Überlingen : Près de 200 passagers sur le bateau-église du Lac de Constance

Embarquement immédiat, mais pour quelle destination ?

Uberlingen, 4 août 2013 (Apic) Il est 19h. Le débarcadère d’Überlingen, au bord du Lac de Constance, côté allemand, s’anime. Un tournoi de beach-volley vient de se terminer, et les terrasses des restaurants affichent complet. Le quai numéro 3 accueille plutôt des personnes âgées. Elles n’ont visiblement pas participé au tournoi de volley, ni comme spectateurs, ni comme joueurs. Pas de doute, c’est bien là que le bateau-église va accoster.

Les tenues sont plutôt élégantes, mais simples et légères. Un homme-statue peu convaincant tente sans grand succès d’arracher quelques sourires et – si possible – quelques espèces sonnantes. Il est 19h15, une trentaine de personnes attendent sur le quai ou aux alentours. L’ambiance rappelle un peu celle d’une place du village avant la grand-messe. Trois femmes âgées discutent ensemble, se prennent des nouvelles , … L’assemblée est composée d’une claire majorité féminine. Comme à la messe paroissiale ? Il est 19h20. La foule s’agrandit. Il n’est pas facile de distinguer les fidèles des touristes de passage au bord du lac, à part les personnes habillées long, qui ne cadrent pas dans le paysage de cette station touristique baignée de soleil. Il y a quand même quelques familles avec enfants. «La moyenne d’âge est de 50 ans», lance un enfant, un brin amusé. Il est 19h25, le bateau-église, ponctuel, pointe au large. Les fidèles se sont rassemblés au quai d’embarquement numéro 3, afin d’être sûrs de trouver une place. Ils sont probablement une septantaine, qui vont se joindre aux passagers qui ont déjà embarqué à Dingelsdorf, Wallhausen et Bodmann.

Boissons bienvenues

Le «Kirchenschiff» accoste à Überlingen pile à l’heure. Le pasteur Holger Müller, de l’Eglise évangélique de Reichenau, appelle d’abord ceux qui se sont inscrits. Le bateau peut accueillir 200 personnes. Les organisateurs craignent de ne pas trouver assez de place pour tous. La cabine inférieure, à l’intérieur, est déjà pratiquement pleine. Une grande bougie brûle au milieu de l’assemblée. Une jeune fille au bar propose des boissons. Elle ne fait visiblement pas partie du scénario : trop jeune et habillée trop court. Mais sa présence est appréciée, les boissons rafraîchissantes et les glaces sont les bienvenues en cette soirée estivale et dans cette cabine privée du vent frais du lac.

Assurer une ambiance de célébration

Mais comment les animateurs – les pasteurs Christof Ellsiepen et Holger Müller, et l’abbé Claudius Stoffel – vont-ils capter l’attention de cette assemblée dispersée sur le pont supérieur, sans aucun contact visuel ? Au départ, les participants peinent à trouver une attitude de recueillement. La célébration a-t-elle déjà débuté ? Il est bien plus facile de se mettre dans l’ambiance en bas, où se pressent une centaine de fidèles, en face des pasteurs et prêtres célébrants. Mais tous tentent de chanter au même rythme que les haut-parleurs, qui essaient pour leur part de concurrencer le bruit du moteur et celui de l’eau brassée à l’arrière du bateau. Et ça marche plutôt bien. Au total, la communauté du bateau aura rassemblé près de 200 fidèles, en ce dimanche soir d’août, pour sa deuxième édition. Leur message est clair : le lac n’appartient pas qu’aux touristes, même si la destination n’intéresse pas grand monde. Au fait où va le bateau ? Il tourne le dos au soleil couchant, il glisse donc vers l’est. Mais, tout comme lors d’un pèlerinage, le but, c’est le chemin, et non la destination. Les gens sur la passerelle jettent tout de même un regard vers les rives pour découvrir la superbe église de Birnau, au milieu des vignes, ou des villages accrochés aux coteaux entourant le lac. Sur le pont, entre deux étages, l’assemblée est partagée entre quelques femmes qui écoutent religieusement les parole des animateurs et chantent tout en prenant le soleil, un groupe d’enfants peu attentifs mais tranquilles et trois hommes peu concernés par l’événement. Visiblement, ils accompagnent leurs épouses. Si la célébration avait eu lieu dans un village, ils les auraient sans doute attendues dans l’auberge d’en face. Les animateurs alternent les messages, les moments de prières et les chants. Un psaume fait alterner, avec succès, les voix de femmes et celles des hommes. Une musique de saxophone vient à point nommé pour imposer une ambiance en même temps festive et méditative.

