Dominique Pittet est Secrétaire général de l'ECR (Genève) depuis ocotbre 2008 | DR
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Dominique Pittet est Secrétaire général de l'ECR (Genève) depuis ocotbre 2008 | DR

Dominique Pittet: dix ans à la barre

03.11.2018 par Silvana Bassetti, ECR

Octobre 2008 – octobre 2018. Depuis dix ans, Dominique Pittet est Secrétaire général de l’Eglise catholique romaine à Genève, (ECR-Genève), le bras administratif de l’Eglise. Organisée en association, l’ECR-Genève se doit d’assurer les ressources financières qui permettent à l’Eglise de remplir sa mission pastorale et veiller à sa gestion administrative.

Personnage public mais discret, Dominique Pittet aime le sport, la montagne et la bonne cuisine. Il est marié et père d’un enfant. Catholique engagé, il est resté toujours en lien avec l’Eglise, d’abord par le biais de la chorale, où il chante depuis l’âge de 13 ans, et au sein du Conseil de Paroisse à Bernex, dont il a été membre durant 16 ans – la moitié en tant que président.

Qu’est ce qui vous a le plus frappé quand vous avez pris vos fonctions?
Dominique Pittet: Quand je suis arrivé, je n’avais qu’une vision très partielle du travail qui s’effectuait au Vicariat épiscopal. J’ai découvert les différentes tâches, nombreuses et diversifiées, accomplies par le personnel administratif, une somme de travail menée à bien par un nombre réduit de personnes. J’ai été frappé par l’esprit d’équipe et l’ambition de bien faire les choses pour notre Eglise.

Vous avez réussi à augmenter de manière significative les revenus de l’ECR. Comment?
C’est la réalisation d’une équipe et je veux nommer les membres du comité sans qui rien n’aurait été possible, et Mgr Pierre Farine, qui nous a fait confiance et soutenus dans nos démarches et moments difficiles. En 2008, la structure était globalement déficitaire avec une tendance négative.

La laïcité permet une certaine liberté des uns et des autres.

Côté charges, il a fallu passer par une analyse des coûts afin de diminuer les frais généraux. Côté revenus, la gestion du patrimoine a permis une amélioration des revenus immobiliers et bancaires. Nous avons également mis en place une recherche de fonds plus structurée et régulière auprès des catholiques, avec de nombreux messages envoyés durant l’année, pour permettre à ceux qui le souhaitent de nous soutenir quand ils le peuvent.

A Genève, les Eglises ne reçoivent ni subsides étatiques ni impôts ecclésiastiques obligatoires. Nous devons sans cesse aller chercher de l’argent. La moitié de nos revenus provient toujours des dons des catholiques, c’est-à-dire que plus de la moitié de nos activités est garantie par la générosité des fidèles!

Cette situation a ses avantages, dont celui d’avoir la satisfaction de considérer chaque franc donné comme une reconnaissance de ce que notre Eglise accomplit et une promesse de confiance de ce que nous pouvons encore accomplir. Côté investissements enfin, l’acquisition de nouveaux biens immobiliers permet de compléter les revenus immobiliers existants, poche la plus sûre de nos revenus.

Qu’est-ce que l’amélioration de la situation financière de l’ECR lui permet de faire aujourd’hui qu’elle ne pouvait pas faire avant?
Tout d’abord, l’ECR a cessé de perdre de l’argent. Ce faisant elle a pu conserver tous ses collaborateurs et elle a même pu créer de nouveaux postes dans des domaines spécialisés, comme la Pastorale de rue et la Pastorale de la santé. L’approche que nous avons développée auprès des fondations et des mécènes a de plus permis de mettre en place le financement de projets, comme les heures d’enseignement catholique à la Faculté de théologie protestante de Genève, le Rendez-vous cinéma de l’ECR IL EST UNE FOI ou encore le Chemin de joie. Ces projets permettent à l’Eglise de rayonner hors les murs.

Côté financier, il va falloir que nous stabilisions nos revenus.

Vous êtes en charge de la partie “profane” de l’ECR. Est-il aisé de concilier les valeurs chrétiennes et le management d’entreprise?
Dans chaque profession nous pouvons faire rayonner notre foi par notre comportement et le respect de nos collaborateurs et partenaires. Notre foi nous pousse par exemple à favoriser un cadre de travail agréable, où priment la confiance et la liberté, l’écoute et la recherche de solutions. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’exigences ni d’objectifs, mais les activités de l’Eglise ne s’inscrivent pas dans des processus d’évaluation classique. A Genève, nous avons la chance d’avoir le Conseil du Vicariat, un organe qui se réunit tous les mois autour du Vicaire épiscopal et qui permet un échange sur les priorités financières et pastorales.

