Pericle Fazzini, Bozzetto per “Resurrezione” (Esquisse pour la « Résurrection »), 1969-1970, Musée du Vatican
Suisse
Pericle Fazzini, Bozzetto per “Resurrezione” (Esquisse pour la « Résurrection »), 1969-1970, Musée du Vatican

Mgr Markus Büchel: "Sans résurrection, il n'y a pas de christianisme"

31.03.2018 par Sylvia Stam /Traduction Maurice Page

Sans la résurrection, il n’y aurait pas de christianisme. Mgr Markus Büchel en est convaincu.  Dans un entretien à kath.ch, l’évêque de St-Gall expose comment la résurrection peut être expliquée à des personnes pour qui les lois scientifiques sont la mesure de toute chose. Il avoue en passant que le lapin de Pâques vient aussi chez lui. 

Pâques passe pour la plus importante des fêtes chrétiennes, pourquoi?
Markus Büchel: Sans Pâques, il n’y aurait pas de christianisme, ni d’Eglise. Avant Pâques, il y a la crucifixion et la mort du Christ. Ce qui est saisissable s’arrête au tombeau. Ce qui se passe ensuite, des personnes ont en témoigné à partir de leur expérience de foi. Il naît ensuite une communauté de témoins qui deviendra l’Eglise.

Mgr Markus Büchel, évêque de Saint-Gall (photo Maurice Page)

Si Jésus n’était pas ressuscité, on n’aurait même pas écrit les évangile.
Non, les personnes qui ont recontré le Christ après sa résurrection, Marie-Madeleine, les apôtres, les disciples d’Emmaüs, ont vécu une expérience réelle, existentielle. Elle a été si profonde qu’ils devaient simplement la raconter.

“Dieu, qui m’a donné la vie, peut lui ouvrir une dimension totalement nouvelle”

Croyez-vous que Jésus est ressuscité des morts avec son corps, en chair et en os?
Je crois que Jésus a été relevé de la mort. En chair et en os, c’est difficile à se représenter et à expliquer.

S’agit-il bien d’une résurrection corporelle?
(en riant) Je ne le sais pas. Et je ne trouve pas la question si importante. Le corps que j’ai maintenant deviendra cendre et poussière. Mais je conserverai ma personne dans les bras de Dieu. Cela dépasse toutes mes représentations. J’ai la promesse que cela se passera, mais je ne sais comment cela se fera.

Comment expliquer cela à quelqu’un pour qui les lois de la nature sont la mesure de toute chose?
Je peux faire des expériences de résurrection dès cette vie avant la mort quand quelque chose d’inattendu devient possible. La résurrection se produit quand une espérance jaillit en moi, quand une personne me donne ce qui me permettra d’aller plus loin. La résurrection se passe dans l’émerveillement face à la création. Je la ressens quand une fleur naît de la semence. Cette force qui s’appelle la vie engendre quelque chose. Je peux promouvoir la vie, l’empêcher ou la détruire, mais cette force créatrice ne repose pas dans mes mains.  Je peux transmettre cet émerveillement. Dieu, qui m’a donné la vie, peut lui ouvrir une dimension totalement nouvelle.

Y a-t-il des moments où vous doutez de la résurrection?
Je ne doute pas que Dieu puisse relever l’homme de la mort, mais la foi en Dieu reste un défi permanent. La foi en un Dieu qui me donne la vie et la vie en plénitude. La foi en un Dieu fait homme dans la personne de Jésus. La foi dans sa résurrection qui me donne la confiance dans une vie au-delà de la mort.

Pour certains chrétiens, le message de Jésus est important, mais sa résurrection n’est pas relevante. A votre avis cela conduit-il à la destruction du christianisme?
Si le terme final de mon existence est le néant absolu, cela a des conséquences sur ma vie actuelle. Pour moi,  il est important que ma vie, dans tout ce qui dépend de moi, ici et maintenant, ait un but. Je crois qu’à la fin une vie en plénitude m’attend. Cette espérance me donne une grande confiance pour chaque jour de ma vie. Sans cette foi dans la résurrection, il n’y a pas pour moi de christianisme.

