«Eglises de pierre, églises de lumière», St- Maurice, 1997, 160 p., Ed. St-Augustin
Mgr Nasrallah Sfeir: le Liban ne va pas bien
«Personne ne peut désapprouver la résistance au Sud»
Beyrouth, 16 septembre 1997 (APIC) La paix au Sud-Liban passe par le règlement de la question israélo-palestinienne: c’est ce que souligne Mgr Nasrallah Sfeir, patriarche des maronites, dans une interview accordée à «La Croix». La question de la résistance doit être résolue, ajoute-t-il, mais «personne ne peut désapprouver cette résistance qui se bat pour libérer le Sud».
Alors que les affrontements entre l’armée israélienne et la milice libanaise pro-iranienne du Hezbollah ont fait plus de 25 morts en quinze jours, le patriarche s’inquiète de l’impasse du processus de paix. «La paix passe d’abord par le règlement de la question israélo-palestinenne, par la pacification de l’ensemble de la région. par le retrait d’Israël du plateau du Golan. La paix est une valeur indivisible. Pour le Liban, il faut qu’Israël et la Syrie se retirent de notre pays et que la question de la résistance soit résolue».
La «résistance», c’est celle du Hezbollah. «Personne au Liban ne peut désapprouver cette résistance qui se bat pour libérer le Sud, dit-il. Le problème est que cette résistance est avant tout islamique. pour échapper au confessionnalisme, il faudrait qu’elle se transforme en résistance nationale.
Mgr Sfeir, qui n’a jamais ménagé les autorités de Beyrouth et de Damas, dresse un bilan sans complaisance: un quart des 4 millions de Libanais vivent en dessous du seuil de la pauvreté, tandis que certains profitent de leur passage au pouvoir pour amasser des fortunes; le pays «traverse une crise économique et politique sévère»; le Sud est occupé par Israël et 40’000 soldats syriens stationnent dans le pays. «En fait, il n’y a pas de volonté nationale. Aucune déécision n’est prise par les dirigeants. Tous doivent rendre compte à Damas», déclare Mgr Sfeir.
Quel avenir pour les 350’000 Palestiniens?
Quel avenir proposer aux 350’000 Palestiniens présents au Liban ? Selon certains hommes politiques, on a l’intention de faire partir les populations chrétiennes du Sud pour les remplacer par d’autres populations, note le patriarche. Les remplacer par des Palestiniens ? «Les Palestiniens du Liban ne peuvent retourner en Palestine car Israël s’y oppose, répond le patriarche maronite. Ceux qui négocient la paix verraient d’un très bon oeil qu’ils restent chez nous, regroupés dans une même région. Or notre pays est tout petit: 10’000 km2. Et il doit d’abord penser aux 750’000 Libanais, émigrés depuis 1975 pour fuir la guerre et la crise, qui peuvent revenir un jour ou l’autre. De plus, il reste encore 400’000 personnes déplacées qui n’ont pas encore réintégré leur domicile. On ne peut pas demander au Liban de faire un sacrifice de plus». (apic/cip/cx/pr)



