Ecône: Pas correct de parler de rupture du dialogue avec Rome, affirme Mgr Bernard Fellay

«Le dialogue est maintenu, mais on arrive dans une impasse»

Jacques Berset, agence APIC

Rome, 11 juillet 2001 (APIC) Il n’est pas correct de parler de rupture formelle du dialogue entre lefebvristes et le Vatican, «il faudrait plutôt parler d’impasse», a déclaré mercredi à l’APIC Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à la maison généralice de Menzingen, dans le canton de Zoug.

«Le dialogue est maintenu, mais il est devenu très difficile», avoue cependant le prélat d’origine valaisanne. Qui affirme la nécessité de corriger certaines «erreurs» de la théologie du pape Jean Paul II, tout à la fois reconnu comme Souverain pontife par la Fraternité schismatique, mais récusé comme le «pape d’Assise» qui a succombé à l’esprit œcuménique.

«C’est peut-être à cause de l’été, il n’y a pas grand-chose qui se passe, alors la presse suisse s’est engouffrée dans la brèche, mais en fait, c’est beaucoup de bruit pour rien», a-t-il affirmé le 11 juillet à l’APIC. «Il n’y a rien de nouveau depuis la lettre du 22 juin adressée par la Fraternité au cardinal Dario Castrillon Hoyos», président de la Commission pontificale «Ecclesia Dei», créée pour accompagner les fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Mgr Fellay est cependant confiant: «Nous arriverons à trouver une solution, même si ce n’est pas pour tout de suite». Dans son homélie lors des ordinations sacerdotales à Ecône, le 29 juin dernier, Mgr Fellay avait déjà dévoilé le contenu de sa lettre du 22 juin.

Une phase nouvelle s’ouvre, celle de la controverse doctrinale

Mgr Bernard Fellay, dans sa lettre du 22 juin adressée au cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et chargé par Jean Paul II de dialoguer avec les lefebvristes, explique que la Fraternité Saint-Pie X souhaite «une approche plus doctrinale du problème». Pour lui, la solution pragmatique proposée par le Vatican – l’érection d’une administration apostolique soumise directement au pape pour les fidèles de feu Mgr Lefebvre – ne résout pas le problème de fond, qui est doctrinal, opposant les traditionalistes à la «Rome moderniste». «Nous demandons deux préalables, a-t-il poursuivi, la libération de la messe et la levée de l’excommunication. Si Rome est capable de lever l’excommunication pour les orthodoxes, pourquoi ne pourrait-il pas aussi le faire pour nous ?».

Dans sa lettre du 22 juin, en réponse à celle adressée par le cardinal Castrillon Hoyos le

7 mai dernier, Mgr Bernard Fellay constate qu’il s’agit de changer les perspectives, car pour Rome, «soit nous entrons dans la pleine communion, et alors nous devons nous taire sur les grands malheurs qui frappent l’Eglise; à défaut de cage dorée, on nous impose une muselière; soit nous restons ’au dehors’. Ce dilemme, nous le récusons. De toute façon nous ne nous considérons pas en dehors de l’Eglise catholique romaine».

Rome doit remettre en cause une ligne de conduite prise depuis le Concile Vatican II

«Il est vrai, a encore affirmé le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, que ce que nous demandons est très difficile et cela nécessite, de la part de Rome, la remise en cause d’une ligne de conduite qui a été prise lors du Concile Vatican II». «Ce sera long, a-t-il poursuivi, même si Rome a promis une réponse pour la fin de l’été. Mais je suis persuadé que nous arriverons à résoudre le problème actuel, car Jean Paul II est un homme de dialogue et souhaite la réconciliation avec nous, mais on ne se comprend pas».

Mgr Fellay relève que depuis la rencontre des cardinaux de la curie romaine autour de Jean Paul II, le 22 mars dernier, pour traiter de la réconciliation entre Rome et Ecône, le «ton a radicalement changé». Le pape avait alors réuni autour de lui les chefs de dicastères de la curie dans le but de les consulter sur les éventuels aboutissements du «dialogue» entamé avec la Fraternité Saint-Pie X. Les réticences sont grandes, au sujet d’un rapprochement, y compris de la part de certains cardinaux et la curie est divisée entre ceux qui montrent de la sympathie pour le mouvement traditionaliste et ceux qui y sont franchement hostiles, constate Mgr Fellay. Pour lui, un accord de fond entre Rome et Ecône n’est pas pour demain. «Rome nous offre une solution pragmatique et nous demande en quelque sorte de capituler et de nous rendre sans condition, alors que nous voulons d’abord traiter la question de fond qui est la profonde crise qui affecte l’Eglise. Les positions prises par Rome à partir du Concile Vatican II ne sont pas étrangères à cette crise». (apic/be)

11 juillet 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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