En 2030, plus qu'un Suisse sur deux sera encore membre d'une Eglise chrétienne

Fribourg: 8e Forum des religions «Le futur des religions. Perspectives pour la Suisse»

Fribourg, 25 avril 2013 (Apic) Quelle sera le panorama des religions en Suisse en 2030 et au-delà ? Comment les Eglises établies resteront-elles présentes dans la société ? Comment la démographie peut-elle faire des prévisions en matière religieuse ? C’est sur ces questions que s’est penché le 8e Forum des religions tenu le 25 avril 2013 à l’Université de Fribourg. A l’horizon 2030 les chrétiens ne devraient plus constituer que la moitié de la population suisse.

Pour Helmut Zander, professeur d’Histoire comparée des religions et dialogue interreligieux, l’établissement de prévisions sur l’évolution religieuse est très importante pour la société suisse. Non seulement les Eglises et les religions restent des références sur les questions éthiques ou sociales mais elles gèrent aussi un grand nombre d’institutions dans les domaines de la santé, de l’éducation, du travail social, de l’accueil des réfugiés ou de l’aide au développement. Elles sont un facteur de cohésion sociale, mais aussi parfois de divisions avec par exemple le vote sur les minarets. Pour le chercheur, ne pas s’y intéresser serait imprudent.

Pas d’islamisation de la Suisse

«La démographie est une science qui peut établir des prévisions mais en aucun cas faire des prédictions» a averti Anne Goujon, du Wittgenstein Centre for Demography and Global Human capital, de Vienne. A l’horizon 2030, il est possible cependant de dresser un panorama assez fiable de la composition religieuse de la population suisse. L’augmentation de la diversité religieuse, le recul des Eglises chrétiennes et la croissance du nombre des sans-confessions seront sans surprise les principaux axes de l’évolution des prochaines décennies.

Par contre le fantasme d’une islamisation de la Suisse ne se réalisera certainement pas. Le nombre des musulmans pourrait certes atteindre la barre des 8% mais guère au-delà.

Selon les projections de la chercheuse, les catholiques se maintiendraient à environ 31%, les protestants chuteraient à 21%, les sans confessions bondiraient à 28%, les musulmans atteindraient les 8% et les autres religions 12%.

Pour les démographes, trois critères déterminent l’évolution de la statistique religieuse. Le premier est celui de fécondité. Les femmes musulmanes ont plus d’enfants que les catholiques ou les protestantes. Mais dans ce domaine, l’inertie est forte et la part au changement ne se mesure que dans le long terme sur deux ou plusieurs générations.

Le deuxième critère qui se combine au premier est celui de la migration. Il est bien connu que le flux migratoire est généralement plus favorable aux catholiques qu’aux protestants. Mais il peut évoluer assez vite. Ainsi si entre 2000 et 2005 le nombre des immigrés musulmans en Suisse a été important, alimentant toute sortes de peurs, il s’est proportionnellement nettement réduit entre 2005 et 2010. La crise, ressentie plus fortement dans les pays du Sud, a provoqué un nouvel afflux de catholiques tandis que la part des protestants a repris l’ascendant grâce aux Allemands.

Sécularisation et sorties d’Eglise

Le changement le plus important provient clairement de la sécularisation et des sorties d’Eglise. Leur nombre a fortement augmenté entre 2000 et 2010. A cette date, le nombre des sans-confessions a atteint les 20%. Une évolution sans doute appelée à se poursuivre mais probablement à un rythme moins rapide. Selon Anne Goujon, on assistera à un effet de plateau avec une stabilisation du nombre de sorties d’Eglise.

Quant aux effets de la multiplication des couples mixtes ils devraient rester assez limités.

Ne pas mettre la tête dans le sable

Face à ce constat pessimiste, les Eglises, surtout protestantes, ont facilement tendance à mettre la tête dans le sable au nom d’arguments théologiques selon lesquels Dieu n’abandonnera pas son peuple, déplore Joachim Eicken, de l’Office des statistiques de Stuttgart en Allemagne. Elles développent deux types de réactions : une tendance identitaire renforcée au risque de se refermer sur soi ou une ouverture oecuménique plus large au risque de se dissoudre dans la masse. Pour le chercheur allemand, les Eglises doivent s’engager dans une dynamique de changement et développer leur créativité pour retrouver une motivation et un attrait.

Pourquoi les catholiques résistent-ils mieux ?

Peut-on expliquer du point de vue du démographe pourquoi l’Eglise catholique résiste mieux à l’érosion que ses sœurs protestantes ? A défaut d’études plus complètes sur le sujet, Anne Goujon se contente de quelques hypothèses d’ordre plus sociologique que proprement démographique. La différence de conception, de structure et de fonctionnement, avec un pape à Rome, en est certainement une des causes. Il faut aussi examiner le lien entre catholiques et migration. Un ouvrier catholique portugais est généralement plus attaché à sa religion qu’un universitaire protestant allemand. Mais ces paradigmes peuvent changer d’une génération à l’autre. (apic/mp)

26 avril 2013 | 09:18
par webmaster@kath.ch
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