Fribourg: Plus de 300 personnes à la Fête des 50 ans de coopération solidaire
E-Changer a fait la fête à l’Ecole d’ingénieurs
Fribourg, 20 septembre 2009 (Apic) Plus de 300 personnes ont participé à l’Ecole d’ingénieurs de Fribourg, samedi 19 septembre, à la Fête des 50 ans de coopération solidaire d’E-Changer. Ce mouvement, catholique à l’origine, est né dans la mouvance des missionnaires laïcs (il s’appellera au départ Information Missionnaire Pour Laïcs (IMPL), puis Frères sans Frontières (FSF) pour devenir finalement E-Changer) pour s’inscrire ces dernières années dans la mouvance «altermondialiste», dans le sillage du 1er Forum social mondial de Porto Alegre en 2001.
Parmi les personnalités politiques invitées et sympathisantes samedi soir à l’Ecole d’Ingénieurs, on notait la présence des parlementaires fédéraux Dominique de Buman, Liliane Maury Pasquier, Luc Recordon (le conseiller aux Etats vaudois, du parti des Verts, fait désormais partie du Comité d’E-Changer), ainsi que la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre.
«Servir leurs frères» au service des missions
Fondateur d’IMPL, une organisation née à la suite d’un terrible cyclone qui avait frappé l’île de Madagascar où il avait travaillé, le Valaisan Guy Balet a retracé les débuts héroïques d’E-Changer. A l’époque, les volontaires laïcs partaient «avec le désir de servir leurs frères» au service des missions.
Mais au cours des années, la perspective a changé, pour aboutir à une vision et une pratique «altermondialistes» et à une coopération privilégiée avec les mouvements sociaux, comme l’a souligné Konrad Specker, chef du secteur «Partenariats institutionnels» à la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) de la Confédération. Le représentant de la DDC a relevé le mérite d’E-Changer d’avoir donné une visibilité en Suisse au mouvement «altermondialiste» issu des Forums sociaux mondiaux. Mais il a affirmé que ce mouvement «a peu inspiré la politique officielle de la Suisse».
Peter Niggli, le directeur d’Alliance Sud – la communauté de travail des six grandes organisations suisses d’entraide: Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas et Entraide protestante (Eper) – a pour sa part relevé qu’E-Changer en Suisse est la seule ONG de développement qui travaille quasiment qu’avec des mouvements sociaux autochtones qui sont nés indépendamment des organismes d’aide au développements ou des œuvres d’entraide. Quant à la parlementaire socialiste Liliane Maury Pasquier, elle a mis en avant cette dimension d’E-Changer: mettre au centre tout à la fois l’avenir de l’homme et la sauvegarde de la planète. Tout en déplorant la tentation de certains milieux à droite de l’échiquier politique de couper dans les budgets «déjà très minces» de la coopération au développement, en arguant de la crise économique qui n’épargne pas la Suisse.
Le souvenir toujours vivant de Maurice Demierre
Luc Recordon, qui avait lui aussi fait le «voyage du souvenir » au Nicaragua pour les 20 ans de la mort du jeune Bullois Maurice Demierre, a rappelé la mémoire de ce volontaire de Frères sans Frontières, assassiné le 16 février 1986 par des terroristes de la «Contra», des bandes armées contrerévolutionnaires financées par les Etats-Unis. L’exemple de ce premier volontaire FSF tué en mission à la veille de rentrer en Suisse inspire encore de nombreux volontaires d’E-Changer, que l’on nomme désormais des «coopér/acteurs».
Apportant les salutations du gouvernement fribourgeois, la Conseillère d’Etat Ane-Claude Demierre a elle aussi évoqué la mémoire de son beau-frère. Elle s’est dire très honorée de fêter ce 50 anniversaire, mais également très émue «car la coopération et la solidarité Nord-Sud ont marqué ma vie, tout comme celle de ma famille… C’est en effet grâce à Maurice Demierre que ma vie a été bouleversée (…) Ce don de soi pour les autres, pour les plus démunis, m’a toujours profondément marquée et a largement inspiré mon engagement politique et a suscité mon envie de m’engager à mon niveau pour un monde plus juste, plus social, plus solidaire, plus ouvert et plus tolérant»!»
Après les témoignages des coordinateurs des programmes d’E-Changer au Brésil et en Bolivie, et de Nathalie Fleury, conservatrice du Musée jurassien d’Art et d’Histoire et ancienne volontaire en Centrafrique où elle avait travaillé avec des pygmées, les invités ont pu assister à un théâtre-forum. A cette occasion, le public a été invité à intervenir – pour en changer le cours – dans une petite pièce illustrant l’incompréhension entre des gens bien intentionnés, participant à des vacances organisées par les «Echanges Solidaires» et des villageois africains. Après des démonstrations de capoeira – un art martial afro-brésilien assez spectaculaire – les quelque 300 convives ont partagé des saveurs d’Afrique et d’Amérique latine à l’enseigne des «cuisines du monde». JB
Encadré
Durant son demi-siècle d’histoire, le mouvement qui a donné naissance à E-Changer a envoyé près d’un millier de volontaires pour appuyer différents projets dans une trentaine de pays du Sud. D’inspiration missionnaire durant ses deux premières décennies, la conception de la coopération de ce mouvement s’est ensuite laïcisée et a élargi son horizon sociopolitique dans les années 80. A la fin des années 90, la création d’E-Changer a permis de faire évoluer encore la philosophie des projets de ce mouvement romand basé à Fribourg, désormais clairement axée sur le changement par l’échange et la réciprocité, avec une philosophie clairement «altermondialiste». E-Changer estime ainsi que des mutations en profondeur – dans ce monde qui abandonne plus d’un milliard de personnes acculées à la famine – ne s’opèrent pas par simple transfert de savoir faire. «Des améliorations durables passent par la construction de l’auto-estime des populations du Sud exploitées et par une prise de conscience généralisée, par les citoyens du Nord, de l’injustice du système actuel», affirme E-Changer sur son site internet www.e-changer.ch . JB
(*) Son frère Gabriel, évêque de Moundou, au Tchad, a été tué avec le Père capucin fribourgeois Gervais Aeby dans l’attentat terroriste visant un vol de l’UTA il y a exactement 20 ans.
Des photos de ce 50e anniversaire sont disponibles à l’agence Apic: tél. 026 426 48 01, courriel: jacques.berset@kipa-apic.ch et apic@kipa-apic.ch (apic/be)



