Les femmes pour, les hommes contre

Egypte: Le divorce et les droits de la femme au cœur du débat parlementaire en Egypte

Le Caire, 26 janvier 2000 (APIC) Le projet de nouvelle législation controversée sur le «statut personnel» présenté par le gouvernement égyptien va apporter un peu plus d’égalité entre hommes et femmes en Egypte, notamment pour la femme le droit de voyager sans l’autorisation de son mari, et de demander elle-même le divorce. L’Assemblée du peuple, le Parlement, vient d’en commencer la lecture article par article après en avoir approuvé la ligne générale, malgré la réticence des islamistes, qui y voient une grave menace contre la famille.

Pour les fondamentalistes islamiques, le nouveau projet de loi – 81 articles remplaçant les quelque 500 en vigueur actuellement – est un coup fatal porté à famille. Quasiment toutes les critiques émanent des hommes, tandis que les femmes sont en grande majorité favorable au changement. Les mâles égyptiens ont peur que la femme n’abuse de ses droits et craignent qu’une loi garantissant davantage d’égalité mine l’autorité du mari au sein de la famille.

Youssef al-Badri, professeur de loi islamique (charia) à la Karachi University et ancien membre du Conseil suprême des Affaires islamiques, estime que ce siècle assistera à la désintégration de la famille égyptienne, avec comme résultat des modèles de relations familiales très semblables à celles qui prévalent en Occident. Pour lui, permettre à la femme de voyager à l’étranger sans la permission écrite de son mari conduira à la poursuite de la désintégration familiale et au déclin de la famille égyptienne traditionnelle. Cette interdiction de voyager est pourtant contraire à la Constitution égyptienne, dont l’article 41 stipule que la liberté personnelle est un droit naturel.

La femme: une émotive ?

Pour le professeur islamiste, donner à la femme le droit de divorcer va provoquer la destruction de nombreuses familles égyptiennes, car «une femme est naturellement une créature émotive et influençable. Si elle a le droit de divorcer, elle prendra des décisions impulsives au moindre signe de désagrément». C’est surtout l’article 20 qui est dans le collimateur. Il donne à l’épouse le droit d’obtenir le divorce en contrepartie de la renonciation de son droit à une pension alimentaire, un concept conforme à la charia. Les critiques estiment cependant qu’une telle clause est défavorables aux femmes des milieux défavorisés.

Sékina Fouad, femme écrivain et membre du Conseil consultatif qui a approuvé le projet, est d’un tout autre avis. Elle estime que le risque d’abus ne doit pas conduire à annuler le projet de loi. D’autant plus que la famille égyptienne a évolué: «Ceux qui s’inquiètent à cet égard doivent savoir que 25% des familles sont dirigées par des femmes, qui savent bien les préserver.» La famille égyptienne a en effet subi de profondes mutations ces dernières décennies, en particulier avec l’émigration de nombreux pères de famille pour chercher du travail, notamment dans les pays du Golfe arabo-persique. Mais aussi parce qu’une majorité de femmes égyptiennes aujourd’hui sont dans l’obligation de travaillent pour subvenir aux besoins de la famille.

Projet conforme à la loi islamique, la charia

Sékina Fouad souligne le projet est conforme à la loi islamique, la charia: «L’islam équilibre les forces entre le couple sans aucune distinction. L’homme a le droit de divorcer sa femme. La loi et la charia accordent également à cette dernière le droit de divorcer si elle peut prouver l’impossibilité de la vie conjugale. Aujourd’hui, la loi rend à la femme ses droits dont elle a été privée». En effet, le prophète Mahomet avait permis de divorcer à une femme qui lui déclarait haïr son mari: «Il lui a alors demandé de rendre le jardin que son mari lui avait apporté en dot et de divorcer».

Même son de cloche auprès des associations féminines égyptiennes. C’est pour elles «la fin de la dictature» dans la famille traditionnelle égyptienne, dominée depuis des siècles par le modèle patriarcal renforcé par la législation islamique. Le parlement devrait notamment permettre à la femme d’aller devant les tribunaux pour demander le divorce sans apporter le fardeau de la preuve de dommage matériel. Une femme victime au plan moral pourra ainsi obtenir le divorce si elle prouve l’impossibilité de poursuivre la vie conjugale.

«Les prémices d’une bataille rangée».

Selon «Al-Ahram Hebdo», ce projet de loi annonce «les prémices d’une bataille rangée». Le projet en discussion prévoit de simplifier et d’accélérer les procédures judiciaires liées surtout au divorce de la femme et au versement des pensions alimentaires. Des procédures qui peuvent actuellement durer entre 5 et 10 ans avant que la femme n’obtienne le verdict définitif.

A l’heure actuelle, quelque 6 millions de dossiers concernant le «statut personnel» (demandes de divorce, pensions alimentaires, conflits conjugaux) s’empilent dans les cours de justice et ne sont pas encore réglés. La nouvelle loi propose aussi la création d’une seule cour de justice chargée de toutes les affaires relatives au statut personnel, la Cour de la famille, qui sera un tribunal de première instance. Mais cela suffira-t-il, quand on sait qu’il y a en Egypte 500’000 procès en divorce par année.

Le Conseil d’Etat a mis 9 ans pour préparer ce projet de loi, qui a été ensuite approuvé par le Conseil des ministres, l’institution islamique d’Al-Azhar, l’Académie des recherches islamiques et le Conseil consultatif. Certains députés membres de la Commission de législation de l’Assemblée du peuple ont émis des remarques sur certaines clauses, mais ont fini par être convaincus de la conformité des clauses avec la Constitution égyptienne et la charia.

Le ministre égyptien de la Justice, Farouk Seiffel-Nasr, a déclaré au Parlement que le mariage devait être «une bénédiction pour les femmes, pas une prison.» A l’heure actuelle, le mari peut divorcer quand il le veut, tandis qu’une femme ne peut le faire que si elle peut prouver qu’elle est maltraitée. Même dans ce cas, elle peut être amenée à attendre le verdict du tribunal, des années durant, sans possibilité de quitter le domicile conjugal. (apic/alAhr/bbc/be)

26 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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