«Disparitions, départs volontaires, fugues – Des enfants de trop en Europe ?»

Europe: Des milliers d’enfants étrangers disparaissent chaque année des centres d’hébergement

Genève, 29 janvier 2010 (Apic) Des milliers d’enfants étrangers disparaissent chaque année des centres d’hébergement, révèle une enquête de Terre des hommes publiée sous le titre «Disparitions, départs volontaires, fugues – Des enfants de trop en Europe ?».

Des milliers d’enfants, venus en Europe sans leurs parents, disparaissent chaque année des centres qui les hébergent, sans que soit déclenchée une procédure de recherche. C’est ce que révèle en effet l’étude présentée à Bruxelles et Genève par Terre des hommes – aide à l’enfance, après des investigations conduites durant douze mois dans quatre pays européens auprès des professionnels en charge de ces mineurs.

En Suisse tout comme en Belgique, en Espagne ou en France, des mineurs non accompagnés abandonnent les institutions où ils sont placés ou fuguent sans laisser de trace. Les autorités renoncent le plus souvent à les rechercher activement, sans égard pour leur protection. Selon l’ONG, des juges pour mineurs ou des responsables d’instances migratoires estiment que jusqu’à la moitié des enfants étrangers, séparés de leurs familles, disparaissent de la sorte.

Les effectifs des mineurs non accompagnés font eux-mêmes l’objet de statistiques incertaines: 631 en Suisse en 2008 dans le seul domaine de l’asile (ne comprend pas les sans papiers), 1393 signalés en Belgique, 5000 estimés sur sol français, aucun recensement espagnol.

Dans sa préface à l’étude, Jean Zermatten, vice-président du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, relève la triple vulnérabilité des concernés, comme enfants, comme étrangers et comme non accompagnés. Il souligne: ” …Ils ont droit à la même attention et aux mêmes prestations de qualité que tous les autres enfants placés (…). Si donc un enfant, quel que soit son statut, et quel qu’en soit le motif, disparaît d’une institution, toutes les procédures habituelles doivent être déclenchées : la responsabilité de l’institution, et celle de l’Etat, sont engagées».

L’étude recense notamment les risques auxquels ces jeunes séparés s’exposent : dégradation sanitaire et psychologique, exploitation au travail, délinquance sous contrainte, traite, trafic de drogue, exploitation sexuelle… Plusieurs témoignages cités accréditent malheureusement la réalité de ces dangers.

Peter Brey, secrétaire général et CEO de Terre des hommes – aide à l’enfance, met en évidence d’autres recommandations de l’étude: «Qui donc a le souci de ces enfants ? En Suisse aussi, les autorités doivent désigner un tuteur ou un curateur pour chacun d’eux, s’assurer d’une représentation légale indépendante, notamment à l’égard des institutions qui les hébergent. Il faut définir sans tarder un cadre légal européen pour protéger ces adolescents, qui sont encore discriminés».

L’étude «Disparitions, départs volontaires, fugues – Des enfants de trop en Europe ?», est principalement rédigée par Sofia Hedjam, sous la responsabilité de Bernard Boëton. Elle se fonde sur une bibliographie approfondie et sur des entretiens, conduits auprès de 89 professionnels et 40 mineurs en Belgique, Espagne, France et Suisse entre septembre 2008 et août 2009. Elle peut être téléchargée sur le site www.tdh.ch. (apic/com/pr)

29 janvier 2010 | 12:13
par webmaster@kath.ch
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