Bethléem: Chaque année 36›500 enfants sont soignés au Caritas Baby Hospital
Dr Marzouqa veut donner du courage et de la sécurité aussi aux parents
Bethléem, 5 décembre 2014 (Apic) Que ce soit pour des maladies pulmonaires, des infections ou des problèmes digestifs, chaque année 36›500 enfants reçoivent des soins au Caritas Baby Hospital, à Bethléem. Près de 500 d’entre eux sont hospitalisés dans le nouveau service des soins intensifs. Sous la conduite de la doctoresse Hiyam Marzouqa, médecin-cheffe, une équipe comptant 34 médecins et membre du personnel soignant lutte 24 heures sur 24 pour la vie des plus petits, indépendamment de leur religion et de leur origine.
Dr Hiyam Marzouqa, médecin-cheffe au Caritas Baby Hospital de Bethléem depuis 2006, aime son travail, malgré une lourde charge émotionnelle et des situations stressantes. Même si elle a beaucoup apprécié les deux séjours passés en Allemagne pour ses études, cette Palestinienne a choisi de revenir au pays après son diplôme. D’un côté parce que la chaleur et la cordialité de son pays lui ont manqué et d’un autre côté parce que la Cisjordanie manque de médecins qualifiés, en particulier de pédiatres.
Sous la conduite de cette chrétienne, quelque 36’500 enfants sont soignés chaque année au Caritas Baby Hospital. Cet hôpital fondé en 1952 est le seul établissement pédiatrique de Cisjordanie. Il fait participer activement les mères au concept de soins. 82 lits sont à disposition, dont 6 dans le service des soins intensifs, inauguré l’an dernier. En général, les enfants ne font qu’un court séjour dans ce service. Toutefois, des traitements pouvant aller jusqu’à trois mois sont parfois nécessaires en cas de maladies graves. Il arrive souvent que des nouveau-nés souffrent de problèmes respiratoires, d’infections ou de maladies héréditaires.
Quatre jours en compagnie de Rasin
Il est 7h30, le soleil est levé depuis peu. Même en décembre, le thermomètre indique déjà 10 degrés et dans le courant de l’après-midi, la température s’élèvera jusqu’à 20 degrés. Dr Marzouqa vient d’arriver au Caritas Baby Hospital et consulte les dossiers des nouveaux patients avec les médecins traitants. En moyenne, entre 60 et 90 enfants sont soignés quotidiennement au Caritas Baby Hospital. La nuit précédente, un nouveau-né de deux jours a été amené au service des soins intensifs. Les valeurs de son sang sont alarmantes. La jaunisse, maladie courante chez les nouveau-nés, peut laisser au cerveau des séquelles irréversibles, si elle n’est pas soignée rapidement.
Après avoir pris connaissance du dossier, la doctoresse Marzouqa accompagne les médecins dans le service et observe le nouvel arrivé, couché, immobile et les yeux fermés dans l’une des deux couveuses. Sa peau reflète une légère lueur bleutée car l’on a recours à la photothérapie, un traitement aux ultraviolets. Ses parents, Mohammed et Fatemah, âgés de 25 et 22 ans, se tiennent immobiles et observent chaque geste du médecin. Ce jeune couple a dû attendre trois ans avant de pouvoir donner naissance à un premier enfant. Pleins d’espoir, ils l’ont appelé «Rasin» – le résistant. Après quatre jours, les valeurs du sang de Rasin se sont améliorées, sans transfusion, et le couple a pu rentrer chez lui avec l’enfant. «Pour Rasin tout s’est bien passé, car ses parents l’ont emmené assez tôt à l›hôpital», explique Dr Marzouqa. «Nous allons le suivre de près et inviter les parents à venir faire des contrôles réguliers.»
Aide sans limite
En plus des cas d’urgence, les problèmes de logistique marquent aussi le travail au Caritas Baby Hospital. Selon la complexité du cas, des enfants sont envoyés dans d’autres établissements, car les opérations chirurgicales ne peuvent pas se faire sur place. «Les enfants nécessitant une intervention compliquée doivent être transférés dans un hôpital de Jérusalem», explique Dr Marzouqa. «Pour cela, nous avons besoin d’une autorisation pour franchir les barrages entre les territoires autonomes palestiniens et le sol israélien.» Même si l’hôpital de Jérusalem n’est qu’à dix minutes de voiture, il peut s’écouler des heures jusqu’à ce que l’autorisation soit délivrée et que le transport puisse avoir lieu.
