Rome: Les 40 ans de l’ouverture du Concile Vatican II

Dossier APIC

Le Concile Vatican II est-il dépassé ?

Rome, 10 octobre 2002 (APIC) Le 11 octobre 2002 l’Eglise catholique célébrera le 40ème anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II. Pendant plus de trois ans, de 1962 à 1965, presque tous les évêques du monde entier – 2’400 environ, ceux des pays communistes n’ayant notamment pas eu l’autorisation de quitter leurs territoires – vont se réunir à quatre reprises en sessions, dans la basilique Saint-Pierre. Comment a été reçu ce Concile les années suivantes jusqu’à nos jours? Les principaux défis soulevés dans les années 60 sont-ils toujours les mêmes aujourd’hui? Le Concile Vatican II est-il dépassé? Pour répondre à ces questions, l’APIC a rencontré des personnalités religieuses dont quelques-uns des chefs de dicastères de la curie romaine ­ certains d’entre eux ont été créés à la suite du Concile -, afin de faire le point.

Une des conséquences les plus importantes ayant suscité de vifs débats à la suite du Concile, est l’ouverture nouvelle de l’Eglise vis-à-vis des autres religions. La déclaration conciliaire «Nostra Aetate», votée en 1965, marque la reconnaissance officielle par l’Eglise des valeurs constituées par les religions non chrétiennes. Pour le père Georges Cottier, théologien de la maison pontificale, le Concile a eu deux conséquences positives à ce niveau. La première, «c’est que les chrétiens sont invités à prêter une attention particulière aux valeurs positives qui existent dans les religions non chrétiennes». La seconde conséquence positive réside dans deux fruits de «Nostra Aetate»: les grandes réunions d’Assise convoquées par Jean Paul II, rappelant que «la prière, quand elle est une sincère élévation de l’âme ne peut être qu’acceptée de Dieu, même connu très imparfaitement», ainsi que «la prière de tous comme supplication pour la paix».

Même si cela a conduit à ébranler chez certains chrétiens la conviction que le salut universel vient du Christ uniquement, – «vérité fondamentale» rappelée dans la déclaration «Dominus Iesus» publiée en septembre 2000 -, «il faut expliquer que ce qui est valable et respectable dans les grandes religions traduit le mouvement de l’âme en quête de Dieu», affirme le père Cottier, tandis que par la foi chrétienne, l’homme reçoit la Révélation plénière de Dieu dans le Christ et son plan de salut, et en même temps, il est révélé à lui-même. «Le mouvement va de Dieu à nous. C’est tout le mystère de la grâce».

Le dialogue oecuménique

Cette ouverture vers les autres religions a notamment marqué un tournant dans l’histoire récente de l’Eglise catholique en ce qui concerne son engagement en faveur de l’unité des chrétiens. «D’une attitude assez défensive à l’égard des autres Eglises et communautés ecclésiales, l’Eglise catholique est passée à des rapports de collaboration et de dialogue», affirme le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. «De la méfiance à l’égard du mouvement oecuménique, elle est passée à une prise de conscience de ses pleines responsabilités dans les deux domaines des relations multilatérales et bilatérales».

Pour le prélat, cette nouvelle ouverture oecuménique constitue une véritable «rupture». «Mais une rupture en unisson avec la grande tradition théologique et ecclésiologique, remontant aux Pères de l’Eglise», précise-t- il. Les Pères conciliaires ont également pris un risque, ajoute le cardinal allemand, «mais un risque qui se sent sollicité et assuré de l’ultime prière de Jésus ’Que tous soient un’». Enfin, affirme-t-il, cette ouverture était un rêve, «mais un rêve qui connaît les vertus et l’action, signes et gages de l’actualité du royaume de Dieu». Pour le cardinal Kasper, l’aspect important est que cette nouvelle ouverture «fut effectuée par l’ensemble des évêques en union avec le successeur de Pierre». «Mais nous n’en sommes qu’au début de sa réalisation».

Le défi posé par la culture

Quant au thème de la culture, il est également plus que jamais d’actualité, même si le contexte culturel a considérablement évolué. «En quarante ans, le monde a effectivement beaucoup changé», constate le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture. Se souvenant de l’époque où il était jeune collaborateur du pape Jean XXIII à la secrétairerie d’Etat, lors du Concile, le prélat d’origine angevine avoue toutefois ne pas avoir préparé l’événement ecclésial en «stratège», mais en «mystique», «dans une confiance totale en l’Esprit-Saint, pour que l’Eglise se rénove elle-même, afin que la lumière et la force de l’évangile se répandent davantage dans le monde de ce temps».

