Suisse

«Les enfants de la grand-route»appartiennent aux livres d’histoire

Trente ans après les excuses du Conseil fédéral, les Yéniches de Suisse sont encore victimes de discrimination tandis que le destin des «enfants de la grand-route» menace de sombrer dans l’oubli. C’est ce qu’a rappelé la Société pour les peuples menacés (SPM) lors d’une manifestation à Berne le 2 juin 2016. La SPM exige que les persécutions commises à l’encontre des Yéniches soient inscrites dans les livres d’histoire.

Entre 1926 et 1972, près de 600 enfants yéniches ont été arrachés à leurs parents, afin d’en faire des ‘citoyens utiles’ et d’éliminer la culture yéniche. Aujourd’hui encore, ce sombre chapitre est totalement absent des manuels d’histoire suisses, a déploré Angela Mattli, responsable de campagne de la SPM.

Certes le 3 juin 1986, le président de la Confédération Alphons Egli a présenté des excuses pour le cofinancement par la Confédération de «l’œuvre d’entraide Les enfants de la grand-route», menée par la fondation Pro Juventute. «Mais nous constatons que les jeunes ne savent plus rien de cette histoire. Afin de ne pas oublier et surtout de ne pas répéter les erreurs passées, la SPM exige que l’histoire culturelle des Yéniches et les persécutions commises à leur encontre figurent dans les livres scolaires. La conseillère nationale Barbara Gysi (PS/SG) a d’ailleurs hier déposé une interpellation en ce sens.

Profilage racial par la police

Selon la SPM, les Yéniches – tout comme les Roms et les Sinti, autres minorités ethniques – restent discriminés en Suisse. Ils sont notamment souvent victimes de «profilage racial» de la part de la police et bien que citoyens suisses, ils sont sous-représentés dans les instances politiques. En outre, on renvoie souvent aux calendes grecques le traitement des préoccupations justifiées de cette minorité. «Bien que l’obligation soit inscrite dans la loi, la culture yéniche n’est qu’à peine encouragée et le droit à suffisamment d’aires de séjour et de transit doit constamment être renégocié», déplore Angela Mattli. A lui seul, le terme de ‘gens du voyage’ démontre que la discussion est entachée de préjugés. «Les Yéniches sont des Yéniches, qu’ils soient nomades ou sédentaires», conclut-elle. (cath.ch-apic/com/mp)

Une famille de rétameurs yéniches dans les Grisons, dans les années 1930 (photo: collection Ernest Spichiger / Cronica)
3 juin 2016 | 11:53
par Maurice Page
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