«Dilma Rousseff fait le jeu des grands propriétaires terriens»

Brésil : le Conseil Indigéniste Missionnaire dénonce les actions policières contre les indigènes

Brasilia, 31 mai 2013 (Apic) Dans un communiqué publié le 31 mai 2013, le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI), une organisation rattachée à la Conférence des Evêques du Brésil (CNBB), a accusé la présidente, Dilma Rousseff, et son ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, d’être les responsables de l’action violente menée par la Police Fédérale. Cette opération était destinée à déloger, dans la nuit du 20 au 21 mai, à Sidrôlandia, dans l’état du Mato Grosso du Sud, des indiens du peuple Terena d’une terre qu’ils revendiquent.

Cette opération policière avait pour objectif la récupération de terres de la fazenda Buruti, occupées depuis le 15 mai par des membres de la communauté Terena qui revendiquent le droit ancestral de ces terres d’une superficie de 17’000 hectares. Un droit d’ailleurs reconnu en 2010 par le… Ministère de la Justice qui a admis que cette fazenda Buriti était un «territoire traditionnellement occupé par le peuple Terena».

Lors de cette action, la CIMI a rappelé que plusieurs de ses membres ont été violemment bousculés par des représentants des forces de l’ordre. Un photographe s’est vu quant à lui confisquer arbitrairement son matériel par la police fédérale, alors qu’il effectuait son travail.

Un climat violent

Le CIMI, mais aussi de nombreux autres mouvements de la société civile comme la Commission Pastorale de la Terre (CPT) ou la Commission Permanente des Problèmes Indigènes de l’Ordre des Avocats du Brésil (COPIA/OAB-MS) se sont donc élevés devant cette opération policière de la police fédérale qui «ne peut agir qu’avec l’accord de Brasilia».

Dans son communiqué, le CIMI a également rappelé quelques autres actions de ce type menées par le gouvernement de Dilma Rousseff, comme dans le cadre de la construction du barrage hydro électrique de Belo Monte, dans d’état du Para, au cœur de l’Amazonie. Un ouvrage très polémique qui a déjà donné lieu à de multiples confrontations entre la police et des représentants de diverses tribus indigènes, dont certaines occupent d’ailleurs en ce moment même le chantier et craignent des affrontements très violents en cas d’opérations policières pour les déloger.

Les «ruralistes» font pression sur le gouvernement

Pour le Conseil Indigéniste Missionnaire, les évènements actuels dans le pays constituent «une stratégie de grande ampleur de la part du gouvernement fédéral pour accéder aux nombreuses demandes de la part des ruralistes (élus représentants des grands propriétaires au Parlement) et des grands propriétaires de l’agrobusiness». Un groupe politique qui fait d’ailleurs parti du gouvernement.

La critique n’est cependant pas nouvelle. «Le gouvernement accède de plus en plus souvent aux souhaits du groupe Ruraliste au détriment des indiens, dénonce le CIMI, ainsi que d’autres mouvements de la société civile. Il s’agit de garantir l’appui d’une force politique présente également au sein du gouvernement».

«La Constitution n’est pas respectée»

Un sentiment partagé par l’Association brésilienne des ONG (ABONG) qui a, elle aussi, publié un communiqué affirmant que «le gouvernement retarde volontairement le processus de démarcation des terres indigènes pour accéder aux désidératas des ‘Ruralistes’». L’ABONG conclue son communiqué en exigeant «le respect de la Constitution de 1988 qui aborde de manière très claire la question indigène».

L’enjeu est, Il est vrai, très important. La population indigène représente en effet 0,4% de la population au Brésil mais occupent 13% du territoire national. La quasi-totalité de ces terres se situent en Amazonie, dans des zones recouvertes de forêts. Les conflits, eux, sont généralement situés dans les régions Sud et Centre Ouest du pays, où la valorisation des terres provoque une résistance plus importante des «Ruralistes» et compliquent singulièrement le processus de démarcation des terres.(apic/jcg/cw)

31 mai 2013 | 16:55
par webmaster@kath.ch
Partagez!