Cameroun et Angola: Un voyage papal sous le signe de la réconciliation et de la justice
Dossier: Benoît XVI en Afrique
En vue du second Synode spécial sur l’Afrique d’octobre prochain
Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA
Rome, 16 mars 2009 (Apic) Le premier voyage de Benoît XVI en Afrique le mènera au Cameroun puis en Angola, du 17 au 23 mars 2009. En partie occulté dans les médias par son déplacement suivant en Terre sainte, ce voyage devrait être particulièrement dominé par les questions de justice et de réconciliation sur le continent noir. Un continent, a indiqué le pape lui-même lors de la prière de l’angélus du 15 mars, avec «ses graves problèmes, ses blessures douloureuses et ses énormes potentialités et espérances».
Benoît XVI effectuera ainsi, pour la première fois de son pontificat, un voyage qui le mènera dans deux pays différents. Un voyage au cours duquel il prononcera un peu plus d’une quinzaine de discours ou homélies et qu’il effectue à un mois de son 82e anniversaire.
A Yaoundé, au Cameroun, où se rendit Jean Paul II en 1985 et 1995, Benoît XVI remettra officiellement aux évêques africains «l’Instrumentum laboris» (un épais document de travail) du second Synode spécial sur l’Afrique organisé en octobre prochain au Vatican. Cette assemblée des évêques sera consacrée à «l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix». A Luanda, en Angola, le pape visitera par ailleurs le premier pays de l’Afrique sub-saharienne à avoir été évangélisé, à la fin du 15e siècle.
Benoît XVI, dont le souci constant semble être de replacer le Christ au coeur de la société occidentale, a indiqué deux jours avant son voyage qu’il entendait «idéalement embrasser tout le continent africain» lors ce déplacement pour porter en Afrique «la Bonne Nouvelle» du Christ. Loin de la crise intégriste qu’il vient de traverser, il souhaite avant tout «confirmer les catholiques dans la foi, encourager les chrétiens dans l’engagement oecuménique, apporter à tous l’annonce de paix confiée à l’Eglise par le Seigneur ressuscité».
Justice et paix en Afrique
Les thèmes de la justice, de la réconciliation et de la paix devraient ainsi être au coeur des principales interventions du pape au Cameroun, devant les évêques du pays et du continent tout entier, mais aussi en Angola. Cette ancienne colonie portugaise n’est sortie qu’en 2002 d’une guerre civile de près de 27 ans. A Luanda, Benoît XVI s’adressera aux autorités politiques et au corps diplomatique. Devant des diplomates du monde entier, à propos de l’Afrique, il exhortait déjà en janvier dernier «ceux qui exercent des responsabilités politiques, au niveau national et international, de prendre toutes les mesures nécessaires pour résoudre les conflits en cours et pour mettre fin aux injustices qui les ont provoqués».
Au Cameroun et en Angola, a confié à I.MEDIA Mgr Robert Sarah, secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le pape va ainsi «encourager l’Afrique à prendre au sérieux le thème de la réconciliation». Il s’agit, aux yeux de ce haut prélat guinéen, de «permettre d’unir chaque pays, chaque peuple, de manière à engager un développement harmonieux sur le plan social, économique, politique et religieux». L’ancien archevêque de Conakry espère donc que Benoît XVI encouragera l’Afrique à «se prendre en main» pour résoudre elle-même les conflits qui la meurtrissent. Mais le prélat africain reconnaît que la communauté internationale doit aussi y contribuer «car de nombreux conflits ne trouvent pas leur origine en Afrique».
Pour autant, le pape lui-même a précisé au cours de la prière de l’angélus du 15 mars que l’Eglise «ne poursuit (…) pas d’objectifs économiques, sociaux, politiques» mais qu’elle «annonce le Christ». Benoît XVI a ainsi prévenu toute tentative de récupération politique ou accusation d’ingérence sur le continent.