Jésus ressuscité apparaît en premier à Marie Madeleine. Qu’en dites-vous?
Le fait que Jésus en tant que ressuscité rencontre en premier une femme est pour moi un signe fort, particulièrement dans notre époque actuelle. Cela me montre que nous ne devons pas dresser de frontières entre l’homme et la femme, entre les justes et les pêcheurs, entre les riches et les pauvres. Jésus se tourne vers tous les humains.

“Je trouve magnifique le feu nouveau allumé dans la nuit de Pâques”

Marie Madeleine a vraiment souffert de la perte de Jésus. Elle vient au tombeau pour lui rendre un dernier service. C’est un signe de leurs liens. Il est important que nous maintenions cette relation intérieure avec nos frères humains, mais aussi naturellement avec Dieu.

Prière à la basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem (photo Maurice Page 2014)

La fête de Pâques est remplie de symboles. Lequel vous touche particulièrement?
Je trouve magnifique le feu nouveau allumé dans la nuit de Pâques et la lumière que nous portons dans l’obscurité dans nos églises. Le cierge pascal est le symbole du Christ lumière du monde. Cette lumière de la liturgie pascale, nous l’emmenons dans notre quotidien. Elle signifie que ma vie doit être une lueur d’espoir pour les autres.

Je me réjouis aussi lorsque nous pouvons fêter des baptêmes dans la nuit de Pâques. Cette année deux enfants de 6 et de 7 ans ont été baptisés dans la cathédrale de St-Gall. Par le baptême, nous sommes liés au Christ ressuscité. Dans cette existence terrestre, j’en fais l’expérience là où j’agis par amour, où je réveille l’espoir et où j’offre mon aide.

Cette année Pâques tombe le 1er avril. Allez-vous thématiser cette coïncidence?
Traditionnellement Pâques est lié au rire et à la plaisanterie. Il existe pour le qualifier la formule latine de “risus paschalis”, le rire de Pâques. Après la tristesse et la repentance du Vendredi-Saint, il s’agit d’à nouveau vibrer à la vie et cela arrive si l’on peut rire de bon cœur. Au Moyen-Age, on racontait des blagues grossières jusque dans la liturgie pascale. Ce contre quoi les réformateurs se sont élevés. Je ne ferai pas de plaisanteries du 1er avril. Je ne veux pas tromper les gens. Mais peut-être que dans la liturgie une situation amusante surviendra spontanément.

Le lapin de Pâques vient-il aussi chez Mgr Büchel?
(En riant) Naturellement. Pâques est une fête célébrée en communauté. Nous teintons des œufs de Pâques, mes neveux et nièces reçoivent de ma part des lapins en chocolat. Nous avons à St-Gall de très bonnes chocolateries. Peut-être recevrai-je aussi mon lapin. Mais pour moi, le plus important est d’offrir à mes proches un cierge de Pâques avec le même motif que le cierge pascal de la cathédrale. La lumière de Pâques doit les éclairer toute l’année.  (cath.ch/kath.ch/sys/mp)


Pericle Fazzini, Bozzetto per la “Resurrezione”

Cette esquisse appartient à la longue genèse de la Résurrection destinée à la Salle des audiences du Vatican (devenu aujourd’hui Salle Paul VI). Le sculpteur italien Pericle Fazzini commence à travailler en 1970 et met presque sept ans pour achever l’œuvre, qui sera inaugurée en 1977.

La Résurrection est conçue par l’artiste comme une authentique explosion, qui bouleverse le jardin de Gethsémani: “Une explosion de la terre – telle est la façon dont l’artiste décrit la scène – avec les oliviers qui s’envolent, les pierres, les nuages, des flèches… comme un énorme orage en forme de monde et le Christ qui ressuscite de tout cela, dans toute sa sérénité “.

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