Enquête canonique contre trois prêtres de Riaumont pour violences sur mineurs
Trois prêtres de la communauté catholique traditionaliste de Riaumont, au nord de la France, sont visés par une enquête canonique concernant des violences sur mineurs. La communauté est depuis des années dans le collimateur de la justice.
Fondé dans les années 1960, l’Institut Sainte-Croix de Riaumont fait partie des communautés catholiques traditionalistes françaises rattachées au mouvement Ecclesia Dei, qui a refusé le schisme de Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité sacerdotale St-Pie X (FSSPX), en 1988.
Vivant très retirée en quasi autarcie, la communauté de Riaumont, dans le Pas-de-Calais, héberge un «Village d’enfants» pouvant accueillir une vingtaine de jeunes, âgés de 11 à 15 ans. La communauté a été régulièrement critiquée depuis les années 1970 pour ses méthodes d’éducation strictes et ses liens avec l’extrême droite.
Deux cents témoins auditionnés
Riaumont est inquiétée par la justice dès 2013, où une première plainte pour viol est déposée. Dans le cadre de perquisitions effectuées dans la communauté, les policiers découvrent des fichiers à caractère pédopornographique dans des ordinateurs. Cela aboutit à la mise en examen, en mai 2017, du Père prieur de la communauté, Alain H.
Plusieurs enquêtes judiciaires sont ensuite ouvertes en 2018 concernant des faits présumés de maltraitance et d’agressions sexuelles sur enfants visant d’anciens responsables. Les faits remonteraient aux années 1990 et 2000. Plus de 200 témoins directs et indirects auraient été auditionnés.
En 2019, une école privée hors contrat gérée par Riaumont, ouverte depuis 1989, est fermée sur décision administrative.
Le prieur condamné pour pédopornographie
Il faut attendre jusqu’en 2025 pour que commence la phase judiciaire active. En janvier, un arrêté préfectoral interdit l’organisation de séjours courts pour mineurs au Village d’enfants de Riaumont, en raison de mesures de protection face aux personnes susceptibles d’y loger et des procédures judiciaires en cours.
En février 2025, le parquet de Béthune requiert le renvoi en correctionnelle de six religieux de Riaumont, mis en examen pour violences volontaires sur mineurs, après des enquêtes sur des enfants encadrés au sein de la communauté.
Le 11 mars, débute le procès d’Alain H., l’ancien prieur, pour consultation et détention de fichiers à caractère pédopornographique. En avril, une nouvelle plainte est déposée contre trois prêtres de la communauté pour violences physiques et agressions sexuelles sur un mineur, concernant des faits remontant à la fin des années 2000.
Le 6 mai 2025, Alain H. est condamné à deux ans de prison avec sursis pour consultation d’images pédopornographiques, et interdit pour cinq ans d’activité avec des mineurs.
Un an pour retravailler sur les fondamentaux
À la suite de cette condamnation, Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Arras et Dom Pateau, Abbé de Fontgombault, dont relève la communauté de Riaumont, ont annoncé une «visite canonique extraordinaire» de la communauté pour faire la lumière sur les accusations et la gestion interne.
Début janvier 2026, la presse française a fait part du lancement d’une enquête canonique contre les trois prêtres mis en examen. Deux autres encadrants de Riaumont sont actuellement en examen pour agressions sexuelles, alors que la plainte pour viol fait l’objet d’une information judiciaire.
Mgr Leborgne et Dom Pateau ont donné à la communauté «un an pour retravailler sur les fondamentaux», redéfinir ses missions et «revoir l’ensemble des statuts», ont-ils indiqué le 9 janvier 2026 sur la radio RCF Hauts-de-France. «La dimension éducative n’est plus possible» au sein de l’ex Village d’enfants de Riaumont, puisqu’elle «demande des compétences que les gens n’ont pas et que l’actualité empêche», a relevé l’évêque d’Arras. (cath.ch/ag/arch/r)





