«Durcissement du laïcisme» sur le continent

Rome: Mgr Mamberti regrette l’essor actuel du «relativisme moral» en Europe

Rome, 17 janvier 2013 (Apic) Mgr Dominique Mamberti, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, a affirmé qu’un risque de «relativisme moral» planait sur l’Europe. Le ’ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège réagissait le 16 janvier 2013 à quatre jugements de la Cour européenne des droits de l’homme impliquant la croyance religieuse des requérants.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de Strasbourg a rendu, le 15 janvier 2013, son verdict dans quatre dossiers impliquant les croyances religieuses des requérants. Mgr Mamberti a assuré que ces affaires montraient que «les questions relatives à la liberté de conscience et de religion sont complexes, en particulier dans une société européenne marquée par la croissance de la diversité religieuse et par le durcissement corrélatif du laïcisme».

Ces affaires concernaient, pour deux d’entre elles, l’autorisation pour des employés de porter une petite croix autour du cou sur leur lieu de travail. Pour les deux autres, il s’agissait de la possibilité d’objecter en conscience à la célébration d’union civile entre personnes de même sexe et au conseil conjugal de couples de même sexe. Dans un cas seulement, la CEDH a donné satisfaction au requérant.

«Le risque est réel que le relativisme moral, qui s’impose comme nouvelle norme sociale, vienne saper les fondements de la liberté individuelle de conscience et de religion», a déploré Mgr Mamberti. Il a assuré que l’Eglise entendait «défendre les libertés individuelles de conscience et de religion en toutes circonstances, y compris face à la dictature du relativisme». Le prélat français a affirmé que sur des sujets moralement controversés, comme l’avortement ou l’homosexualité, «la liberté des consciences doit être respectée».

Liberté de l’Eglise

«Plutôt que d’être une entrave à l’établissement d’une société tolérante dans son pluralisme, le respect de la liberté de conscience et de religion en est une condition», a encore expliqué le ’ministre des Affaires étrangères du Vatican’. Pour lui, «l’érosion de la liberté de conscience témoigne aussi d’une forme de pessimisme envers la capacité de la conscience humaine à reconnaître le bien et le vrai, au profit de la seule loi positive qui tend à monopoliser la détermination de la moralité».

La question de la liberté de l’Eglise dans ses rapports avec les autorités civiles est actuellement examinée par la Cour européenne des droits de l’homme au sujet de deux affaires impliquant l’Eglise orthodoxe de Roumanie et l’Eglise catholique en Espagne. Dans ces causes, la Cour européenne doit décider si le pouvoir civil a respecté la Convention européenne des droits de l’homme en refusant de reconnaître un syndicat professionnel de prêtres, en Roumanie. Pour l’affaire espagnole, un enseignant de religion employé par l’Eglise avait porté plainte après s’être fait renvoyer pour avoir professé publiquement des positions contraires à la doctrine de l’Eglise.

A cette occasion, la représentation permanente du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe a rédigé une note synthétique exposant le magistère sur la liberté et l’autonomie institutionnelle de l’Eglise catholique, publiée par le Saint-Siège le 16 janvier.

Autorités civiles contre Eglise

Dans les deux cas, les droits à la liberté d’association et à la liberté d’expression sont invoqués pour «contraindre des communautés religieuses à agir à l’encontre de leur statut canonique et du magistère», a estimé Mgr Mamberti. Selon lui, «ces affaires mettent en cause la liberté de l’Eglise de fonctionner selon ses propres règles, de ne pas être soumise à d’autres règles civiles que celles nécessaires au respect du bien commun et de l’ordre public juste». «L’Eglise a toujours dû se défendre pour préserver son autonomie face au pouvoir civil et aux idéologies», a-t-il alors ajouté.

«L’Eglise est consciente de la difficulté à déterminer, dans une société pluraliste, les relations entre les autorités civiles et les diverses communautés religieuses au regard des exigences de la cohésion sociale et du bien commun», a expliqué Mgr Dominique Mamberti. Il a souligné que la liberté de l’Eglise serait «d’autant mieux respectée qu’elle sera d’abord bien comprise par les autorités civiles, sans préjugés». (apic/imedia/mm/rz)

17 janvier 2013 | 09:29
par webmaster@kath.ch
Partagez!