Défilé d'ultra-nationalistes ukrainiens de Pravy Sektor (Photo:  fr.sputniknews.com)
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Défilé d'ultra-nationalistes ukrainiens de Pravy Sektor (Photo: fr.sputniknews.com)

En Ukraine, la lutte pour la prise de contrôle des églises orthodoxes se poursuit

26.12.2015 par Jacques Berset

Sur fond de surenchère nationaliste en Ukraine, la lutte pour la prise de contrôle des églises appartenant à l’Eglise orthodoxe ukrainienne (EOU-PM), rattachée canoniquement au Patriarcat de Moscou, se poursuit sous haute tension.

Début octobre, le Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou annonçait que 28 lieux de culte de l’Eglise orthodoxe ukrainienne étaient occupés, six menacés de l’être, les scellés posés sur deux autres.

S’appuyant sur des autorités politiques, des députés locaux, des organisations radicales comme “Pravy Sektor” (Secteur droit) ou “Svoboda”, voire sur les forces de maintien de l’ordre du bataillon “Ternopol”, ces églises ont été occupées pour le compte de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev (EOU-PK). Il s’agit d’une Eglise orthodoxe dissidente non canonique née en 1992, après l’indépendance de l’Ukraine, d’un schisme de l’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou en Ukraine.

Eglise canonique contre Eglise “schismatique”

Bénéficiant de l’appui des autorités actuelles de Kiev, considérée comme non canonique et “schismatique” par l’orthodoxie au niveau mondial, l’EOU-PK est la deuxième Eglise en importance avec ses 5’000 paroisses, après l’EOU-PM, qui compte 12’000 paroisses dans le pays.

Ces derniers jours, la tension est montée dans le village de Ptitchya, situé dans la région de Rovno (ou Rivne), au nord-ouest de l’Ukraine, autour d’une paroisse appartenant à l’Eglise orthodoxe ukrainienne que les fidèles du Patriarcat de Kiev veulent s’approprier. Ces derniers seraient soutenus par le mouvement paramilitaire ultranationaliste “Pravy Sektor”. Bien que d’après un référendum improvisé une majorité des habitants de Ptitchya aient voulu que l’église soit donnée au Patriarcat de Kiev, un tribunal de la capitale ukrainienne a confirmé qu’elle appartenait bel et bien à l’Eglise orthodoxe ukrainienne et non pas aux dissidents.

Le Patriarcat de Moscou inquiet des développements en Ukraine

Selon le Patriarcat de Moscou, “ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine est profondément alarmant. Nous sommes témoins de ces histoires épouvantables de saisies d’églises”. Dans le village de Ptitchya, “plusieurs femmes et deux prêtres se serrent depuis plusieurs jours les uns contre les autres, parce qu’ils ont froid. Ils sont sans électricité, sans nourriture, sans chauffage et sans eau. Autour d’eux la foule vocifère, exigeant qu’ils soient jetés dehors et que l’église soit donnée à un groupe religieux que nous appelons les schismatiques”, peut-on lire sur le site internet du Patriarcat de Moscou. https://mospat.ru

Des bagarres ont éclaté devant l’église durant plusieurs jours et les fidèles des deux bords en sont venus aux mains. Ils se sont battus à coups de bâtons et de pelles et se sont même jeté des cocktails Molotov.

Une population divisée

Selon les informations diffusées par l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, la police n’a pas réagi. En outre, dans la nuit du 20 décembre, des fenêtres des maisons appartenant aux fidèles de l’Eglise d’Ukraine ont été brisées, les pneus de leurs voitures ont été crevés, et on a tiré avec des carabines à air comprimé sur les vitres de leurs habitations. Auparavant, le ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie avait demandé à l’ONU, à l’OSCE, au Conseil de l’Europe ainsi qu’aux organisations internationales de défense des droits de l’homme d’intervenir.

Les nationalistes reprochent aux “prêtres de l’Eglise de Moscou” de célébrer en russe, de refuser de prier pour l’armée ukrainienne qui se bat contre les séparatistes pro-russes et de ne pas réciter l’office des morts pour les soldats ukrainiens tués sur le front. Les tensions entre l’Eglise orthodoxe canonique et les dissidents du Patriarcat de Kiev, une Eglise née après l’indépendance de l’Ukraine, se sont aggravées avec le conflit russo-ukrainien suite à l’annexion de la Crimée et à la guerre dans les régions séparatistes et pro-russe de la partie orientale de l’Ukraine. (cath.ch-apic/interfax/mospat/be)


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