En Belgique, le pape console une communauté blessée
«Les changements de notre époque et la crise de la foi que nous vivons en Occident nous ont poussés à revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à l’Évangile», a déclaré le pape François lors de sa rencontre avec les évêques, prêtres, religieux, séminaristes et agents pastoraux de Belgique, rassemblés dans la matinée du 28 septembre 2024 en la basilique du Sacré-Cœur de Koekelberg.
Cette rencontre s’est tenue dans une atmosphère de ferveur et d’émotion intense, avec des larmes jusque dans les rangs des évêques. Très fragilisée par la sécularisation et les scandales d’abus, l’Église belge dans toutes ses générations et ses composantes a fait corps autour du successeur de Pierre, les cris «Viva el Papa» ou encore « Merci Saint-Père » résonnant parmi les participants.
Petit déjeuner avec des migrants et les SDF
Ce matin, les fidèles rassemblés dans la basilique à la basilique de Koekelberg – l’une des plus grandes du monde – ont attendu le pape un peu plus longtemps que prévu. Avant cette rencontre, François a effectué une visite hors programme officiel, à la paroisse populaire de Saint-Gilles, afin de participer à un petit déjeuner solidaire avec un groupe de migrants et de sans-abri. «Je suis heureux de voir comment l’amour, ici, alimente continuellement la communion et la créativité de tous», a-t-il déclaré devant ce petit groupe.
Un Camerounais a notamment entonné devant le pape le chant Si la mer se déchaîne, en racontant que cette mélodie lui avait donné du courage pendant la traversée de la Méditerranée. En remarquant que la charité est « un feu qui réchauffe le coeur », le pontife argentin a souligné que « la joie et la force qui viennent de l’amour partagé sont plus grands que toute difficulté » et que « chaque fois que l’on se laisse impliquer dans les dynamiques de la solidarité et du soin réciproque, on se rend compte de recevoir beaucoup plus que ce que l’on donne ».

Le pape a offert à la paroisse une statue de saint Laurent, diacre et martyr des premiers siècles, « célèbre pour avoir présenté à ses accusateurs, qui voulaient les trésors de l’Église, les membres les plus fragiles de la communauté chrétienne à laquelle il appartenait, celle de Rome : les pauvres, les personnes dans le besoin ». François a ainsi redit qu’aujourd’hui aussi l’Église a sa richesse la plus grande dans ses membres les plus petits.
Le pape réconforte une Église fragilisée
Quelques instants plus tard, accueilli par une foule très émue à la basilique de Koekelberg, le pape François a appelé à une «conversion ecclésiale», en reconnaissant le passage «d’un christianisme installé dans un cadre de consensus social à un christianisme de minorité, ou plutôt, de témoignage».
Le pontife a d’abord écouté l’intervention de la femme politique flamande Mia De Shamphelaer. Elle a témoigné sur son expérience dans les centres d’accueil pour les victimes d’abus en Flandre, qui ont permis «de transformer la colère et la douleur en assistance concrète». « Dans cet engagement, j’ai pensé au début que je devais sauver l’Église du Christ, mais j’ai rencontré le Seigneur justement dans les derniers des siens : les souffrants du corps et de l’âme », a raconté la députée.
Rendant hommage à l’engagement de cette femme vivement applaudie par l’assistance et visiblement très émue, le pape a redit que « les abus engendrent des souffrances et des blessures atroces ; elles minent aussi le chemin de la foi ».
Il a invité à « ne pas rester avec un cœur de pierre devant la souffrance des victimes » et à « leur faire sentir notre proximité et offrir toute l’aide possible, pour apprendre d’elles à être une Église qui se fait servante de tous sans dominer personne ». Il a souligné que « l’une des racines de la violence est l’abus de pouvoir, lorsque nous utilisons les rôles que nous avons pour écraser les autres ou pour les manipuler ».
