Si la bénédiction de couples homosexuels n'a pas créé de scandales, elle a été peu appliquée dans certains pays | © Joe Ciciarelli/Unsplash
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Deux ans de Fiducia supplicans: entre accueil positif et rejet

Deux ans après la déclaration Fiducia supplicans, autorisant les bénédictions de couples «irréguliers», le vif débat des débuts s’est apaisé. Si le texte a pu rapprocher des personnes LGBT de l’Église, il a aussi été largement ignoré dans certains endroits, rapporte le média catholique espagnol Vida Nueva Digital.

En couple avec une femme, la catholique espagnole Teresa craignait d’être rejetée. «Je ne savais pas comment concilier ma relation avec ma vie de foi», témoigne-t-elle à Vida Nueva Digital (12 décembre 2025). Jusqu’à ce qu’un prêtre lui affirme que son amour est un cadeau de Dieu. «Cela a été un déclic pour crier notre amour au monde et ne plus nous contenter de vivre dans l’ombre», assure l’Espagnole. Elle et sa compagne Ana ont été bénies selon Fiducia supplicans le 23 mars 2024.

Aucun dossier «d’hérésie» arrivé à Rome

La déclaration du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a fait grand bruit à sa sortie, le 18 décembre 2025. Le texte a été décrié par des milieux conservateurs au sein de l’Église, estimant qu’il pouvait créer des divisions et de la confusion. Voué aux gémonies par certaines conférences épiscopales, notamment en Afrique, il a été salué par d’autres, surtout en Occident.

Mais «deux ans plus tard, la tempête médiatique qui remettait en cause le texte a laissé place à une application apaisée», souligne Vida Nueva Digital. La déclaration n’a finalement suscité «ni schisme catholique ni confusion au sein des paroisses», selon le média espagnol.

À Rome, le DDF confirme que «l’accueil [de Fiducia supplicans] a été et reste pacifique». Le dicastère n’a eu à traiter aucun dossier en hérésie pour des cas ou des bénédictions auraient été converties en mariages, ou pour des cas où la déclaration aurait généré des situations de confusion dans les communautés paroissiales ou diocésaines.

Pas de scandale

Aux États-Unis, le jésuite James Martin, très engagé dans la pastorale des personnes LGBT, assure avoir béni cinq ou six couples. Il relève la difficulté de déterminer l’ampleur du phénomène, car les bénédictions sont spontanées et non liturgiques. Elles ont très souvent lieu dans des cadres informels, par exemple dans les escaliers de l’église après la messe. Le jésuite précise que la plupart des prêtres avec lesquels il s’est entretenu n’ont prononcé que quelques bénédictions, voire aucune. «Mais même si les chiffres sont faibles, les personnes bénies sont toujours très reconnaissantes et se sentent mieux accueillies», remarque-t-il.

En parcourant les archives de la presse espagnole de ces deux dernières années, Vida Nueva n’a pas trouvé non plus d’épisodes de conflit, de désordre ou de scandale, contrairement à ce que prédisaient les détracteurs du texte.

Fiducia «inexistante» en Espagne

Dans ce pays, le texte semble pourtant avoir été largement glissé sous le tapis. «En Espagne, c’est comme s’il n’existait pas, affirme Javier de la Torre, directeur du département de théologie morale de l’Université pontificale Comillas. Seuls cinq ou six diocèses ont mené des réflexions et des activités autour de Fiducia supplicans, dans certains centres pastoraux et paroisses de certaines congrégations religieuses et dans certaines facultés de théologie.»

Pour le laïc, de nombreux prêtres espagnols ont peur, rejettent ce document et se sentent dans l’incertitude. «Certains, suivant la sagesse de Fiducia supplicans, l’appliquent simplement dans des espaces extra-liturgiques avec une brève prière visant à apporter la paix et à encourager leur foi en un Dieu d’amour», ajoute-t-il.

Une limite claire contre la discrimination

Le théologien moraliste estime toutefois que la déclaration a apporté quelques progrès. «Les rares contextes d’accueil qui existent déjà au sein de l’Église se sont sentis renforcés dans leur démarche et dans leur pastorale inclusive (…). Les quelques prêtres qui pratiquaient déjà des bénédictions extra-liturgiques ont continué à le faire avec plus de sérénité.»

Dans les contextes ecclésiaux résistants à une pastorale d’accueil de l’homosexualité, «cela a été une invitation à fixer clairement une limite face à la violence, l’exclusion, les insultes et la discrimination», estime le professeur de théologie.

À noter que le changement de pape n’a pas non plus provoqué de remise en question du texte. Léon XIV a soutenu Fiducia supplicans. Dans son premier livre-interview Citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle, publié il y a quelques mois, il réaffirme la ligne du pape François: «Bien sûr, nous pouvons bénir toutes les personnes, mais sans chercher à ritualiser une quelconque bénédiction, car ce n’est pas ce qu’enseigne l’Église.» (cath.ch/vidanueva/arch/rz)

Si la bénédiction de couples homosexuels n'a pas créé de scandales, elle a été peu appliquée dans certains pays | © Joe Ciciarelli/Unsplash
12 décembre 2025 | 15:56
par Raphaël Zbinden
Temps de lecture : env. 3  min.
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