Einsiedeln: Des moines se distancient du «Grand Théâtre du monde» de Thomas Hürlimann
«Les masques de Calderón sans son esprit…»
Einsiedeln,
(APIC) Les moines du couvent d’Einsiedeln ne sont pas tous heureux de la version de Thomas Hürlimann du «Grand Théâtre du monde» de Calderón, représentée sur la place du couvent jusqu’au 9 septembre. La vision de l’auteur contemporain ne donne pas de réponse chrétienne à la question du sens de la vie et se moque de l’idéal de la vie monacale, reprochent des moines dans le courrier des lecteurs de plusieurs journaux alémaniques.
Ancien élève du couvent d’Einsiedeln, Thomas Hürlimann n’a pas voulu prendre position sur les critiques qui lui adressent, par lettres ouvertes, le Pères Karl Burkard, âgé de 79 ans, et le Père Lukas Helg, 56 ans. Les deux religieux sont en désaccord avec la vision de Thomas Hürlimann. «Il faut une fois que l’on dise que tous les religieux d’Einsiedeln, et de loin, n’adhèrent pas au «Grand Théâtre du Monde», a expliqué le Père Karl. Interrogé par l’APIC. Sa lettre de lecteur publiée dans plusieurs journaux reflète l’avis de la majorité des moines.
«Dieu est mort, nous n’avons plus besoin de lui»
«Thomas Hürlimann n’a conservé dans sa réécriture de la pièce que les masques de Calderón. L’esprit allégorique de la pièce de l’auteur espagnol qui date du milieu du XVIIe siècle s’est perdu», résume le Père Karl dans sa lettre ouverte. Prépondérant dans le texte original de Pedro Calderón de la Barca, le principe de la grâce est tourné en dérision par Thomas Hürlimann. Le personnage de la sagesse de Calderón devient celui de la «discreción» chez l’auteur alémanique et il s’exclame: «Dieu est mort. Nous n’avons plus besoin de lui».
Thomas Hürlimann laisse ses personnages sans réponses face à leurs interrogations existentielles. La seule vérité retenue du texte classique par l’auteur contemporain, c’est que la dernière heure sonnera pour tout le monde. On aurait pu livrer un autre message, mettre l’homme d’aujourd’hui sur la voie, lorsqu’il vient assister aux représentations sur la place du couvent, estime le Père Karl. «La vie n’est pas une destinée aveugle. Le seul secret qu’elle recèle, c’est celui de l’amour tout puissant de Dieu pour sa création. Notre vie a un sens».
Les moniales ridiculisées
Le langage brutal de la pièce qui ridiculise l’idéal religieux dans certaines scènes a choqué le confrère du Père Karl, le Père Lukas qui se considère pourtant comme un «catholique libéral». Le religieux a refusé de chanter au sein du chœur du théâtre car il ne pouvait donner son appui à la pièce de Thomas Hürlimann. Cela ne l’empêche pas de qualifier la mise en scène du régisseur Volker Hesse de «fascinante» et de «géniale»: «il s’agit bel et bien d’un grand spectacle mais il n’a rien de spirituel».
Thomas Hürlimann a glissé dans sa pièce un grand nombre d’observations pertinentes sur la société et la politique mais il ne retient avant tout leurs aspects négatifs, estime le Père Karl. Une scène figure des pestiférés se pressant à la porte d’une église pour trouver de l’aide et repoussés par les «cardinaux de l’inquisition». Les moines passent devant les malades sans leur porter assistance. «Est-ce ainsi que l’Eglise réagit face à la détresse du monde et aux demandes d’aide? N’as-tu jamais entendu parler du Père Damien, l’apôtre des exclus, ou encore de Mère Térésa?, demande le Père Karl à Thomas Hürlimann, qu’il a eu comme étudiant au gymnase du couvent. Thomas Hürlimann a indiqué à l’APIC «qu’il ne répondrait pas à une critique du niveau de cette lettre ouverte».
Au nom de l’abbaye, le Père Kassian avait expliqué à la fin du mois de janvier que le couvent d’Einsiedeln pouvait se rallier à la pièce, même si elle ne s’y identifiant pas complètement. Il avait prévu que cette mise en scène susciterait des réactions. (apic/mos/job/mjp)