S’il est également attendu sur les questions de la lutte contre le sida – un thème qu’il pourrait aborder en rencontrant les malades à Yaoundé le 19 mars -, Benoît XVI ne devrait pas manquer d’évoquer la crise économique actuelle, et ses effets sur le continent africain, le plus pauvre de la planète. Nul doute que le pape, une nouvelle fois, s’arrêtera également sur le sort des enfants en Afrique, premières victimes de la misère et des conflits, mais aussi sur les questions de corruption.
Les défis de l’Eglise
Sur le plan ecclésial, confie par ailleurs Mgr Sarah, le pape devra inviter la «jeune Eglise d’Afrique» à «consolider sa foi et à se l’approprier». Outre la réponse de l’Eglise aux conflits et à la pauvreté qui marquent le continent, le pape devrait donc évoquer la question préoccupante des sectes «qui envahissent l’Eglise», et celle du dialogue interreligieux sur un continent où les fidèles de l’islam sont majoritaires.
Benoît XVI sera surpris par une Eglise en pleine croissance, confient sur place des missionnaires. «Notre Eglise est vivante, avec beaucoup de conversions, de vocations et les séminaires sont pleins dans de nombreux pays», explique à son tour Mgr Robert Sarah.
Un connaisseur du Vatican et de l’Afrique souligne pour sa part un autre défi de ce déplacement du pape en Afrique. «Il faut, explique ainsi cet ancien missionnaire, que Benoît XVI et ses proches collaborateurs s’ouvrent à l’Afrique, un continent qui a accueilli le souffle du Concile Vatican II» (1962-1965).
D’aucuns seront alors attentifs aux liturgies présidées par Benoît XVI: 3 messes publiques et un office des Vêpres où les chants locaux auront leur place autant que le grégorien. Soucieux des belles liturgies et promoteur d’un retour à la tradition, le pape avait ainsi dernièrement mis en garde les évêques du Nigeria en visite à Rome contre «les excès» en la matière. Le 15 février denier, il avait en effet encouragé les «efforts» des évêques nigérians en vue de «maintenir l’équilibre approprié entre les moments de contemplation et les gestes extérieurs de participation et de joie». «Ce qui fera plaisir à Benoît XVI, ce sont des liturgies belles et dignes de Dieu, pas du folklore», précise Mgr Robert Sarah, qui fera partie du voyage. Et de reconnaître : «nous, les Africains, ne gagnons rien à faire du folklore».
Un continent oublié ?
Après le voyage de Paul VI en Ouganda en juillet et août 1969, après les 16 voyages de Jean Paul II (visitant 42 des 53 pays du continent), Benoît XVI sera le 3e pape de l’ère moderne à se rendre en Afrique. Mais le sol d’Afrique noire que foule Benoît XVI lors de ce 11e déplacement à l’étranger n’avait pas reçu la visite d’un pape depuis 11 ans, lors de la visite de Jean Paul II au Nigeria, en mars 1998.
Visitée une seule fois par le cardinal Joseph Ratzinger lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi – en 1987 à Kinshasa (République démocratique du Congo) – l’Afrique demeure un continent peu représenté au sein de la curie romaine et du collège des cardinaux. A la retraite depuis novembre dernier, le cardinal nigérian Francis Arinze est le seul «prince de l’Eglise» d’origine africaine résidant à Rome. A ce jour, sur 187 cardinaux, seuls 15 proviennent d’Afrique, dont 9 électeurs de moins de 80 ans. Enfin, ce premier voyage de Benoît XVI semble occulté, au moins médiatiquement, par le «pèlerinage» du pape en Terre sainte, du 8 au 15 mai prochain.
