Le Pakistan risque la guerre civile, craint un missionnaire
En cas d’attaques des Etats-Unis contre l’Afghanistan
Si les Etats Unis attaquent l’Afghanistan, on risquera réellement la guerre civile au Pakistan, met en garde le Père Pietro Zago, missionnaire salésien depuis 42 ans, dont les trois dernières passés à Quetta, à l’ouest du Pakistan.
Selon lui, Oussama Ben Laden, organisateur présumé de l’attentat perpétré aux Etats Unis le 11 septembre dernier, est célébré comme un héros de l’islam. Et pourtant, assure-t-il, de nombreux Pakistanais n’étaient pas au courant des tragédies. «L’ignorance les rend méfiants, des proies faciles de l’extrémisme».
Le religieux, natif de Borgoricco (Padoue, Italie), précise que «les prochaines évolutions de la situation politique dépendront beaucoup des preuves fournies par les Etats Unis pour démontrer la culpabilité du milliardaire saoudien». Cette affirmation a été faite alors que les autorités pakistanaises faisaient savoir qu’elles considéraient les preuves fournies par Washington suffisantes.
«La situation reste tout de même alarmante – poursuit le missionnaire -. Actuellement, les musulmans ont peur de se faire voir dans les rues en compagnie d’Occidentaux. En ce qui concerne le personnel religieux chrétien, une partie a été évacuée, les autres sont restés mais évitent de sortir par crainte d’éventuelles violences».
Drame humanitaire
Le site d’observation du Père Zago est une ville, Quetta, soumise à haut risque dans ce contexte politique particulier. Elle se trouve en effet à la frontière avec l’Afghanistan et accueille depuis longtemps un grand nombre de réfugiés afghans: 350’000 selon les dernières estimations, sur une population de près d’un million d’habitants. «Les conditions de vie des réfugiés, placés dans des camps autour de la ville – raconte le missionnaire – sont particulièrement difficiles. On voit dans les rues de très nombreux mendiants, des enfants afghans qui ne font que tourner toute la journée à la recherche de bois à brûler, des gens qui dorment dans les rues ou sous les ponts».
La grave crise humanitaire qui se profile dans la zone est confirmée par la dépêche publiée il y a quelques heures par le quotidien britannique «Daily Telegraph», selon laquelle une maladie fortement contagieuse, ressemblant à Ebola, se serait répandue à Quetta. L’épidémie aurait déjà contaminé 75 personnes et en aurait tué 8.
Le Père Zago, qui a oeuvré aux Philippines, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor Est et en Indonésie avant de se rendre au Pakistan, est cependant convaincu que l’on peut améliorer la situation, en intervenant tout particulièrement dans le secteur de l’éducation. C’est dans ce but qu’il a élaboré le projet d’une école pour enfants afghans à Quetta. Il se trouvait en Europe pour rechercher des financements à ce propos quand il a appris la terrible nouvelle des attentats aux Etats-Unis. (apic/mna/pr)



