Einsideln: une exposition retrace les liens de l’abbaye et de son village
Le village d’Einsiedeln et son monastère partagent la même histoire fondatrice. Mais leurs relations ont évolué au fil du temps. C’est ce que montre la nouvelle exposition permanente «Ein Dorf von Welt» («Un village cosmopolite») à découvrir dès le 18 avril 2026 au musée Fram.
Regula Pfeifer/kath.ch – Traduction et adaptation: Bernard Hallet
«Pour nous, l’abbaye est le cœur d’Einsiedeln, ce qui fait l’essence même d’Einsiedeln. Elle fait partie de notre conscience, elle est pour ainsi dire dans notre chair.», explique Marann Schneider, qui s’engage dans le théâtre local. Einsiedeln sans l’abbaye est inimaginable. «Nous sommes également conscients que nous avons beaucoup profité de l’abbaye.» Elle s’exprimait avec trois membres du conseil de fondation du musée Fram à l’occasion du vernissage de la nouvelle exposition permanente.
«Le monastère est à l’origine d’Einsiedeln», explique Gery Kälin, membre du conseil de fondation. C’est ce qu’illustre un film d’animation saisissant dès le début de l’exposition. Il est l’œuvre de Roman Kälin, cinéaste et artiste en effets visuels né à Einsiedeln. Le film retrace la légende de l’ermite Meinrad, tué par des brigands en 861. D’autres ermites les ont suivis; en 934, le monastère a été fondé et le village a vu le jour.
Une grande peinture moderne à la craie représentant une Vierge noire et une ancienne carte indiquant le monastère et le village invitent à parcourir cette exposition qui se tient dans une seule salle.
Un panneau explique qu’Einsiedeln est marqué par le pèlerinage depuis le Moyen-Âge. Chaque année, parfois plus de 100’000 personnes venues de Suisse et des pays voisins se rendaient en pèlerinage auprès de la Vierge dans la chapelle de la Grâce. Cela a donné naissance au village à un secteur tertiaire important, avec de nombreuses auberges – plus de 70 au XVIIIe siècle.
Un monopole économique
À l’époque, la population d’Einsiedeln dépendait largement du monastère. Celui-ci détenait le monopole sur tous les secteurs économiques importants – et les contrôlait. Cela a entraîné des tensions entre les habitants, appelés «Waldleute», le monastère et les autorités de la ville principale de Schwyz, comme l’indique un panneau.

La situation a changé avec l’incursion des troupes françaises en 1798. Le monastère a été pillé, les moines se sont enfuis – emportant avec eux la Vierge noire. Cela a été traumatisant pour les villageois, explique Walter Kälin, président du conseil de fondation. «Mais à long terme, cela a renforcé leurs droits politiques et leurs perspectives économiques.» En effet, même après le retour des moines et la reprise de la vie monastique, le monastère n’a pas récupéré ses privilèges. Les secteurs économiques autrefois monopolisés par le monastère ont été privatisés – et pouvaient être exploités par les villageois.
Une industrie du pèlerinage
Une véritable industrie du pèlerinage s’est développée, dont ont également profité des entreprises d’Einsiedeln. L’exposition met particulièrement en avant les éditions Benziger qui produisent, entre autres, des images de dévotion, des calendriers, ainsi que des livres de prières.
«Même le livre provocateur Infaillible du théologien suisse Hans Küng a été publié, ironiquement, par la maison d’édition catholique Benziger», explique Gery Kälin, alors que les autres ouvrages de Hans Küng ont été publiés chez Herder et Piper. Dans son ouvrage, le théologien remettait en question le dogme de l’infaillibilité papale, ce qui lui a valu d’être déchu de son droit d’enseigner à l’université par l’Église.
À son apogée, la maison d’édition employait jusqu’à 1’000 personnes. Au XIXe siècle, la maison Benziger s’est développés aux États-Unis, où il a ouvert des succursales.
Lieu de dévotion catholique
Jusqu’au milieu du XXe siècle, le catholicisme a marqué la vie des fidèles de cette confession, jusque dans les associations. Et Einsiedeln, avec son pèlerinage et son économie, constituait un lieu important de dévotion catholique, explique l’exposition.
À partir des années 1960, la situation évolue. Les anciennes certitudes sont remises en question, la société change, le milieu catholique perd de son importance. «L’ouverture de l’Église suite au Concile Vatican II est accueillie avec une certaine euphorie dans les milieux catholiques». L’industrie du pèlerinage a disparu en l’espace de quelques décennies, emportant avec elle une grande partie de l’artisanat local.
Pourtant, le monastère et le pèlerinage «continueraient de jouir d’un grand rayonnement», poursuit le texte. La place du monastère serait le centre et la scène de manifestations sacrées et profanes, telles que des processions, le Théâtre d’Einsiedeln, des festivals de musique ou des événements sportifs. (cath.ch/kath.ch/bh)
> «Un village cosmopolite»: Du jeudi au dimanche, de 13 h à 17 h. Fermée le lundi de Pentecôte, le jour de la Fête-Dieu, ainsi qu’en juillet et en août.
Une exposition permanente
Le musée Fram propose pour la première fois une exposition permanente consacrée à Einsiedeln, présentée de manière moderne et accompagnée d’un guide multimédia. Auparavant, le musée présentait des expositions temporaires, dont certaines pièces sont désormais intégrées à l’exposition permanente. Celle-ci est appelée à s’enrichir et à évoluer. L’espace présente notamment des personnalités célèbres ayant un lien avec Einsiedeln et son abbaye. RP






