Destruction de l’Amazonie: pays d'origine des multinationales responsables

Les Etats d’où viennent les compagnies minières sont responsables de la destruction de l’Amazonie, estime le cardinal péruvien Pedro Ricardo Barreto. L’archevêque de Huancayo, dans un article publié le 20 juillet 2019 dans la revue jésuite «La Civiltà Cattolica», rappelle que la région amazonienne se trouve dans une grave situation de vulnérabilité.

En effet, l’Amazonie est un territoire de plus en plus dévasté et menacé par l’activité des industries extractives, souligne le vice-président du Réseau Ecclésial Pan-amazonien (Repam).

Vue partagée par le pape François

«L’expérience pastorale de plusieurs décennies, et plus récemment le travail accompli par les équipes du Repam, nous permettent d’affirmer que les responsables de la détérioration de l’Amazonie à travers l’extraction minière ne viennent pas uniquement des Etats dans lesquels ces activités se sont développées, mais aussi de certaines entreprises étrangères et de leurs Etats d’origine», martèle le cardinal péruvien.

Le cardinal péruvien Pedro Barreto, un prélat au coeur de l’Amazonie | FB

Le prélat jésuite, ami de longue date de Jorge Bergoglio, devenu le pape François, est qualifié par d’aucuns de «prophète de l’écologie intégrale».  Il a œuvré, avec une soixantaine d’autres organisations, pour la résolution des problèmes de pollution à La Oroya. Par ses mines et ses fonderies, cette cité de la vallée du Rio Mantaro, une rivière du centre du Pérou appartenant au bassin amazonien, est une des plus polluées du monde.

Conventions internationales ignorées

Concrètement, la responsabilité des atteintes à l’environnement incombe aux Etats qui appuient et facilitent l’investissement dans l’industrie extractiviste – publique et privée – hors de leurs frontières nationales, affirme le vice-président du Repam, dont il est l’un des membres fondateurs. Ces compagnies profitent de la richesse de la terre sans se soucier des impacts dévastateurs sur l’environnement amazonien et sur ses populations, affirme-t-il.

A cette occasion, le cardinal Barreto rappelle que «la majorité des Etats, dont une partie de leur territoire se trouve en Amazonie, sont signataires des principales conventions internationales des droits humains et de leurs avenants respectifs concernant les droits des peuples indigènes et la protection de l’environnement».

«L’Eglise souhaite être le pont»

Alors que la plupart de ces conventions ne sont pas honorées, le cardinal a assuré que «l’Eglise souhaite être le pont et collaborer pour que cet objectif (de protection de l’Amazonie et de ses populations, ndlr) soit atteint pour le bien de chacun des pays représentés sur ce territoire, pour la vie digne et pleine des peuples qui habitent cette région, et pour la protection d’un écosystème essentiel pour le présent et le futur de la planète», souligne le prélat jésuite.

«En tant qu’Eglise, à la suite des appels du pape et désirant une communion avec et dans les sociétés où nous vivons, nous voulons vivre une ‘culture de la rencontre’ en Amazonie avec les peuples autochtones, les communautés qui habitent les rives des fleuves, les Afrodescendants, les petits paysans, les citadins et les communautés confessionnelles, et poursuivre un dialogue respectueux et constructif avec les autres religions et entités politiques et sociales», souligne le cardinal péruvien, qui sera l’un des personnages centraux du prochain Synode pour l’Amazonie, qui se tiendra à Rome du 6 au 27 octobre 2019. JCG

 


«Une expression de la voix du peuple de Dieu»

L’Instrumentun laboris, le document de travail en vue du Synode sur l’Amazonie, présenté le 17 juin 2019, «est une expression de la voix du peuple de Dieu». Le cardinal Barreto relève qu’il résulte d’un vaste processus d’écoute sur le territoire qui a voulu étendre la participation des membres des populations locales et des membres de l’Eglise par le biais d’assemblées, de forums thématiques et de débats qui ont réuni plus de 87’000 personnes – 22’000 lors d’événements organisés par la Red eclesial panamazónica (Repam) et environ 65’000 au stade préparatoire – des neuf pays qui composent ce territoire amazonien. «C’est une expérience inédite pour un synode spécial (…) Par conséquent, le document exprime effectivement en grande partie le sentiment et les désirs de nombreux représentants du peuple amazonien».

Préparation du Synode sur l’Amazonie | © www.synod.va

Ce synode est l’occasion de considérer l’identité de ces peuples et leur capacité à protéger ces écosystèmes, en fonction de leur culture et de leur vision du monde, estime le cardinal Barreto. «Il peut permettre à nos sociétés non amazoniennes de créer les conditions adéquates pour les apprécier, les respecter et apprendre d’eux. Ainsi, nous pourrons peut-être un jour dépasser l’idée que ce territoire est un espace inhabité ou ‘arriéré. Plus encore, nous en tirerons des lignes directrices utiles pour déterminer les causes de nos propres échecs comme société dans le soin de notre maison commune».

390 peuples vivent en Amazonie

Le territoire amazonien, qui représente 43% de la surface totale de l’Amérique du Sud, est réparti sur huit pays: Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Guyana, Pérou, Surinam et Venezuela, plus la Guyane Française, en tant que territoire d’Outre-Mer.

Dans la région amazonienne se concentre 20% de l’eau douce non gelée de la Terre. Là, se trouvent 34% des forêts primaires de la planète, qui hébergent entre 30 et 40% de la faune et de la flore du monde, rappelle le cardinal jésuite Pedro Barreto.

«Le territoire amazonien est un biome (ensemble d’écosystèmes), c’est-à-dire un système vivant, qui agit comme un stabilisateur du climat régional et mondial, en maintenant l’air humide, et produit un tiers des pluies qui nourrissent la planète. Sa diversité socioculturelle est grande, puisque près de 2’800’000 autochtones, appartenant à 390 peuples, y vivent, dont 137 sont isolés ou sans contacts extérieurs.  240 langues sont parlées, appartenant à 49 familles linguistiques différentes. Le nombre de ses habitants tourne autour de 33 millions». (cath.ch/jcg/be)

Les communautés indigènes d'Amazonie seront au centre du Synode d'octobre 2019 | © Jacques Berset
23 juillet 2019 | 11:50
par Jacques Berset
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