Rome: Concert en mémoire de la ’Shoah’ au Vatican (070494)

EMBARGO 20 h !

Commémorer ne suffit pas, dit Jean Paul II

Rome, 7avril(APIC) «J’exprime encore une fois aujourd’hui une parole

d’horreur devant le génocide décrété contre le peuple juif pendant la deuxième Guerre Mondiale, qui a provoqué l’holocauste de milliers d’innocents»: c’est ce qu’a déclaré Jean-Paul II en recevant jeudi le rabbin James Rudin, président du Comité juif américain, et d’autres représentants

des communautés juives des Etats-Unis, venus assister à un concert organisé

au Vatican pour commémorer la ’Shoah’.

«Le concert de ce soir, a dit le pape, est une commémoration de ces événements horribles. Les cierges qui brûleront pendant que nous écoutons la

musique nous mettront sous les yeux la longue histoire de l’antisémitisme,

dont le point culminant est la ’Shoah’.»

Mais il ne suffit pas de faire mémoire, a poursuivi le pape, car, malheureusement, il y a de nos jours encore beaucoup de manifestations de cet

antisémitisme, de cette xénophobie et de cette haine raciale qui sont les

semences de ces crimes qui défient toute description. Le genre humain, a

conclu le pape, ne peut permettre que cela ait lieu encore une fois.»

Enfin, Jean-Paul II a souhaité que l’écoute de la musique «affermisse

notre décision résolue de consolider les bonnes relations entre nos deux

communautés, pour qu’elles puissent collaborer pour éviter que se répète ce

mal détestable». Il a rappelé qu’en Pologne, au moment de la ’Shoah’, beaucoup de chrétiens se sont efforcés, avec leurs pasteurs, «d’aider leurs

frères et soeurs de la communauté juive, même au prix de leur vie».

A l’occasion du concert pour la ’Shoah’, Sigmund Sternberg, président du

comité exécutif du Conseil international des chrétiens et des juifs, qui

est la plus haute instance du dialogue judéo-chrétien, donnera au pape un

fac-similé de la «Ryland’s Haggada», l’un des plus fameux manuscrits juifs.

Orné de miniatures, ce manuscrit, conservé à la bibliothèque universitaire

John Ryland de Manchester, a été copié en Espagne au 14e siècle.

Racisme, exclusion, marginalisation

«Nous risquons de faire mourir de nouveau les victimes de la mort la

plus atroce si nous n’avons pas la passion de la justice et si nous ne nous

engageons pas afin d’éviter que le mal ait le dessus sur le bien, comme il

est arrivé à des millions d’enfants du peuple juif», a déclaré Jean-Paul II

à la fin du concert. «Il faut donc, a-t-il poursuivi, redoubler nos efforts

pour libérer l’homme du spectre du racisme, de l’exclusion, de la marginalisation, de l’asservissement à la xénophobie, pour extirper les racines

mêmes de ces maux qui s’insinuent dans la société et sapent les fondements

de la coexistence pacifique des hommes.»

Auparavant, le pape avait évoqué, en présence de «ceux qui ont vécu dans

leur propre chair une expérience horrible», le devoir d’écouter les lamentations d’antan. «Beaucoup ont pleuré à ce moment, a-t-il dit, et leur lamentation résonne encore. Nous l’entendons même ici: elle n’est pas morte

avec eux, mais elle se lève, forte, poignante, déchirante, et elle nous

dit: ne nous oubliez pas. Elle s’adresse à tous et à chacun.» (apic/sv/mp)

7 avril 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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