Salam – Shalom – Frieden

Einsiedeln: Rencontre interreligieuse de prière pour la paix

Einsiedeln, 18 février 2003 (Apic) Quelque 200 croyants issus des trois religions monothéistes se sont rassemblés dimanche soir à l’abbaye d’Einsiedeln en vue de prier pour la paix. La rencontre a été animée par le professeur islamique Farhad Afshar, de Berne, du professeur juif Ernst Ludwig Ehrlich, de Bâle, et du Père Abbé d’Einsiedeln Martin Werlen.

Cette prière interreligieuse constitue un signe d’espérance dans un temps d’incertitude et de menace de guerre, a affirmé Mgr Werlen dans son introduction, ajoutant: «Nous vivons avec la confiance que notre vie se trouve dans la main de Dieu». Pour le Père Abbé de la communauté bénédictine d’Einsiedeln, «la paix, qui est un vrai cadeau de Dieu, n’est pas un état qui, une fois atteint, serait assuré à jamais. Les hommes ont le devoir perpétuel de rechercher la paix et de la conserver.»

Les représentants des trois religions représentées ont offert aux autres participants un texte de paix et de pardon issu de leur livre sacré, en l’occurrence du Coran, des Psaumes et d’un Evangile. Les «Dix engagements d’Assise», fruit de la rencontre interreligieuse du 24 janvier 2002 à l’initiative de Jean Paul II, ont été lus devant l’assemblée. (apix/ol/wm/bb)

Rome: Entretien avec Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger

La force doit être utilisée en fonction des consciences

Antoine Soubrier, correspondant de l’Apic à Rome

Rome, 18 février 2003 (Apic) Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, a attiré l’attention du Saint-Siège et des Eglises d’Europe sur la situation des chrétiens en Algérie. Pour le prélat, la menace d’une guerre en Irak pourrait faire reculer de plusieurs années en arrière le dialogue islamo- chrétien, progressivement établi, à force de patience, depuis près de 40 ans.

L’archevêque d’Alger appelle les pays impliqués dans la crise à ne faire usage de la force qu’après l’épuisement total de toutes les ressources diplomatiques. De passage à Rome à l’occasion de la visite Ad limina des pays de la Conférence des évêques du Nord de l’Afrique ­ la CERNA ­, il a été interrogé le 18 février par l’APIC.

Apic: Comment les chrétiens d’Algérie vivent-ils la crise irakienne?

Mgr Teissier: Nous sommes très préoccupés par la situation actuelle en Irak. Depuis plus de 40 ans, nous avons engagé notre vie pour une relation pacifiée entre les chrétiens et les musulmans, entre l’Occident et le monde arabe. C’est pourquoi une agression contre les pays du Moyen-Orient nous ferait reculer loin en arrière dans ces efforts de réconciliations. Nous sommes très sensibles aux manifestations de la conscience morale et politique qui, en Occident, mobilise beaucoup de personnes contre un recours à la guerre. Si celle-ci doit avoir lieu, il faut que toutes les ressources de la diplomatie et de l’action préventive des Nations Unies aient été auparavant mises en oeuvre.

Apic: Quels enjeux comportent, selon vous, la diplomatie vaticane avec notamment la visite du cardinal Roger Etchegaray à Bagdad et la venue de Kofi Annan au Vatican?

Mgr Teissier: Nous avons été très heureux de voir, sur nos écrans de télévision depuis le Maghreb, la silhouette du cardinal Roger Etchegaray qui exprimait l’engagement du Saint-Père pour la paix au Moyen-Orient. La concertation entre le secrétaire général de l’ONU et le souverain pontife va dans le même sens.

L’Eglise n’est pas une communauté cultuelle qui s’occupe de ses liturgies internes. Elle est un engagement évangélique pour le salut des hommes, quels qu’ils soient. Jean Paul II met en oeuvre cette mission dans ses initiatives de paix. Il est rejoint par les hommes de bonne volonté qui travaillent dans le même sens, au premier rang desquels, Kofi Annan. L’Eglise n’est pas faite pour le salut des chrétiens, mais elle est faite, avec tous les chrétiens, pour le salut des hommes.

Apic: Comment analysez-vous le conflit actuel entre les Etats-Unis et certains pays comme la France, concernant une attaque en Irak?

Mgr Teissier: Avant, celui qui avait la force conduisait ses affaires sans s’occuper des autres. Aujourd’hui, même quand un pays a la force, il doit non seulement tenir compte de la réaction des consciences de l’opinion de son propre pays, mais aussi de ce soulèvement des consciences au niveau international. Tout ce qui est l’occasion d’un débat de conscience entre les peuples est le signe d’un progrès de l’humanité.

Apic: Vous êtes à Rome jusqu’à la fin de cette semaine, à l’occasion de votre visite Ad limina. Quel message souhaitez-vous faire passer auprès des autorités du Vatican?

Mgr Teissier: Nous sommes très heureux de l’attention manifestée dans les Congrégations que nous visitons ces jours-ci face aux problèmes spécifiques de notre Eglise. Nous avons la conviction que nous ne sommes pas présents au Maghreb en notre nom propre, mais au nom de l’Eglise universelle. Nous sentons que notre témoignage est soutenu par le Saint-Siège, et cela est très important.

Apic: Et les autres Eglises locales?

Mgr Teissier: Nous avons en effet exprimé au Saint-Siège le besoin d’un soutien des Eglises locales, car la communauté chrétienne vivant au Maghreb est largement minoritaire et une telle entraide est nécessaire. Nous avons déjà le soutien de plusieurs Eglises, d’Europe, mais aussi, davantage maintenant, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Notre grande souffrance est qu’après 40 ans d’efforts, nous avons beaucoup de peine à obtenir le soutien des Eglises du Moyen-Orient. Elles ont pourtant la double culture, arabe et française. Leurs membres représentent les chrétiens des origines qui ne sont pas passés par l’Europe et c’est pourquoi leur témoignage serait extrêmement important. Mais malgré nos contacts, nous n’arrivons toujours pas à faire comprendre à nos frères chrétiens arabophones que leur témoignage est une responsabilité aux yeux de l’Eglise universelle.

A ce sujet, je tiens à remercier du fond du coeur les quelques religieuses du Moyen-Orient qui ont le courage de vivre avec nous. Mais que font les milliers de prêtres des pays tels que l’Egypte ou encore le Liban? C’est une grande déception pour nous que personne ne vienne nous rejoindre. Les hommes sont faits pour constituer la famille humaine planétaire des enfants de Dieu dispersés, que l’Esprit du Christ appelle au rassemblement. Tous les travailleurs du rassemblement sont des travailleurs de Dieu, car Dieu est communion. Les êtres humains créés à son image ne sont fidèles à leur vocation que quand ils sont des travailleurs de la communion.

Apic: Les évêques de la CERNA ont rencontré, individuellement, le pape le 17 février. Que lui avez-vous dit?

Mgr Teissier: Comme évêques d’Algérie, nous avons fait part au pape de notre reconnaissance pour son engagement en faveur de la paix et l’avons assuré de l’estime de beaucoup de musulmans de notre région qui connaissent son action et y découvre une action qui honore Dieu et sert le bien commun de l’humanité. (apic/imedia/bb)

18 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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