«Dommageable pour les relations entre la Chine et Rome»

Pékin: La Chine a ordonné un évêque malgré les objections du Vatican

Pékin, 21 novembre 2010 (Apic) La Chine a annoncé, le 20 novembre, qu’elle avait ordonné le même jour un évêque dans son Eglise catholique officielle, dans le diocèse de Chengde, malgré les objections du Saint-Siège. Ce dernier avait prévenu qu’une telle ordination, non reconnue par lui, nuirait aux relations entre Pékin et le Vatican, rapporte «Eglises d’Asie» (EDA) l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).

L’ordination du Père Guo Jincai a eu lieu comme prévu à Chengde, une ville du nord de la Chine, a confirmé à l’agence AFP Liu Bainian, vice-président de l’Association patriotique des catholiques de Chine, Eglise contrôlée par les autorités et dont les évêques sont nommés par le gouvernement. Le 19 novembre, en annonçant l’imminence de la cérémonie, Liu Bainian avait déclaré que le Vatican avait été informé il y a deux ans de l’intention d’ordonner le Père Guo Jincai, mais n’avait «jamais répondu».

Le 18 novembre, le porte-parole du Vatican, le Père Federico Lombardi, avait affirmé que cette ordination serait «dommageable pour les relations constructives développées ces derniers temps entre la Chine et le Saint-Siège.»

Des pressions

Par ailleurs, de nouvelles informations faisaient état de pressions, voire de contraintes exercées sur des évêques reconnus par Rome, pour qu’ils participent ou assistent à la cérémonie de l’ordination épiscopale du Père Joseph Guo Jincai. Outre les quatre évêques du Hebei pressentis par Pékin pour la cérémonie d’ordination, un évêque du Liaoning, Mgr Paul Pei Junmin, évêque «officiel» de Shenyang, était cité.

Le 18 novembre, Mgr Pei Junmin, 41 ans, se trouvait dans le diocèse de Chifeng, en Mongolie intérieure, pour une messe d’ordination de nouveaux prêtres, selon l’agence EDA. «Des fonctionnaires du Liaoning sont arrivés sur place, avec pour mission de l’escorter jusqu’à Chengde», a précisé une source locale à l’agence Ucanews. Mgr Pei n’était plus en mesure d’entrer en contact avec ses frères dans l’épiscopat, mais il a été laissé libre de rencontrer les prêtres nouvellement ordonnés ainsi que les fidèles locaux, a ajouté la source.

Quant aux quatre évêques du Hebei, qui ont été choisis pour ordonner à l’épiscopat le Père Guo Jincai, ils auraient été retenus à Pékin, dans une situation proche de la résidence surveillée. Depuis plusieurs jours, certains d’entre eux avaient été «soustraits à la circulation» par les autorités et ils étaient injoignables, leurs téléphones portables ayant été débranchés, suscitant l’inquiétude de leurs prêtres. Le 18 novembre, des informations faisaient état des détails suivants: Mgr Peter Fang Jingping, évêque de Tangshan, présiderait la messe d’ordination. Il serait assisté de Mgr Joseph Li Liangui, de Cangzhou (Xianxian), de Mgr Peter Feng Xinmao, de Hengshui (Jingxian) et de Mgr Francis An Shuxin, évêque coadjuteur de Baoding. Mgr Pei Junmin serait aussi du nombre des évêques co-consécrateurs.

«Si ces informations sont vraies», le Vatican considérera ces actions comme de graves violations de la liberté religieuse et de la liberté de conscience», avait prévenu le père Lombardi. Des informations démenties par Liu Bainian, le 19 novembre, qui a alors assuré que la présence à l’ordination serait facultative.

10 ordinations «officielles»

Dix ordinations épiscopales ont été menées en Chine continentale depuis le début de cette année. Toutes concernaient des évêques «officiels» reconnus par Rome. Le cas du Père Guo Jincai fait exception. Les raisons en sont peut-être dans la mise en place prochaine de l’Assemblée nationale des représentants catholiques, instance non reconnue par Rome et qui doit élire le futur président de la Conférence des évêques «officiels» et le futur président de l’Association patriotique des catholiques chinois. Le Père Guo Jincai, qui est vice-secrétaire général de l’Association patriotique, est sans doute appelé par Pékin à une promotion au sein de cette instance. Aux yeux de Pékin, il a besoin pour cela de revêtir des habits épiscopaux.

Un enjeu pour Pékin

Le nombre des catholiques chinois est estimé à quelques millions. La Chine et le Saint-Siège n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1951. Leur rétablissement est un enjeu pour Pékin, qui souhaite améliorer son image à l’étranger.

Les chrétiens en Chine sont divisés entre chrétiens «officiels» appartenant aux églises qui sont sous la houlette du Parti communiste chinois (23 millions, selon Pékin) et fidèles des «églises du silence», clandestines, estimés à 50 millions. (apic/afp/eda/nd)

21 novembre 2010 | 11:42
par webmaster@kath.ch
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