Dom Helder Camara 1909- 1999
Encadré
Surnommé «l’évêque rouge», «l’évêque des pauvres», «l’évêque des favelas», le prélat brésilien Dom Helder Camara, dont le nom et l’action sont étroitement associés à la théologie de la libération, est un fils du Nordeste. Né à Fortaleza, en février 1909, il n’avait pas cessé, depuis le début des années cinquante, de prendre position en faveur des pauvres et des opprimés, jusqu’à incarner tout à la fois l’esprit de résistance à la dictature militaire qui ensanglanta le Brésil de 1964 à 1985, et la recherche d’un autre mode de relation entre religion et politique, via notamment la construction de multiples réseaux (dont les fameuses «communautés de base», 130’000 espaces de ce type, regroupant plus de deux millions de personnes, existent toujours au Brésil.) mêlant réflexion politique, relecture de l’Evangile et action tournée du côté de la transformation sociale.
Nommé évêque auxiliaire de Rio de Janeiro en 1952, Helder Camara avait alors mis sur pied, avec d’autres prélats, la Conférence nationale des évêques du Brésil – qu’il présida pendant douze ans – et qui joua un rôle essentiel dans l’émergence d’une nouvelle culture religieuse dans toute l’Amérique latine. Baptisée, un peu plus tard, «théologie de la libération», celle-ci, se heurta de front, à l’époque, non seulement aux forces conservatrices de l’Eglise brésilienne, mais aussi aux milieux politiques qui allaient inspirer, à la suite du renversement par un coup d’Etat militaire du président élu Joao Goulart en 1964, l’un des pires régimes dictatoriaux de l’histoire de l’Amérique.
Nommé au même moment archevêque de Recife, Helder Camara devint alors l’une des figures majeures de la résistance au nouveau régime. En 1985, Dom Helder Camara avait été mis à la retraite et remplacé par un homme ouvertement opposé à ses conceptions, José Cardoso Sobrinho. Sommé de se taire, il resta pourtant présent et actif, notamment par le biais de la campagne «An 2000 sans misère», et par l’autorité morale qu’il continuait d’exercer auprès de millions de ses concitoyens et de beaucoup d’autres dans le monde. (apic/hum/sh)



