Le document postconciliaire ressenti comme une bombe
Eglise catholique: 40 ans de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI
Jacques Schouwey, agence Apic
Fribourg, 12 mai 2008 (Apic) Il y a 40 ans, le 25 juillet 1968, trois ans après la fin du Concile Vatican II, le pape Paul VI publiait son encyclique «Humanae vitae», sur le mariage et la régulation des naissances. Se fondant sur le droit naturel, elle dénonçant toute méthode artificielle. Elle eut l’effet d’une bombe et plongea l’Eglise dans une profonde crise.
Promulguée par Paul VI, l’encyclique déclarait d’emblée «intrinsèquement déshonnête» toute méthode artificielle de régulation des naissances, réaffirmant ainsi la position traditionnelle de l’Eglise à l’encontre de l’opinion publique très largement favorable à un assouplissement de la doctrine catholique. Cela eut l’effet d’une bombe et déclencha une profonde crise d’autorité dans l’Eglise.
Le pape rappelle dans cette encyclique que la doctrine de l’Eglise sur le mariage est fondée sur «le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal: union et procréation». (HV, 12). Il exprime également la doctrine de l’Eglise sur la contraception artificielle: «En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, nous devons encore une fois déclarer qu’est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l’interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l’avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques. Est pareillement à exclure, comme le Magistère de l’Eglise l’a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu’elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l’homme que chez la femme. Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation. » (HV, 14)
L’encyclique encourage toutefois le recours aux méthodes naturelles de régulation des naissances, tout en rappelant discrètement que celles-ci ne sont licites qu’à certaines conditions : «Si donc il existe, pour espacer les naissances, de sérieux motifs dus, soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit à des circonstances extérieures» (HV, 16)
Une crise inévitable
Dès sa parution, l’encyclique apparut un peu partout comme un refus pur et simple de la contraception. Aux Etats-Unis, plus de deux cents théologiens catholiques déclaraient explicitement que ce document n’est pas un enseignement infaillible et que par conséquent «les époux peuvent décider de façon responsable en accord avec leur conscience que la contraception artificielle est permise en certaines circonstances.» Les conférences épiscopales, un peu partout dans le monde, essayèrent d’adoucir le caractère contraignant de l’encyclique en mettant l’accent sur la primauté de la liberté de conscience individuelle.
Enquête 40 ans après la publication
A l’occasion du 40ème anniversaire de cette encyclique, l’agence de presse internationale catholique Apic a questionné plusieurs personnalités du monde de l’Eglise pour leur demander leur avis. Quatre questions ont été posées à chacun d’eux. Nous débutons aujourd’hui la publication de leurs réponses en commençant par les réflexions de l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg.
Apic: Depuis sa parution, il y a quarante ans, l’Encyclique Humanae Vitae a fait couler beaucoup d’encre et a été l’objet de nombreuses critiques. Quels sont selon vous les aspects positifs d’Humanae Vitae?
F.-X. Amherdt: A certains égards, l’Encyclique Humanae Vitae est «écologique» et respectueuse de la nature, au sens qu’elle met l’accent sur l’observation des cycles naturels, comme méthode préconisée de régulation des naissances. Ensuite, elle insiste sur le droit (et le devoir) de tout couple à maîtriser sa fécondité. Elle encourage une très haute considération pour la grandeur et la beauté de la sexualité au service de l’épanouissement de l’amour des conjoints. Enfin, l’application des méthodes naturelles qu’elle recommande implique un dialogue régulier des époux au sujet de leur vie intime et favorise le respect du corps et de toute la personne de la femme dans son rythme spécifique.
Apic: A l’ère du sida, des couples infertiles et des progrès de la médecine dans le domaine de la procréation assistée, la question de l’éthique sexuelle se pose autrement qu’il y a quarante ans. L’Eglise doit-elle revoir ses positions à ce sujet?
F.-X. Amherdt: La réflexion théologique ne cesse de prendre en compte les problématiques nouvelles auxquelles les femmes et les hommes de ce temps sont confrontés et les progrès prodigieux de la médecine. Le rôle du magistère de l’Eglise consiste à opérer un discernement entre les découvertes scientifiques qui servent la dignité de l’homme, dans la ligne de l’Evangile, et celles qui la menacent. Il est opportun que les instances ecclésiales fassent preuve à ce propos de prudence, tant ces questions touchent à ce que la personne humaine a de plus précieux et intime, la transmission de la vie, l’amour et la sexualité. Mais sans doute que des évolutions dans le discours de l’Eglise institution pourraient s’avérer nécessaires et utiles, d’autant qu’Humanae Vitae n’a pas peu contribué au désamour entre de nombreux fidèles et le magistère. Et je peux comprendre que des chrétiens verraient d’un bon oeil de tels changements
Apic: Le monde actuel est-il capable de vivre selon les prescriptions de Humanae Vitae?
F.-X. Amherdt: Le monde actuel est-il capable de vivre selon les invitations de l’Evangile ? Qui peut prétendre être apte à aimer son ennemi, à pardonner 70 fois 7 fois, à vivre un amour qui ne cherche pas son intérêt ni ne se gonfle pas d’orgueil ? C’est toute la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ qui place la barre très haut, comme un idéal vers lequel chacun est appelé à tendre. L’essentiel est d’essayer, de nous abandonner à la force de l’Esprit qui vient en aide à notre faiblesse, de nous laisser relever par la miséricorde de Dieu si nous chutons. Autant en justice sociale, en éthique économique qu’en morale sexuelle !
Apic: L’image de la femme donnée dans l’Encyclique se heurte à l’incompréhension de beaucoup de personnes. On peut y voir une certaine idée de la soumission de la femme à l’homme: » que chacun aime son épouse comme lui-même et que l’épouse respecte son mari (37) «. Pour beaucoup, les femmes sont les principales victimes de l’encyclique. Partagez-vous cette analyse?
F.-X. Amherdt: L’intention du texte de Paul VI vise au contraire à promouvoir le respect de la femme dans la particularité de ses rythmes corporels et de sa personne et à éviter qu’elle ne se sente utilisée comme un objet de «consommation sexuelle». Reste que le problème du partage effectif des charges attachées à l’éducation des enfants entre l’homme et la femme demeure entier. Et je peux comprendre que certaines épouses aient pu voir dans le document du pape (promulgué d’ailleurs contre l’avis de la majorité des évêques) comme un encouragement d’une certaine » domination » des maris sur les épouses. (apic/js)




