Une vingtaine de coptes tués lors de la nuit de Nouvel An 2000

Egypte: Verdict trop clément aux yeux des coptes pour les émeutiers d’Al-Kosheh

Le Caire, 6 février 2001 (APIC) La clémence du verdict contre les émeutiers d’Al-Kosheh, à 500 kilomètres au sud du Caire, suscite la crainte au sein de la minorité copte d’Egypte. Les sanglantes émeutes qui ont fait début janvier 2000 une vingtaine de morts et des dizaines de blessés chrétiens coptes – et un seul musulman – dans la localité d’Al-Kosheh, à 500 kilomètres au sud du Caire, ont trouvé lundi leur épilogue judiciaire.

38 émeutiers musulmans risquaient la peine de mort pour leur rôle dans ce pogrom interconfessionnel, le pire qu’a connu l’Egypte depuis des décennies. Finalement, ce ne sont que quatre personnes qui ont été condamnées à des peines allant de une à 12 années de prison ou de travaux forcés. 92 autres inculpés ont été acquittés par la Cour criminelle de Sohag (Sud). Les juges ont annoncé les sentences dans un tribunal sous la haute surveillance des forces de sécurité, étant donné le caractère hautement sensible de l’affaire.

Il y a un peu plus d’un an, à Nouvel An 2000, des dizaines de magasins coptes étaient incendiés et pillés dans cette grosse bourgade de 23’000 habitants, à 75% coptes. Même si la vingtaine de victimes sauf une étaient des chrétiens coptes, la version officielle ne parlait à cette époque que d’une «dispute entre deux commerçants» qui a dégénéré en conflits sanglants entre clans familiaux.

Un encouragement à tuer les chrétiens

Tous les condamnés sont de confession musulmane, mais les évêques de la communauté copte ont vivement réagi, affirmant que la «modération» des peines est de nature à encourager les musulmans à perpétrer de nouveaux meurtres contre la minorité chrétienne. Sur 66 millions d’habitants, l’Egypte compte officiellement près de 6 millions de coptes.

«Vingt chrétiens ont été tués, ils ne se sont pas suicidés et pourtant tous les meurtriers ont été acquittés, ce qui veut dire qu’on encourage les musulmans à tuer les chrétiens, on leur dit ’allez-y, tuez les coptes’. Ce verdict signifie que les chrétiens ne peuvent pas vivre en sûreté», a déclaré Mgr Wissa Makarios, évêque de Baliana-Sohag. Sur les quatre condamnés, seuls deux ont été reconnus coupables d’homicide «involontaire». Ils ont écopé des peines de deux ans de travaux forcés. Les autres peines sont liées à la détention illégale d’armes et aux dégâts causés à des véhicules.

Le juge musulman Mohamed Afifi, s’en prenant explicitement à trois prêtres coptes de la localité d’Al-Kosheh accusés d’être «moralement responsables» de la propagation des émeutes, a invité le pape Chénouda III, chef de l’Eglise copte orthodoxe, à prendre des mesures contre eux. L’émeute du Nouvel An 2000, qui a visé les chrétiens, n’est pas le premier épisode de violence contre la population d’Al-Kosheh. En 1998, la police égyptienne avait massivement commis des actes de brutalité policières contre les coptes.

Les coptes se sentent floués par la justice

Mgr Bisinthi Pisinti, évêque de Hélouane, au sud du Caire, a lancé un appel aux juges afin qu’ils reconsidèrent ce verdict dans le but de «préserver l’unité nationale», la communauté copte s’estimant victime d’une injustice. Ce verdict clément à l’égard des émeutiers musulmans pourrait provoquer de nouveaux problèmes entre musulmans et coptes en Haute-Egypte, où la vendetta et les conflits sanglants entre clans familiaux sont une pratique courante enracinée depuis la nuit des temps.

Le sociologue égyptien Saadeddin Ibrahim, président du Centre Ibn Khaldun pour la société civile, déclarait au moment des faits que le grave incident d’Al-Kosheh résulte d’une «atmosphère et d’un terrain empoisonnés». Ce terreau de préjugés et de fanatisme a été alimenté pendant des décennies par les militants islamistes. Si les forces de sécurité ont éliminé les éléments armés, la culture de la haine et de la méfiance qu’ils ont semée subsiste et la population de certains villages de Haute-Egypte est toujours prête à s’enflammer au premier incident.

L’écrivain Milad Hanna, auteur de plusieurs livres sur les relations entre coptes et musulmans, estimait lui aussi que les mesures de sécurité ne suffisent pas: il faut donner plus de liberté à l’Eglise copte (jusqu’à récemment, la construction et même la réparation d’une église était soumise à l’autorisation du président de la République en personne, alors que les mosquées foisonnent, qui n’ont pas toutes reçu un permis de construire!). L’Eglise copte doit pouvoir organiser davantage de célébrations publiques, afin qu’elle soit mieux connue de son environnement musulman. Les médias et l’école doivent être utilisés pour éduquer à la tolérance mutuelle, car l’ignorance et les préjugés nourrissent la méfiance, souligne Milad Hanna. (apic/orj/bbc/be)

6 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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