«Après l’éclat de l’été et les brumes de l’automne, un hiver rigoureux, empli de tempêtes, demeure traversé de bourrasques, cependant que pointe un timide printemps», déclare-t-il en faisant à sa manière un bilan de ces 40 ans de vie d’Eglise. Et de citer les caractéristiques de la «mutation socio- culturelle» qui a suivi le Concile: le triomphe des méthodes critiques, la révolte d’une partie de la jeunesse, l’urbanisation galopante, la crise du magistère, l’enfouissement dans l’hédonisme, l’effondrement de la pratique religieuse, le laxisme moral ou encore la difficulté de la transmission de la foi.

Aujourd’hui, le cardinal Poupard estime ainsi que «le défi principal pour la foi réside dans l’absence de Dieu dans la culture dominante, puissamment orchestrée par les médias, la télévision, ou encore internet». «Le pluralisme engendre le scepticisme, et le matérialisme, l’indifférence religieuse», explique-t-il. Mais, pour lui, «l’Esprit-Saint suscite, au sein même de cet apparent désert de Dieu, des oasis qui peu à peu reverdissent». «La génération qui s’était délectée du goût du monde le trouve désormais bien amer, et une nouvelle génération apparaît, pour redonner au monde le goût de l’évangile». Pour le cardinal Poupard, «c’est la réponse de l’Eglise au défi culturel du nouveau millénaire».

Ne pas avoir peur des médias

Le Concile Vatican II, à travers le décret «Inter mirifica», s’est également penché sur la question de la communication à un moment particulièrement délicat du parcours historique de l’Eglise catholique. Selon Mgr John Foley, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, il s’agissait alors de «surmonter la méfiance» envers le phénomène des communications. «Le Concile a dû se consacrer d’abord à une clarification intérieure de la conscience ecclésiale sur le fait que les communications n’étaient pas une menace sans recours». Un discernement indispensable, explique le prélat américain – qui fut présent au Concile comme jeune prêtre journaliste -, «pour que l’Eglise passe à une présence plus créative dans ce secteur».

Même si l’on constate qu’il a pu y avoir «une certaine lenteur de pénétration de cette ’nouvelle psychologie’», le seul fait qu’un Concile universel ait voulu consacrer spécialement un document à ce thème «est certainement le fruit d’une intuition encore imprécise mais effective concernant l’ampleur que le phénomène pouvait prendre». Aujourd’hui, il s’agit de rattraper le retard accumulé, précise Mgr Foley, rappelant que «nous n’avons assurément pas été les plus experts ni les plus humainement doués», mais qu’à l’exemple de Jean-Paul II, «il faudra bien reconnaître nos manquements en communication». Parmi les «paris à assumer» que cite le ’ministre de la communication’ du Vatican, le premier «est celui d’être formés, de savoir entrer dans les langages de l’information, de la publicité, de la radiophonie, de la télévision, d’internet» «Il ne faut pas se tenir à l’écart par crainte d’être contaminé», explique-t-il. L’autre «pari» est de faire prendre conscience «à ceux qui ont la charge de servir le peuple de Dieu de leur obligation particulière à ce niveau», et de «sensibiliser à temps et à contretemps» les autres.

La réforme liturgique

Les médias ont justement joué un rôle important à la suite du Concile Vatican II dans le domaine liturgique, alimentant des débats souvent véhéments. La réforme liturgique voulue par le Concile – à travers «Sacrosanctum concilium» – est en effet certainement celle qui a suscité le plus de réactions pendant et après l’événement. Les difficultés rencontrées dans l’après-Concile sont encore présentes à tous les esprits. «La référence à «Lumen Gentium» aurait certainement pu les prévenir», affirme le cardinal défunt Gabriel-Marie Garrone dans son ouvrage «50 ans de vie d’Eglise», publié en 1983. Ainsi, pour ce prélat français qui fut un ’grand témoin’ du Concile, les orientations et décisions prises dans cette constitution ont été considérées comme ayant par elles-mêmes une valeur. «Or il n’en est rien», explique-t-il. «Par exemple, en faisant parler aux fidèles dans la liturgie une langue qui leur soit immédiatement accessible, on ne les a pas approchés par le fait même plus près de Dieu dans la foi. Cette finalité demande un effort continu et souvent difficile. Il ne faut pas perdre de vue le but si l’on veut que les moyens portent leurs fruits», conclut-il, précisant que c’est dans «Lumen Gentium» que ce but est exprimé formellement.