A vos yeux qu’est ce qui a le plus changé en dix ans, dans la place de l’Église dans la société?
La pratique religieuse évolue. Si les églises se vident un peu – mais pas partout –, l’expression de l’appartenance à notre Eglise se manifeste par des gestes de solidarité. Il y a peut-être moins de monde à la messe, mais de nombreuses personnes s’engagent avec nos pastorales sur les terrains de la précarité, de l’exclusion et de l’accompagnement des personnes vulnérables.

L’évolution du modèle d’appartenance à l’Eglise s’observe également en ce qui concerne le financement. Dans l’opinion publique, les considérations coût-utilité s’imposent même en ce qui concerne l’Eglise. Ainsi dans la recherche de fonds, il s’agit souvent de fournir la preuve de l’utilité de l’Eglise, qu’il s’agisse des célébrations, de la défense de certaines valeurs ou de l’accompagnement des personnes.

Et dans les rapports avec l’Etat?
Les rapports avec l’Etat sont très bons. La laïcité à Genève est certes une contrainte dans nos relations, mais finalement elle permet une certaine liberté des uns et des autres. Notre présence dans les hôpitaux ou les prisons est un exemple de collaboration, appréciée aussi par la population. La loi sur la laïcité a fait l’objet de nombreux échanges et, même si l’un ou l’autre des articles pourraient être mieux précisés, il serait dommage de la rejeter car elle donne une reconnaissance au travail social que les Églises réalisent dans le canton.

Comment voyez-vous l’ECR dans dix ans?
Du côté pastoral, je vois une participation aux messes dominicales qui va aller en décroissant. Une pratique en diminution ne veut pas dire une religiosité à la baisse. Les catholiques nous attendent ailleurs dans la Cité et nous allons devoir répondre à cette attente.

Il y a quand même 38% de catholiques dans ce canton et nous devons être à leur écoute. Du côté financier, il va falloir que nous stabilisions nos revenus. Cela passe par la réalisation d’un ou deux grands immeubles de logements, puis le développement immobilier du Cénacle. Tout cela pour nous permettre de diminuer ultérieurement notre dépendance aux dons.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?
Encore une fois, tout est travail d’équipe, et là je parle de l’équipe du vicariat. Ce qui me réjouit le plus c’est de voir le nombre croissant de paroisses qui soutiennent financièrement l’ECR. Elles ne sont pas qu’à nos côtés, c’est beaucoup plus fort, nous ne faisons qu’un. Le soutien de quasi toutes les paroisses du canton démontre que nous avons pu faire passer le message qu’ensemble nous pouvons financer notre Eglise. Enfin, je n’ai jamais regretté d’avoir accepté ce poste. C’est un travail très varié, au service de l’Eglise et avec de belles rencontres. (Sba/pp)


Aventurier et homme d’écoute

Précis, subtil, à l’écoute et avec une bonne mémoire et un grand sens des responsabilités; soucieux du bien des personnes, engagé, humain, épicurien, présent partout, travailleur mais aussi rigide, rapide “comme un aventurier”: tels sont les mots qui surgissent à propos de Dominique Pittet selon un sondage auprès d’un nombre restreint de collègues réalisé à l’occasion des dix ans de son engagement au poste de Secrétaire général de l’ECR.

De formation commerciale, Dominique Pittet a travaillé dans le secteur juridique des assurances. C’est le président de l’ECR de l’époque, Jean-Pierre Thorimbert, qui lui a proposé d’assumer la charge de Secrétaire général. Une fois les tests de sélection réussis, Dominique Pittet a accepté la fonction. Le défi n’était pas des moindres. En 2008, l’ECR enregistrait un résultat courant déficitaire proche des 3 millions de francs. Aujourd’hui, les comptes sont équilibrés. Un résultat plus que satisfaisant, mais loin d’être définitivement acquis, 60% des revenus reposant sur des dons et la tendance ces derniers mois à ce niveau étant assez inquiétante. Chaque mois, l’ECR doit trouver un million de francs, notamment pour assurer les salaires des quelque 122 agents pastoraux (prêtres, religieux et laïcs). Les charges de personnel représentent 75% du budget, rappelle M. Pittet, avant de répondre à nos questions.


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