Alors que le déplacement en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens a été annoncé de manière inhabituelle – par le pape lui-même – avec deux mois d’avance, le Père Federico Lombardi a confié «faire confiance aux médias» pour ne pas oublier le voyage en Afrique. «Je continue à dire que 2009 est l’année de l’Afrique», a-t-il insisté devant la presse en présentant les enjeux du voyage. JB/Ami
Encadré
L’Eglise du Cameroun
Lors de la première étape de son déplacement en Afrique, Benoît XVI se rendra au Cameroun du 17 au 20 mars 2009. Dans cette ancienne colonie allemande, il doit entre autres s’entretenir avec les autorités civiles, rencontrer les responsables de la communauté musulmane du pays et un groupe de quelque 200 malades. Avant tout, au cours de son séjour dans la capitale Yaoundé, Benoît XVI doit remettre aux évêques du continent le document de travail – «Instrumentum laboris» – du second Synode spécial pour l’Afrique qui se tiendra au Vatican du 4 au 25 octobre 2009.
Le Cameroun, presque aussi grand que l’Espagne, compte un peu plus de 18 millions d’habitants dont presque 5 millions de catholiques, soit 27 % de la population (au 31 décembre 2007 selon le Bureau central des statistiques de l’Eglise). Ce pays où le nombre de catholiques est croissant, compte 24 diocèses et 31 évêques.
On compte, à travers le pays, un peu plus de 800 paroisses et 1847 prêtres dont 1226 sont diocésains et 621 religieux. Il y a aussi une quinzaine de diacres permanents, 288 religieux non prêtres, 2478 religieux et 28 laïcs membres d’instituts séculiers. Il y a en outre 1361 séminaristes.
Sur le plan éducatif, on y trouve 1530 écoles maternelles et primaires catholiques qui accueillent près de 411’000 élèves, 151 collèges et lycées (avec 98’986 élèves) et 14 instituts supérieurs et universités (3’025 étudiants). Concernant les centres caritatifs et sociaux appartenant ou dirigés par des ecclésiastiques ou des religieux, on recense 28 hôpitaux, 235 dispensaires, 12 léproseries, 11 maisons de soins ou de retraite, 15 orphelinats et garderies, 40 centres familiaux pour la protection de la vie et 23 centres spéciaux d’éducation ou de rééducation sociale ainsi que 32 autres institutions. JB/Mr/Ami
Encadré
L’Eglise angolaise en chiffres
Ancienne colonie portugaise à peine sortie d’une guerre civile de près de 27 ans, l’Angola sera, du 20 au 23 mars 2009, la deuxième étape du voyage de Benoît XVI en Afrique. A Luanda, la capitale, le pape devra particulièrement rencontrer le corps diplomatique, les mouvements catholiques oeuvrant pour la promotion de la femme et participera également à une rencontre avec les jeunes dans un stade de la ville.
Sur une population totale de plus de 15 millions d’habitants, l’Angola compte plus de 8,6 millions de catholiques, soit 55 % de la population (au 31 décembre 2007, selon le Bureau central des statistiques de l’Eglise). Plus grand que deux fois la France, l’Angola compte 18 diocèses et 27 évêques. On compte dans le pays quelque 300 paroisses et 794 prêtres dont 443 sont diocésains et 351 religieux. Il y a aussi 1 seul diacre permanent, 98 religieux non prêtres, 2’276 religieux et 5 laïcs membres d’instituts séculiers. L’Angola comprend en outre quelque 1’200 séminaristes.
Sur le plan éducatif, on y trouve 481 écoles maternelles et primaires catholiques pour près de 227’000 élèves, 121 collèges et lycées (avec 52’535 élèves) et 12 instituts supérieurs et universités (4’465 étudiants). Concernant les centres caritatifs et sociaux appartenant ou dirigés par des ecclésiastiques ou des religieux, on recense 23 hôpitaux, 269 dispensaires, 4 léproseries, 16 maisons de soins ou de retraite, 45 orphelinats et garderies, 37 centres familiaux pour la protection de la vie et 28 centres spéciaux d’éducation ou de rééducation sociale ainsi que 41 autres institutions. (apic/imedia/mr/ami/be)