Le bateau comme symbole

Après une demi-heure, les participants se mettent soudain à discuter entre eux. La célébration est-elle déjà terminée ? Intrigués, les enfants assis entre deux étages rejoignent leurs parents, qui conversent avec un autre couple et leur fille. En réalité, ce moment décontracté fait partie intégrante de la célébration. Un animateur venait juste de demander aux participants d’entamer une discussion avec leurs voisins à partir des questions : «Qui sommes-nous et que faisons-nous sur ce bateau ? ” Les participants ont vraiment joué le jeu et se sont visiblement exprimés avec plaisir, dans cet environnement particulier. «Nous avons loupé la messe ce matin, alors nous sommes venus à la célébration œcuménique sur ce bateau. C’est une belle expérience», affirme Alexis, un Français habitant Stuttgart, marié avec une Allemande et père de Noémie, 3 ans. La famille est en vacances dans la région, tout comme une bonne partie de l’assemblée. Alexis se dit très sensible à la symbolique du bateau, qui glisse sur une eau qui peut signifier les forces de la mort.

Retour au port

Comme si la discussion constituait l’élément central de la célébration, le bateau entame un long contour et entreprend le trajet de retour. Cap vers l’ouest ! Maintenant, on peut rentrer au port. Le chant entamé à ce moment-là affirme justement : «Un bateau qui se nomme communauté se déplace sur la mer du temps». L’assemblée répond encore aux intentions de prière et récite, d’un cœur uni, un Notre-Père avec conviction, comme pour résister aux éléments perturbateurs extérieurs. Des applaudissements sont encore demandés – et accomplis – pour les organisateurs et les matelots. La célébration est gratuite, comme il se doit, mais elle coûte quand même quelque chose. Une collecte permettra de payer les frais d’organisation. Le saxophoniste entame encore «Amazing Grace», et l’ambiance devient encore plus décontractée sur le pont. On papote avec sa voisine, on rit. Mais le prêtre raconte encore une histoire religieuse drôle avant d’accoster à Dingelsdorf. Et c’est alors la fin définitive de la célébration. Quelques passagers d’en bas montent sur le pont supérieur pour quitter la moiteur ambiante et profiter de l’air frais du soir.

A 20h45, le bateau accoste à Überlingen. La plus grande partie de l’assemblée débarque. «Bon dimanche et à la semaine prochaine», leur lancent les animateurs. Rendez-vous est pris … pour ceux qui seront encore dans la région !

Encadré :

Une initiative de la pastorale du tourisme du Lac de Constance

Les célébrations oecuméniques sur le Lac de Constance ont débuté le 28 juillet 2013, indique le pasteur évangélique Holger Müller, de la paroisse de l’Esprit-Saint à Reichenau. Il s’agissait donc de la seconde édition. La semaine dernière, en raison d’une soudaine baisse de la température, le bateau n’a accueilli qu’une centaine de passagers, ainsi qu’une équipe de tournage d’une télévision régionale. Qui sont ces fidèles : des touristes ou des habitants du lieu? Les deux, répond l’animateur, qui a repéré quelques-uns de ses fidèles dans l’assemblée. Les organisateurs tentent de gérer le flot des participants en demandant aux gens de s’annoncer, mais beaucoup s’amènent en découvrant, parfois au denier moment, des annonces publicitaires. L’initiative a été lancée dans le cadre d’un projet de pastorale du tourisme, d’une durée de trois ans, entrepris par les Eglises chrétiennes de la région.

Les frais d’organisation devraient être couverts par la contribution volontaire des participants. Et en cas de déficit, les Eglises de la région verseront une participation. Mais ce ne sera probablement pas le cas. Alors que la location du bateau coûte 700 euros par séance, la collecte de la première édition avait rapporté 650 euros. Même en comptant les autres frais annexes (publicité, matériel, …), au vu de la participation par beau temps il ne devrait pas y avoir de découvert.

Note aux rédactions : Des photos de ce reportage peuvent être commandées à la rédaction Apic : apic@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion : 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/bb)

5 août 2013 | 14:54
par webmaster@kath.ch
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