Suisse : Les œuvres d’entraide disent non à l’initiative ›Ecopop’

›Ecopop’ ne bénéficie pas à l’environnement et nuit au développement

Berne, 28 août 2014 (Apic) Les œuvres suisses d’entraide disent un non ferme à l’initiative ›Ecopop’ soumise au peuple le 30 novembre prochain. En voulant limiter l’immigration et réduire la natalité dans les pays du Sud, les initiants se trompent dans leur analyse et proposent des solutions erronées, ont estimé les ONG de développement lors d’une conférence de presse, le 28 août 2014, à Berne.

«A-t-on le droit d’imposer aux pays en développement la limitation de leur démographie afin de protéger le confort des sociétés industrialisées ?» s’est d’emblée interrogée Géraldine Savary, conseillère aux Etats du canton de Vaud et membre du conseil de la ›Fondation Santé sexuelle’. En posant le problème du développement en terme d’accroissement de la population, l’initiative ›Ecopop’ ne tient compte que d’un seul des termes de l’équation, renchérit Peter Niggli, coordinateur d’Alliance Sud. Pour réduire les impacts négatifs sur l’environnement, il ne faut pas diminuer la population, mais revoir l’utilisation des ressources.

Avec ses 8 millions d’habitants, la Suisse génère un produit intérieur brut supérieur à celui des 34 pays les plus pauvres de la planète où vivent 850 millions de personnes. La Suisse, bien que sa population soit 100 fois moins nombreuse, exerce une pression plus forte sur l’environnement que les pays les plus pauvres.

En outre la croissance globale de la population mondiale ralentit depuis près d’une cinquantaine d’années. Le taux de natalité moyen dans le monde est de 2,5 enfants par femme, il est en baisse partout. Selon certaines projections, la population mondiale pourrait diminuer dès 2050, relève Peter Niggli.

Une proposition absurde et injuste

L’initiative ›Ecopop’, en plus d’une limitation drastique de l’immigration, exige que la Suisse consacre au moins 10% de son aide au développement au planning familial dans les pays du Sud. Pour les œuvres d’entraide, cette proposition est à la fois absurde et injuste.

Absurde parce que la limitation des naissances ne dépend pas seulement de la distribution de moyens contraceptifs. Rupa Mukerji, membre de la direction d’Helvetas, a illustré ce fait par la situation du Tamil Nadu, au sud de l’Inde, son pays d’origine. Dans cette région pauvre, la distribution d’un repas quotidien dans les écoles a permis la scolarisation des filles. Cela a permis la hausse du niveau général d’éducation mais aussi repoussé sensiblement l’âge du mariage et du premier enfant. Le taux de fécondité est passé de 3.9 enfants par femme en 1971 à 1,7 en 2012 soit à peine plus que la Suisse. A’inverse dans l’Etat d’Haryana, au nord du pays, nettement plus favorisé économiquement, la persistance d’une société très patriarcale maintient non seulement un taux de natalité élevé mais aussi un ratio nettement déséquilibré entre les sexes avec beaucoup plus de garçons que de filles.

Pour Rupa Mukerji, dépenser l’argent du contribuable suisse pour distribuer des contraceptifs aux femmes des pays en développement ne semble guère sensé. «En tant que femmes de pays en développement, nous n’y verrions qu’une nouvelle tentative de contrôle du corps féminin par autrui. Ce serait revenir à une coopération au développement conduite par les donateurs et soumise à conditions.»

Les mauvaises réponses d’Ecopop’

Pour Géraldine Savary, «un préservatif ne protège pas les femmes contre la violence, ne lutte pas contre l’analphabétisme et ne réduit pas la pauvreté.» Il est essentiel de renforcer les droits des femmes d’investir dans la formation des filles, dans l’accès à l’emploi, dans la lutte contre les violences sexuelles, d’interdire les mariages forcés et d’offrir une éducation sexuelle globale. Accepter ›Ecopop’ reviendrait à faire un pas en arrière dans tous ces domaines. L’accès aux moyens contraceptifs est certes indispensable et important, mais il n’est pas suffisant pour que les femmes puissent faire valoir leur droit à choisir quand et combien d’enfants elles souhaitent.

Pour la politicienne vaudoise, l’acceptation, le 9 février dernier, de l’initiative contre l’immigration de masse a été un séisme assez important pour prendre au sérieux les dangers d’Ecopop’. Les inquiétudes exprimées par ce vote peuvent se prolonger dans la prochaine votation. La problématique de l’immigration est bien réelle et il faut y donner des réponses, mais certainement pas celles d’Ecopop’. (apic/mp)

L’argumentaire complet d’Alliance Sud est disponible sous http://www.alliancesud.ch/de/ep/eza/downloads/140826_Argumentarium%20F.pdf

28 août 2014 | 14:57
par webmaster@kath.ch
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