Tunisie: L’OMCT inquiète de la situation dans le pays

Elle condamne la répression violente des manifestations

Genève, 15 janvier 2011 (Apic) L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) exprime sa plus vive inquiétude quant à la situation en Tunisie. Elle condamne fermement la répression violente des manifestations sociales, qui perdurent depuis la mi-décembre, indique-t-elle dans un communiqué publié le 13 janvier.

Selon l’OMCT, le non-respect des droits économiques, sociaux et culturels est souvent la cause profonde de violences. Mettre fin à celles-ci nécessite des mesures ciblées répondant efficacement aux demandes légitimes de la population pour le respect de ses droits les plus basiques. «Le gouvernement tunisien, en sus de mettre immédiatement fin à la répression violente des manifestations, également marquée par des violations des droits économiques, sociaux et culturels, doit prendre des mesures immédiates et efficaces afin de garantir aux tunisiens, en particulier aux couches les plus pauvres de la population, le respect, la protection et la mise en œuvre effective de leurs droits économiques, sociaux et culturels», écrit l’OMCT dans son communiqué.

En outre, elle demande la libération «immédiate et de manière inconditionnelle» de toutes les personnes détenues arbitrairement après ces manifestations. L’OMCT fait notamment allusion aux défenseurs des droits de l’Homme, soit des avocats, des journalistes et des bloggeurs, mais aussi des personnalités politiques, dont Hamma Al Hammami. L’Organisation appelle aussi à la cessation immédiate de tout acte de torture et autres mauvais traitements.

Une enquête publique

Pour elle, il s’agit de mettre en place une commission nationale d’enquête indépendante et impartiale, chargée d’examiner les violations des droits de l’Homme, y compris les cas d’exécutions extrajudiciaires, de torture et de mauvais traitements. L’OMCT exige aussi l’identification des responsables et leur traduction, le cas échéant, devant la justice, ainsi que l’octroi de réparations aux victimes et/ou à leurs familles. «Les résultats de cette enquête devront être rendus publiques», écrit-elle encore.

En outre, l’Organisation veut mettre en œuvre, «en coopération étroite avec les personnes directement concernées et leurs représentants», des programmes de développement social, économique et culturel, répondant efficacement aux besoins des Tunisiens, y compris dans les secteurs de l’emploi. Elle demande l’accès à l’alimentation, à la santé et à l’éducation, et ce, conformément aux droits inscrits dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

L’OMCT demande aussi au gouvernement tunisien de faire appel aux organes et agences compétents des Nations Unies, y compris au Bureau du Haut Commissariat aux droits de l’Homme, «afin de l’assister dans ses démarches pour répondre aux droits des Tunisiens à cet égard».

Finalement, l’OMCT exige que la Tunisie respecte ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme et qu’elle invite, «immédiatement et sans réserve», des rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur la torture. Selon elle, les autorités doivent garantir l’indépendance des juges et des avocats, ainsi que la liberté d’expression.

Mouvement de contestation sans précédent

Le mouvement de contestation social sans précédent dénonçant les conditions de vie, le chômage, la corruption et le déni des libertés fondamentales a été déclenché à la suite de l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010. Ce dernier a voulu protester contre la décision des forces de l’ordre de lui confisquer sa charrette de fruits et de légumes, sa seule source de revenus.

Des manifestations dénonçant la pauvreté, le chômage et la corruption avaient déjà eu lieu dans le bassin minier de la région de Gafsa, en 2008. Celles-ci avaient été violemment réprimées par les forces de l’ordre. L’OMCT avait, à cette occasion, exprimé sa crainte que ces évènements ne se répètent. Elle avait dénoncé un climat d’insécurité alimentaire, le déni des libertés fondamentales et l’érosion du droit au travail et à l’alimentation, ainsi que du droit à un niveau de vie suffisant. Des droits qui devraient normalement être garantis par les instruments internationaux ratifiés par la Tunisie. (apic/com/nd)

15 janvier 2011 | 09:31
par webmaster@kath.ch
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