Entre craintes et espoirs: aucun bouleversement à attendre
Elections en Indonésie: L’analyse d’un jésuite présent dans le pays depuis 22 ans
Djakarta, 2 juin 1999 (APIC) Les élections qui se dérouleront le 7 juin en Indonésie ont une importance capitale pour la stabilité interne et la relance de l’économie. «Elles devraient servir à rendre la confiance à la population qui, aujourd’hui, a peur, mais croit dans la valeur du dialogue et de la tolérance», estime le Père James Spillane, jésuite américain, missionnaire en Indonésie depuis 22 ans, qui analyse la situation a quelques jours du scrutin.
Spécialiste en économie, professeur à la «Sanata Dharma University» de Yogyakarta, et à l’Université pontificale Grégorienne de Rome, le Père James Spillane relève que la situation est encore bien incertaine, après les désordres de mai 1998. Sans parler des affrontements ethnico-religieux. «Les gens ont peur du gouvernement et des éléments provocateurs. On pensait que, après la chute du régime de Suharto, les problèmes seraient finis et que commencerait une ère nouvelle ; mais il n’en a pas été ainsi. L’ombre de l’ancien dictateur est toujours présente. D’après le comité pour les droits de l’homme, composé de personnalités gouvernementales, d’associations civiles et internationales, l’armée a été responsable des désordres et de la mort des étudiants l’an passé. Des accusations directes sont formulées contre les forces spéciales de la police, expertes dans la lutte contre le terrorisme, dirigées par le gendre de Suharto».
Dans quel esprit les gens vivent ces élections? «Avec l’espoir de changer de manière légitime le gouvernement: les gens n’ont pas confiance dans le président Habibie, «fils adoptif» de Suharto, qui n’aura jamais le courage nécessaire pour faire juger Suharto et sa famille. Ses hommes, les ministres, sont tous des hommes de Suharto. Pendant trente ans, il n’y a pas eu d’opposition dans le pays, et aujourd’hui on repart de zéro !»
Pour le jésuite, les élections sont «relativement libres» ; la campagne électorale est en cours, mais les gens ont peur des rencontres politiques: le scénario est du même genre que les rencontres de football, les partis ont des couleurs différentes, leurs membres défilent dans les rues, et ce sont surtout des jeunes. Il est donc facile que tout dégénère en violence. La confrontation entre les partis a les tons et les modalités d’une rencontre entre des bandes, plutôt que de se mettre d’accord sur un programme politique précis. De nombreux hommes politiques qui se présentent aux élections se déclarent seulement «contre Suharto», et se servent de cet argument de manière démagogique, sans faire de propositions politiques consistantes.
Seul un changement de gouvernement…
Quelle est la situation au plan social? «Comme l’a déclaré le cardinal Darmaatmadja, les gens croient en la valeur de la tolérance entre les personnes des différentes ethnies, cultures, religions. Le cardinal croit que les gens choisiront la tolérance, et non pas la violence. Cela ne sera possible qu’avec un changement de gouvernement: si le Golkar gagne une fois encore, la méfiance se répandra et les tensions sociales pourraient renaître. Le Golkar, de son côté, ne veut pas laisser le pouvoir, parce qu’il craint d’être mis en accusation pour corruption. Les gens ont plus d’espérance que de confiance.
S’agissant de la situation dans les Universités, Père James Spillane relève qu’elle est préoccupante, car les jeunes ne voient aucune certitude pour leur avenir et craignent le manque de travail, et se trouvent dans des difficultés économiques. «Dans mon université et dans d’autres établissements, 20% des jeunes ne parviennent à prendre en charge leurs propres études. Ce qui veut dire chômage et frustration croissante».
Que fait l’Eglise? L’Eglise est proche des gens, soutient le Père James Spillane: «La plus grande partie des évêques sont d’origine humble, et ils n’ont pas un style de vie luxueux. En outre, l’Eglise dirige des écoles, des universités, des hôpitaux, des orphelinats, des services sociaux. Les catholiques constituent une présence positive dans le pays et ils doivent l’être aussi dans la politique : sans former un parti catholique, mais en coopérant avec d’autres personnes dans la société civile, en participant au processus politique pour le bien de tous, et pas pour s’occuper de leurs propres intérêts. (apic/fides/pr)




