Suisse: La Suisse doit réduire ses émissions de CO2 davantage que ce que veut Berne

Elle doit faire plus, demandent les œuvres d’entraide

Berne, 17 septembre 2009 (Apic) La Suisse doit réduire ses émissions de CO2 bien davantage que ce que veut le Conseil fédéral, ont exigé jeudi à Berne les œuvres d’entraide catholique et protestante Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP). Elles présentaient le 17 septembre l’étude «Justice et changement climatique – les devoirs de la Suisse» en vue du Sommet de l’ONU sur le climat qui se tiendra à Copenhague au mois de décembre prochain.

Les Eglises et les organisations religieuses s’engagent depuis des années dans la problématique des changements climatiques, a noté à cette occasion Evelyn Kamber, responsable de la politique climatique à Pain pour le Prochain (PPP). Elle a rappelé que l’Assemblée générale du Conseil œcuménique des Eglises (COE) a choisi le leitmotiv «Justice, Paix et Sauvegarde de la Création» en 1983 déjà. Et de souligner que les ONG chrétiennes PPP et AdC avaient elles aussi intégré la politique environnementale dans leur campagne œcuménique commune dès 1973.

Face aux conséquences des changements climatiques, le Nord et le Sud ne sont pas égaux, a-t-elle poursuivi. En effet, aujourd’hui déjà, les plus pauvres paient le prix du dérèglement climatique: sécheresse, inondations dévastatrices et tempêtes tropicales de plus en plus meurtrières frappent le plus souvent ceux qui sont déjà dans la misère et remettent en cause les efforts de développement.

Le Conseil fédéral a annoncé vouloir réduire les émissions de CO2 de 20% jusqu’en 2020, dont la moitié à travers l’achat de certificats d’émission à l’étranger. L’AdC et PPP, par la voix de la conseillère nationale démocrate-chrétienne Lucrezia Meier-Schatz, ont estimé que c’est bien trop modeste pour freiner les changements climatiques désastreux. En ce moment, de grandes surfaces sont en effet sous l’eau au Sénégal et au Burkina Faso, tandis que le Kenya est frappé par une sécheresse, a déclaré la présidente du Forum de fondation de l’Action de Carême. Justement, dans ces trois pays, l’AdC a des programmes de développement!

«Ce sont là des signes qui montrent que la situation devient de plus en plus aiguë et que le gouvernement doit agir. Le temps des promesses vides est passé», a-t-elle ajouté. Les deux organisations Suisse de développement maintiennent leurs revendications: la Suisse doit diminuer de 40% ses émissions domestiques de CO2 et favoriser une réduction du même ordre à l’étranger, car tous doivent agir maintenant. C’est ce que demande avec force le professeur Andreas Fischlin, de l’Ecole polytechnique fédérale (ETH) à Zurich, «l’un de nos meilleurs spécialistes» qui représente la Confédération dans les conférences sur le climat.

Profiter des pays les plus pauvres, «incorrect et malhonnête»

Pour Lucrezia Meier-Schatz, le Conseil fédéral ne doit pas se contenter de 20% de réduction du CO2 en arguant qu’il s’aligne ainsi sur l’Union européenne. «La Suisse se cache derrière les chiffres moyens fournis par l’UE, affirme pour sa part Miges Baumann, responsable de la politique du développement de PPP, mais comme pays le plus riche en Europe, la Suisse doit faire plus, comme le font les plus riches de l’UE: la Grande-Bretagne doit par exemple diminuer ses émissions de CO2 de 37%, le Luxembourg même de 41%! La Suisse veut profiter sur le dos des pays les plus pauvres, c’est incorrect et malhonnête!», fustige le responsable de PPP.

Une augmentation de température de 2°, un impact «peut-être irréversible»

La Suisse doit travailler pour la mise en place de conditions cadre permettant des transferts technologiques et financiers, ont estimé les œuvres d’entraide. Mais les moyens financiers pour lutter contre le réchauffement climatique doivent être engagés en plus de l’aide au développement existante. «Sans objectif clair et sans indicateur mesurable, toute négociation tournera à la farce» a insisté Lucrezia Meier-Schatz en parlant de la Conférence de Copenhague.

Présentant l’étude – dont le titre en anglais est «Switzerland’s Fair Share in a Climate Constrained World» -, Sivan Kartha, de l’Institut pour l’environnement de Stockholm, a souligné qu’une augmentation de la température de seulement 2° au niveau mondial risque d’avoir un impact «catastrophique, peut-être irréversible». «Nous sommes face à des circonstances d’une urgence extrême», a-t-il lancé. Le chercheur, qui vit aux Etats-Unis, a déclaré à l’Apic qu’avec le départ de l’administration Bush et l’arrivée au pouvoir d’Obama, les chances sont désormais meilleures, bien que le combat sera difficile. Proposant un modèle de participation aux efforts de réduction du CO2 en fonction des revenus des divers pays, il a calculé que pour la Suisse, l’effort serait de 500 francs par habitant.

Pour Lucrezia Meier-Schatz, 500 francs par an et par personne en Suisse pour contribuer à solutionner ce problème, «c’est jouable», tout en sachant que cette somme ne serait certainement pas prélevée chez tous les contribuables de façon uniforme. Quant à la proposition de certains milieux de promouvoir l’énergie nucléaire, qui ne rejetterait pas de CO2 dans l’atmosphère, la politicienne st-galloise a de forts doutes: «Il faut considérer toute la chaîne de production, qui n’est pas neutre en termes de CO2, et pour moi, et pour une majorité de citoyens, c’est loin d’être une option!» JB

Encadré

Remise de la pétition sur le climat au Conseil fédéral

Afin de donner du poids à leurs revendications, Pain pour le Prochain et l’Action de Carême ont remis jeudi leur pétition sur le climat au Conseil fédéral. 10’569 personnes ont apposé leur signature au bas de la pétition en y indiquant les mesures qu’elles prennent personnellement pour réduire leurs propres émissions de C02. La pétition demande au gouvernement suisse qu’il s’engage pour un accord cohérent et efficace lors de la conférence de Copenhague. «10’000 signatures, ce n’est certes pas beaucoup, ont admis les représentants des œuvres d’entraide, mais la pétition demandait des engagements concrets de la part de ceux qui signaient… C’est plus contraignant qu’une simple signature!» JB

Des photos de cette conférence de presse sont disponibles à l’agence Apic: apic@kipa-apic.ch ou tél. 026 426 48 11 (apic/be)

17 septembre 2009 | 15:36
par webmaster@kath.ch
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