Le gouvernement salvadorien prêt à ouvrir une nouvelle enquête

El Salvador: Les assassins de quatre religieuses en 80 reconnaissent avoir agi sur ordre

New York, 10 avril 1998 (APIC) Les assassins de trois religieuses et d’une missionnaire laïque tuées en 1980 au Salvador, reconnaissent aujourd’hui avoir agi sur ordre de leurs chefs, les militaires salvadoriens. Reconnus coupables 1984, ils avaient jusqu’alors toujours niés avoir agi sur ordre. Le gouvernement américain de Reagan soutenait alors le régime pour combattre le Front Farabundo Marti. Une nouvelle enquête pourrait être ouverte au Salvador.

Les confessions des quatre hommes ont été faites en mars aux deux avocats du «Lawyers Committee for Human Rights» (Comission des juristes pour les droits de la personne), de New York, qui représente les familles des victimes – les soeurs de Maryknoll Maura Clarke et Ita Ford, la soeur ursuline Dorothy Kazel et la missionnaire catholique laïque Jean Donovan.

Ces aveux sont importants: ils confirment la thèse avancée depuis longtemps par les collègues et les familles des victimes, ainsi que par des organisations de défense des droits de la personne humaine, à savoir que ces meurtres n’auraient pu être perpétrés sans l’approbation des militaires salvadoriens. Les gouvernements des Etats-Unis et d’El Salvador, toutefois, ont toujours soutenu que les auteurs de ces meurtres avaient agi seuls.

Les quatre gardes nationaux salvadoriens ont reconnu que leur supérieur immédiat, le sous-sergent Luis Antonio Colindres Aleman, leur avait dit avoir reçu «l’ordre de tuer ces femmes, et qu’ils n’auraient pas participé à l’assassinat des religieuse sans cette assurance», écrivent les avocats Scott Greathead et Robert Weiner dans une lettre adressée le 3 avril à Madeleine Albright, secrétaire d’Etat des Etats-Unis.

Ces hommes – Daniel Canales Ramirez, Carlos Joaquin Contreras Palacios, Francisco Orlando Contreras Recinos et Jose Roberto Moreno Canjura – reconnus coupables en 1984, ont été condamnés à 30 ans d’emprisonnement pour meurtre. Les avocats ont pu les rencontrer en prison grâce à l’intervention de l’ambassade des Etats-Unis dans le pays. Les prisonniers ont affirmé que seul Colindres Aleman savait qui avait donné l’ordre de tuer les religieuses. Mais celui-ci, qui a aussi été reconnu coupable, a refusé de parler aux avocats.

Le rôle des Etats-Unis

Stephen De Mott, responsable de la communication de l’Ordre des Maryknoll, société catholique missionnaire de New York, rappelle que l’enlèvement, le viol et l’assassinat des quatre femmes, le 2 décembre 1980, avaient profondément choqué l’opinion publique aux Etats-Unis, entraînant «un énorme problème au plan des relations publiques» pour l’administration du président Ronald Reagan. Celle-ci avait minimisé la possibilité d’une responsabilité des militaires de haut rang dans ces assassinats.

Pour Soeur Patricia Ryan, vice-présidente des soeurs de Maryknoll, «ces informations sont importantes. Notre indignation, dit-elle, est d’autant plus grande qu’il a fallu si longtemps pour que cette information soit divulguée et aussi parce que le département d’Etat des Etats-Unis n’a pas poursuivi l’enquête. «Dans la souffrance, nous, soeurs de Maryknoll, avons supporté la perte de nos soeurs et celle de 76’000 autres personnes, mortes dans l’anonymat, abandonnées sur le bord des routes.»

Le porte-parole du Département d’Etat, James Rubin, a déclaré que les Etats-Unis, qui considèrent encore comme valables les conclusions de l’enquête du juge fédéral de 1983 – selon lesquelles les quatre hommes n’exécutaient pas des ordres – allaient exhorter le gouvernement salvadorien à approfondir l’enquête si de nouvelles preuves étaient apportées.

Durant les années 80, les Etats-Unis ont dépensé sept milliards de dollars pour aider le gouvernement salvadorien àà combattre la guérilla du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). En 1992, l’accord de paix signé entre les guérilleros et le gouvernement mettait fin à 12 ans de guerre civile.

Selon l’agence Reuters, le président salvadorien Armando Calderon Sol a déclaré que ces confessions pourraient pousser son gouvernement à rouvrir le cas. «S’il faut poursuivre les recherches, nous le ferons», a-t-il dit. Interviewé aussi par Reuters, le prêtre jésuite et théologien de la libération Jon Sobrino a exprimé l’espoir que ce rapport ne fera pas seulement «la une des nouvelles d’un jour mais poussera les Etats-Unis et El Salvador à reconnaître certaines des atrocités qui ont été perpétrées». (apic/eni/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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