La mort n’a pas le dernier mot
Malgré toutes les difficultés et les souffrances de l’Église, le pape a invité à suivre la voie de « la joie du cœur suscitée par l’Évangile ». « Nous ne sommes pas seuls sur le chemin et que, même dans les situations de pauvreté, de péché, d’affliction, Dieu est proche, il prend soin de nous et ne permettra pas à la mort d’avoir le dernier mot », a–t-il assuré.
Le pape François a cité une réflexion de Joseph Ratzinger dans son livre Le Dieu de Jésus-Christ, publié près de 20 ans avant son élection comme pape : « Là où la joie manque, là où l’humour meurt, là il n’y a même pas l’Esprit Saint […] et vice versa : la joie est un signe de la grâce ».
«La condamnation pénale doit être un remède»
En réponse à la question d’un aumônier de prison, Pieter de Witte, qui expliquait que l’Église doit exprimer «une critique prophétique contre un système carcéral destructif», le pape a exprimé une attention particulière à la situation des détenus. «Quand j’entre dans une prison, je me demande ›pourquoi eux et pas moi ?’», a confié le pontife en sortant de son texte.
« Jésus nous montre que Dieu ne se tient pas à l’écart de nos blessures et de nos impuretés. Il sait que nous pouvons tous faire des erreurs, mais personne ›n’est’ une erreur. Personne n’est perdu pour toujours », a insisté François. Dans cette perspective, la condamnation pénale « doit être un remède, elle doit conduire à la guérison », a-til insisté.
Le pape a conclu son intervention en évoquant une œuvre du peintre surréaliste belge Magritte, L’acte de foi. Cette peinture « représente une porte fermée de l’intérieur, mais qui est percée au centre, elle est ouverte sur le ciel. C’est une ouverture qui nous invite à aller au-delà, à regarder vers l’avant et vers le haut, à ne jamais nous refermer sur nous mêmes », a expliqué François.
Le pape a donc encouragé une « Église qui ne ferme jamais ses portes, qui offre à tous une ouverture sur l’infini, qui sait regarder au-delà. C’est l’Église qui évangélise, vit la joie de l’Évangile, pratique la miséricorde », a-t-il insisté.
Les témoignages des différentes réalités de l’Église belge
Dans son mot d’accueil, prononcé en flamand et en français, l’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Luc Terlinden, a expliqué que l’Église, dans un contexte multiculturel, est appelée à être signe de communion et d’intégration et « à annoncer joyeusement l’Évangile dans un monde qui évolue profondément et se sécularise ». Il a aussi souligné l’héritage laissé par « la longue tradition sociale de l’Église » en Belgique et par les missionnaires belges à travers le monde, notamment le père Damien, béatifié en 1995 lors de la visite de Jean-Paul II à Bruxelles.
Le père Helmut Schmitz, doyen d’Eupen, dans la petite partie allemande de la Belgique, a expliqué comment l’héritage spirituel de Charles de Foucauld et de Don Bosco l’a poussé à agir pour la construction d’une «société pacifique et juste».
Yaninka de Weirdt, une jeune agente pastorale, a reçu les applaudissements du pape après avoir évoqué les «rêves» des jeunes catholiques dans toute la diversité de leurs engagements, et notamment dans le « respect de la vie », un sujet délicat dans une société qui voit l’avortement et l’euthanasie faire l’objet d’un relatif consensus social. Le théologien Arnaud Join-Lambert est revenu pour sa part sur son expérience synodale, en remerciant le pape pour sa promotion d’une « théologie attentive aux contextes » humains.
Une religieuse de la Fraternité de Tibériade, Sœur Agnès, a témoigné de l’expérience de « miséricorde fraternelle » vécue dans sa communauté d’inspiration franciscaine. Elle a interpellé le pape sur le soutien aux vocations et sur la façon dont « la fidélité, éprouvée par la croix » peut devenir «un chemin de bonheur». (cath.ch/imedia/cv/mp)