Le traitement d’enfants en provenance de Gaza, situation courante auparavant, s’avère maintenant très compliqué. Les patients ne reçoivent que rarement une autorisation de quitter le pays. Toutefois, le Caritas Baby Hospital a réussi, lors du cessez-le-feu durant les conflits de l’été dernier, à faire venir des patients de Gaza. L’équipe de l’hôpital pédiatrique essaie de soutenir au mieux les hôpitaux de Gaza. En raison de dommages aux infrastructures, ceux-ci n’étaient pas en mesure de fonctionner de façon optimale et étaient complètement surchargés en raison du grand nombre de victimes civiles. Jusqu’à aujourd’hui, le Caritas Baby Hospital a pu accueillir cinq enfants en provenance de Gaza, dont la petite Ghazal. «Pour son transport, notre équipe a dû faire face à de nombreuses complications. Du fait que la fillette souffrant de problèmes pulmonaires est soignée chez nous, un appareil respiratoire s’est libéré à Gaza», explique Dr Marzouqa.
Faire face aux coutumes ancestrales
Elle décrit le Caritas Baby Hospital comme un établissement fonctionnant dans un état en fait non opérationnel. Souffrance et résignation font partie du quotidien. Malheureusement, le niveau d’information des jeunes parents est souvent lacunaire, malgré des efforts intenses. Souvent, l’établissement est confronté à des situations dans lesquelles les enfants ont été traités selon des moeurs et coutumes anciennes, avant que les parents ne les conduisent à l›hôpital. Par exemple, des nourrissons avec de graves problèmes gastriques arrivent avec des brûlures, parce qu’une ancienne coutume recommande l’application d’objets chauds en cas de douleurs abdominales.
A côté des cas d’urgence et des anciennes moeurs, l’équipe de l’hôpital est régulièrement confrontée à des défis humains: «Quotidiennement, nous faisons face à des destins cruels. Parfois, il me faut beaucoup de courage pour parler avec les parents, lorsque je sais que leur enfant n’a que de très faibles chances de survivre. En de tels moments, malgré toutes les années passées dans ma profession, je dois me retirer quelques minutes», affirme Dr Marzouqa.
Donner du courage et de la sécurité aux parents d’enfants malades est considéré comme une tâche essentielle par la médecin-cheffe. L’hôpital doit prendre les habitants par la main, car la situation peu stable en Cisjordanie l’oblige à tenir un rôle d’exemple. Le matin, afin de trouver les forces nécessaires à cela, elle se rend souvent à la Basilique de la Nativité. Elle y allume une bougie et prie pour elle, pour sa famille et pour les personnes défavorisées vivant en Terre Sainte, afin que de nombreux enfants retrouvent la santé et puissent quitter son hôpital. «Apporter des soins médicaux est une chose. Etre confrontée quotidiennement à des destins et donner de l’espoir, même si j’ai peur moi-même, peur d’atteindre mes limites, peur pour mes patients, mes collaborateurs et ma famille en est une autre. Pourtant, lorsque je vois des enfants gravement malades arriver au service des soins intensifs et, après un certain temps, en sortir avec le sourire, voire même rentrer chez eux, cela me motive toujours à nouveau.»
Encadré:
Le Caritas Baby Hospital, en Cisjordanie, est financé et dirigé par Secours aux Enfants Bethléem. Le concept de soins fait participer activement les mères au processus de guérison de leurs enfants. En 2013, près de 36’500 enfants et nouveau-nés y ont été soignés et suivis. Tous les enfants reçoivent de l’aide, indépendamment de leur origine et de leur religion. «Nous sommes là», la devise de Secours aux Enfants Bethléem et du Caritas Baby Hospital, suscite en même temps des droits et des obligations.
Secours aux Enfants Bethléem / CCP 12-2064-5 / IBAN CH23 0900 0000 1200 2064 5
www.enfants-bethleem.ch
(apic/com/bb)



