l’Eglise catholique: que Jérusalem ne devienne pas la capitale d’un seul Etat, mais la cité des trois religions monothéistes. Nous avons également souhaité devant la vice-présidente syrienne Najah Al-Attar que le monde arabe soit davantage uni. Nous n’avons pas l’impression que les nations arabes soient unies pour chercher une solution et assurer la sécurité d’Israël face aux menaces comme celles de l’Iran», affirme Mgr Grampa. La vice présidente leur a alors appris qu’un Congrès international du monde arabe aura justement lieu prochainement pour affronter ces problèmes.

Ce voyage répond à l’invitation de Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas. Celui-ci s’est rendu en Suisse en mai 2009 où il a rencontré le groupe de travail «Islam» à Fribourg. Il s’est alors informé de l’état du dialogue interreligieux et de la cohabitation des différentes communautés religieuses sur place. «Par cette visite, le groupe de travail souhaite se faire une idée de la situation sociale et politique des communautés chrétiennes en Syrie et au Liban et envoyer un message de solidarité aux chrétiens d’Orient», explique la CES. (apic/bb)

12 mai 2010 | 10:14
par webmaster@kath.ch
Partagez!