«Duji Lokar», où la radio tchadienne créée par le Fribourgeois Maurice Page

Le journaliste a «partagé la communication» jeudi à Fribourg

Fribourg, 15 mars 2002 (APIC) Invité dans la cadre de la Campagne de carême 2002, le Fribourgeois Maurice Page, actuellement responsable de «Duji Lokar» – , Radio Etoile du Matin – à Moundou, au Tchad, était l’hôte jeudi soir de la paroisse Ste-Thérèse de Fribourg, pour témoigner de son expérience tchadienne. Une aubaine, pour le public, qui a «partagé la communication» avec lui, thème de ladite campagne.

Il a quitté un jour son poste de rédacteur à l’APIC, laissé sa place de conseiller général chrétien-social de la ville de Fribourg, et aussi sa charge de secrétaire cantonal du parti, pour s’engager comme volontaire au sud du Tchad. Parti en juillet 2000 de Fribourg pour Moundou, le journaliste parle aujourd’hui de «sa» radio diocésaine, catholique, dans un pays majoritairement musulman. Engagé comme collaborateur laïc de la Mission de Béthléem Immensee, Maurice Page a tiré le bilan de 18 mois de dépaysement, dans un coin du monde où la patience devient un art, et les repaires d’ici des ombres à oublier.

Depuis le 15 décembre dernier, la population de Moundou et de sa région écoute «sa» radio. Un peu plus de 18 mois après son départ de Fribourg, Maurice Page a tenu son pari. Créer une radio régionale au Tchad, pour le compte du diocèse de Moundou, seconde localité du Tchad, forte d’un peu plus de 120’000 habitants. Les installations ont été inaugurées officiellement le 28 janvier dernier. «Duji Lokar» n’a qu’une ambition, relève le journaliste fribourgeois: être proche de ses auditeurs, un lien entre les gens. «Il s’agit d’une radio de développement, et non confessionnelle, d’un instrument mis en place pour l’action caritative de l’Eglise locale, pour la promotion de la femme, et la sensibilisation aux problèmes liés à la santé, aux jeunes, à la société tchadienne, sous l’angle propre à ce pays, à Afrique», précise d’emblée le conférencier.

L’information relativisée

En quelques semaines, «Duji Lokar» a fait son nid. Et gagné l’adhésion de la population. Trop d’informations tue l’information, dit-on. Pas au Tchad, sans doute, où la cacophonie d’un brouhaha indistinct de nouvelles et où le spectaculaire et le scandaleux n’ont pas encore véritablement pris le pas, même si cette tentation touche aussi désormais les médias locaux. Et Maurice Page de citer l’exemple d’une petite ville tchadienne où, au cours d’un jeu radiodiffusé, l’animateur a posé la question à des jeunes lycéens: «Que s’est-il passé le 11 septembre 2001 ?» Aucun n’a su répondre. Vous avez dit décalage?

Le Tchad, pour quelque 7 millions d’habitants, compte en tout et pour tout un quotidien au niveau national, de six feuillets lorsque tout va bien; quatre ou cinq hebdomadaires avec des tirages oscillant entre 4’000 et 6’000 exemplaires, un mensuel, une radio nationale et une dizaines d’autres privées, une télévision d’Etat, loin d’arriver partout. Moins de 10% de la population est en possession d’un matériel suffisamment performant à même de capter les chaînes internationales de TV. A l’évidence, estime le journaliste, le Tchad et l’Afrique, en- dehors du spectaculaire et du macabre et des clichés négatifs, sont hors des préoccupations de l’Occident: à N’djamena, on ne compte qu’un seul correspondant étranger, pour l’ensemble du pays. En d’autres termes, guère plus d’une nouvelle quotidienne – et encore – sort en direction de l’extérieur, pour se perdre dans le flux des informations mondiales.

Une équipe qui marche

Pour fonctionner, «Duji lokar» a recruté cinq journalistes-animateurs professionnels et un technicien. Ils sont assistés d’une dizaine d’auxiliaires. «Faire tourner cette équipe de quinze personnes sept jours sur sept demande déjà une solide organisation. Il faut savoir tirer le meilleur profit des qualités de chacun tout en ménageant les susceptibilités individuelles et en permettant à chaque personne de s’exprimer. Sans compter que nous travaillons en deux langues». La radio Duji Lokar arrose un bassin de population d’environ 400’000 personnes.

Comment gérer une radio catholique dans un pays qui constitue le point de rencontre entre les mondes islamique, chrétien et animiste? «Notre objectif est la défense du dialogue et de la tolérance, dans la pluralité des opinions religieuses et politiques.»

Aujourd’hui, la radio fonctionne à raison de 4 heures par jour 7 jours sur 7. «La magie des ondes joue encore pleinement», du moins sur le territoire arrosé par «Duji lokar», grand comme la Suisse romande avec en tout et pour tout une dizaine de kilomètres de route goudronnée en ville.

Malgré la chaleur étouffante qui pèse généralement sur Moundou, Maurice Page affirme s’être intégré dans le paysage local. Sans tambour ni trompette, sans luxe, si ce n’est le climatiseur du studio d’enregistrement, et le pylône d’antenne, construit sur place et qui domine le quartier de ses 50 mètres. Une aubaine pour les rapaces, qui ne se gênent pas pour prendre les antennes pour des perchoirs. (apic/pierre rottet)

15 mars 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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