Les laïcs, porteurs du message conciliaire

Pour appliquer toutes ces réformes voulues par les Pères conciliaires et les papes successifs, il a enfin fallu repenser à l’identité propre des membres de l’Eglise. Dès la fin des années 60, sont nés les mouvements charismatiques, redécouvrant par là des vérités proclamées par le concile à savoir le sens de la communauté, ainsi que la mise en valeur de l’Esprit Saint et de la parole de Dieu. Ce mouvement qui s’est très vite étendu en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe, est aujourd’hui une composante incontournable de l’Eglise catholique. Beaucoup de ces groupes auront contribué à une redécouverte de la liturgie, non seulement celle de la messe, mais aussi de l’adoration eucharistique ou de la prière personnelle silencieuse.

Cependant, des tensions sont régulièrement observées à la frontière des vocations particulières entre celle du prêtre et celle des laïcs notamment. De nombreux textes ont été consacrés à ce sujet, dans l’après-Concile et aujourd’hui encore. Récemment, la commission théologique internationale a entrouvert une porte vers le diaconat féminin tout en rappelant que le diaconat permanent proposé aux laïcs par le Concile n’est pas une étape en vue de la prêtrise. Mais, la préoccupation principale semble pour le moment se concentrer sur la redéfinition de l’identité et du ministère des prêtres qui traversent une crise. Plus de 46’000 prêtres ont ainsi abandonné leur état dans les vingt ans qui ont suivi le concile. Une crise qui s’est aussi manifestée dans leur formation et c’est une des raisons pour laquelle Jean- Paul II insiste tant sur ce point aujourd’hui. SH

Encadré

Petite histoire du Concile Vatican II.

A peine deux mois après son élection sur le siège de Pierre, Jean XXIII prend la décision de lancer un second concile du Vatican pour l’Eglise catholique. Le 25 janvier 1959, au monastère de Saint-Paul à Rome, le nouveau pape annonce la nouvelle aux nombreux cardinaux réunis, créant aussitôt la surprise dans l’assemblée. L’annonce surprend également l’opinion publique qui ne comprend pas tout de suite. «L’Osservatore Romano», le quotidien officiel du Vatican, donne l’information le lendemain en quelques lignes, sans même donner de titre. Quelques jours plus tard, aux collaborateurs de Jean XXIII qui lui font remarquer l’impossibilité d’ouvrir le concile pour 1963, il répond, «nous l’ouvrirons en 1962». Ce qui est fait.

Le 11 octobre 1962, les évêques en mitres et ornements blancs entrent en procession solennelle dans la basilique Saint-Pierre, suivis par le pape trônant sur sa «sedia gestatoria». Les évêques européens réunis dans la basilique transformée en gigantesque amphithéâtre, représentent alors 40% de l’assemblée. Les évêques américains représentent quant à eux 35% des participants, les évêques africains 10%, les évêques de l’Asie 14% et de l’Océanie, 3%.

Jean XXIII est présent à la première session, mais il meurt le 3 juin 1963. Les trois sessions suivantes – auxquelles participent tous les évêques – sont dirigées par son successeur, le pape Paul VI, qui conclut le Concile le 8 décembre 1965.

Les documents conciliaires sont 16 au total, dont 4 constitutions – «Lumen gentium» sur l’Eglise, «Dei Verbum» sur la Révélation divine, «Sacrosanctum concilium» sur la sainte Liturgie et «Gaudium et spes» sur l’Eglise dans le monde de ce temps -, 9 décrets – cinq portent sur les charges ou états de vie dans l’Eglise et quatre sur les relations de l’Eglise catholique en son sein ou avec d’autres – ainsi que 3 déclarations – «Gravissimum educationis» sur l’éducation chrétienne, «Nostra aetate» sur les relations avec les religions non chrétiennes et «Dignitatis humanae» sur la liberté religieuse.

En quatre ans, 136 congrégations générales ont été tenues, durant lesquelles 2’212 interventions orales et 4’361 écrites ont été faites. 10 assises conciliaires ont été publiques. La moyenne générale des évêques participants était de 2’200, et 242 d’entre eux sont morts durant le Concile, parmi lesquels 12 cardinaux. Par ailleurs, 460 experts ont pris part aux travaux, dont 235 prêtres séculiers, 45 jésuites, 42 dominicains, 15 franciscains et 123 membres d’autres ordres ou congrégations religieuses. En outre, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, 52 auditeurs laïcs, hommes et femmes, ont été admis aux travaux, ainsi que 104 observateurs, délégués ou invités provenant d’Eglises non catholiques. (apic/imedia/sh)

10 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 9  min.
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