Vietnam: L’évêque de Kontum fait le récit de son périple
Empêché d’effectuer sa visite pastorale
Kontum (Vietnam), 18 novembre 2010 (Apic) Le récit des difficultés de l’évêque de Kontum à effectuer sa visite pastorale le 7 novembre a provoqué de nombreuses réactions. En réponse, Mgr Hoang Duc Oanh relate son périple et décrit le contexte historique qui explique l’absence de liberté religieuse dans certains secteurs du diocèse.
D’après Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des missions étrangères à Paris, à la lecture du bref récit mis en ligne sur Internet, beaucoup se sont émus de l’interdit jeté par les autorités de la région sur les célébrations et les assemblées chrétiennes et ont fait connaître leur émotion à Mgr Hoang Duc Oanh, évêque du diocèse catholique de Kontum.
Dans sa lettre, l’évêque des Hauts Plateaux du centre du Vietnam commence par souligner que l’affaire du 7 novembre est loin d’être isolée ou nouvelle dans son diocèse, où une grande partie des catholiques appartient aux minorités ethniques de la région. Il cite un certain nombre d’autres localités où des incidents semblables ont eu lieu. Les autorités locales y interdisent également les assemblées chrétiennes et les célébrations eucharistiques.
Des «zones blanches» sans religion
Pour faire comprendre les raisons des interdits auxquels se heurtent les activités religieuses des régions citées, Mgr Oanh en raconte l’histoire. Durant la dernière guerre – qui s’est achevée en 1975 –, les montagnes et les forêts des hauts plateaux abritaient de fortes concentrations de forces communistes. Celles-ci y avaient établi leurs bases, des lieux d’entraînement et de repli. Après la fin de la guerre et l’unification du pays sous le pouvoir communiste, on a cultivé et exalté le caractère révolutionnaire de ces bases, considérées comme des hauts lieux de l’héroïsme et de la pureté doctrinale. C’est dans cet esprit que ces régions ont été baptisées «zones blanches» et, à ce titre, débarrassées de toute survivance superstitieuse et religieuse. Les rites et sacrifices des anciennes religions y sont tolérés, mais le christianisme y est banni.
Cette situation est en totale contradiction avec l’affirmation de la liberté religieuse inscrite dans la Constitution et les lois, comme dans divers décrets et ordonnances. La politique religieuse adoptée par les autorités dans ces zones blanches s’écarte largement aussi de celle pratiquée dans le reste du pays. Elle conseille, en effet, aux populations minoritaires de garder leurs cultes ancestraux et de s’abstenir de s’orienter vers le christianisme.
Route barrée par les «guérilleros»
La visite pastorale du 7 novembre dernier avait été programmée de telle sorte qu’une messe soit célébrée dans le domicile de fidèles de trois des localités où les manifestations religieuses sont habituellement frappées d’interdiction. En deux endroits, elle a pu avoir lieu, mais elle a provoqué des réactions de la part des autorités. Quand l’évêque, et le groupe de personnes qui l’accompagnaient, arrivèrent à proximité de la troisième étape de leur voyage, une troupe d’hommes de main de la police, appelés «guérilleros» par l’évêque, leur a barré la route, les obligeant à attendre une autorisation qui n’est jamais venue. Mgr Oanh et ses compagnons ont dû, finalement, rebrousser chemin.
L’évêque avait averti les autorités
L’évêque avait pourtant averti les autorités locales de sa visite et leur avait même transmis le programme. Pour preuve de ses dires, il a joint à la lettre adressée au diocèse, une autre lettre adressée en septembre dernier au président du Comité populaire de la province de Gia Lai. Avec beaucoup de franchise, il mentionnait au responsable provincial l’absence totale de liberté religieuse régnant dans les diverses zones blanches qu’il énumérait. Faute de pouvoir bâtir de véritables lieux de culte dans ces diverses localités, il lui exposait le programme provisoire qu’il comptait mettre en œuvre à partir du mois prochain. Il consistait à rassembler les catholiques dans des maisons privées, où lui ou ses prêtres se rendraient pour faire entendre la parole de Dieu et dispenser les sacrements. Les propriétaires des maisons choisies pour ce rassemblement étaient même désignés par leur nom. Aucune réponse n’étant venue signifier le refus des autorités, l’évêque avait alors entrepris sa visite pastorale.
La traduction de la quasi-totalité de la lettre de Mgr Hoang Duc Oanh est disponible sur le site d’Eglises d’Asie, rubrique «Pour approfondir». (apic/eda/amc)



