Berne : Journée d’étude de migratio sur les prêtres étrangers en Suisse
Enrichissement culturel ou solution à la pénurie de prêtres?
Berne, 15 septembre 2010 (Apic) La venue de prêtres étrangers en Suisse est-elle l’expression d’une pastorale de «raccommodage»? Représente-t-elle un enrichissement culturel? Quelle place les missions linguistiques ont-elles alors que nos paroisses comptent tant de prêtres étrangers? C’est à ces questions – et à bien d’autres – que la soixantaine de participants à la journée de réflexion de Migratio «Prêtres étrangers en Suisse: image de soi et signification pour l’Eglise locale» ont tenté de répondre, le 15 septembre à la paroisse de La Trinité à Berne.
La venue de prêtres en provenance de pays étrangers n’est pas destinée à résoudre nos problèmes de pénurie. Elle est l’expression du caractère international que vivent les communautés chrétiennes en Suisse, autant du côté du clergé que des autres chrétiens engagés ou des fidèles. C’est en substance ce qu’a exprimé en préambule de la rencontre Mgr Martin Gächter, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle. «Nous ne recrutons pas activement des prêtres à l’étranger. Ce sont eux qui sont venus se présenter et ont demandé à l’évêque ou à une paroisse s’ils pouvaient travailler chez nous», tient à préciser Mgr Gächter. «Nous ne les prenons pas tous, mais seulement ceux qui conviennent». L’exigence première étant la bonne maîtrise de l’allemand, ainsi que des études accomplies et de bonnes capacités en pastorale. Ils doivent également disposer d’une autorisation de l’évêque de leur diocèse d’origine.
Cette présence de prêtres de cultures différentes, l’évêque auxiliaire de Bâle la prend d’abord comme une forme d’enrichissement. «Les prêtres étrangers célèbrent souvent des eucharisties belles et vivantes. Parfois avec des éléments de leur région», souligne Mgr Gächter, qui insiste également sur la qualité de leur pastorale de la rencontre. «Ils sont proches des gens, souvent charmants, accessibles et positifs. La plupart apportent beaucoup de joie de vivre dans une paroisse». Il met également en évidence la solidité de leur foi. «Ils ont moins de méfiance à l’égard de l’évêque et du pape. On ne peut constater chez eux de sentiment anti-romain, au contraire ils sont reconnaissants envers le pape et l’Eglise universelle, par exemple pour l’aide au développement, les écoles et les hôpitaux. Lors d’une Journée mondiale de la Jeunesse, des Sud-Américains m’ont affirmé qu’ils avaient davantage de confiance envers l’Eglise qu’envers l’Etat.»
Assez de prêtres, mais pas assez d’argent
Mgr Gächter admet que des problèmes existent parfois avec des prêtres étrangers. Des malentendus peuvent apparaître, notamment lorsqu’ils récoltent de l’argent pour leur pays d’origine. «Cela peut même être un motif d’envoi de prêtres dans nos pays par des évêques d’Europe de l’Est, d’Asie ou d’Afrique», met-il en garde. Ajoutant: ils ont assez de prêtres, mais pas assez d’argent. Des lacunes sont aussi à constater parfois dans la conduite d’une équipe ou le travail à partir d’un concept pastoral. Et ces prêtres peuvent avoir une autre approche des valeurs en raison de leur conception culturelle. Par ailleurs, la collaboration avec les diverses instances paroissiales ne va souvent pas de soi. «Ils ne comprennent pas toujours qu’ils ne peuvent pas décider seul de l’attribution des montants de la paroisse, et qu’ils doivent soumettre leurs projets pastoraux aux budgets», relève Mgr Gächter.
Diversité ethnique et religieuse comme source de conflits
Vice-provincial des Missionnaires de St François de Sales, le Père Antony Kolencherry a fait connaissance avec le continent européen lors de ses études de théologie et de philosophie, à Fribourg en Suisse, à Vienne et à Salzbourg. Ce religieux du Kerala en Inde est actuellement administrateur de la paroisse «Maria Königin» à Soleure. «La diversité culturelle peut constituer un enrichissement, lorsqu’elle est marquée par une ouverture au partage et au dialogue», a-t-il lancé. Le religieux rappelle que de nombreux conflits douloureux dans le monde entier ont pour origine la diversité ethnique et religieuse.
«Pour moi, il n’y a qu’une Eglise catholique, qu’elle soit à l’est ou à l’ouest. Mais les usages et les traditions, liés à la culture et à la philosophie de chacun des peuples, donnent aux Eglises une teinte différente, et souvent très belle», affirme le prêtre. Son imprégnation culturelle indienne lui renvoie une Eglise marquée par une pensé et une façon d’agir très démocratique en Suisse. «Elle confie aux croyants une grande responsabilité en pastorale, mais aussi dans le travail administratif», constate-t-il. Ajoutant: «Tant que cela se déroule dans l’esprit du Christ, l’Eglise en Suisse a une grande chance».
Constatant que la Suisse devient toujours davantage une société multiculturelle, le Père Antony Kolencherry affirme que «l’interdiction des symboles chrétiens et des fêtes dans les écoles et autres établissements de l’Etat n’est pas seulement un signe de culture de consommation, mais aussi l’expression d’une indifférence religieuse». «Cela a des conséquences graves pour l’Europe, qui était autrefois imprégné par les valeurs chrétiennes, lesquelles ont contribué à construire une haute civilisation», constate le religieux.
Devenir membre d’une communauté chrétienne
L’évêque auxiliaire de Koszalin-Kolobrzeg en Pologne, Mgr Krzysztof Zadarko, s’est basé sur son expérience d’aumônier en Suisse pour souligner l’importance des missions linguistiques. L’étranger qui s’installe dans un autre pays arrive d’abord avec le bagage culturel de son pays d’origine. Dans une deuxième étape, la mission linguistique l’aidera à tisser des liens à l’intérieur de son pays d’arrivée, et notamment avec les instances qui collaboreront à son intégration. Le but de ce processus est de devenir pleinement membre d’une communauté chrétienne, dans laquelle sa culture d’origine deviendra un enrichissement pour ses frères et soeurs. «Cela fonctionne à certaines conditions, et surtout à travers un partenariat sensé et des relations fraternelles de l’Eglise locale», estime l’ancien aumônier de la Mission catholique polonaise en Suisse. L’évêque a également partagé quelques-unes de ses impressions en découvrant l’Eglise catholique en Suisse. «Pour beaucoup de ressortissants polonais, le fait que les paroisses suisses ne proposent pas la confession personnelle avant la première communion est un gros problème», affirme-t-il. Autre élément d’incompréhension: Pourquoi les catholiques expriment si peu de compréhension à l’égard des évêques et des prêtres, autant dans les médias que dans les paroisses? «Il est important que les nouveaux missionnaires soient mieux préparés par l’Eglise locale sur ce qui apparaîtra pour eux comme des nouveautés, afin d’empêcher que des jugements soient portés de part et d’autre sur leur spiritualité».
Encadré:
Les statistiques 2000 indiquent que la Suisse comptait alors:
– 7,29 millions d’habitants, dont 3,05 millions de catholiques (42%) et 35% de réformés.
– 21% des habitants en Suisse sont étrangers, et seulement 22% de ces étrangers sont des catholiques.
Les paroisses suisses comptent 342 prêtres étrangers, selon des statistiques présentées par Mgr Martin Gächter. C’est le petit diocèse de Lugano qui en compte le plus: 97 (dont 45 Italiens), suivi de Lausanne-Genève-Fribourg avec 93 prêtres, du diocèse de Coire avec 68, alors que l’immense diocèse de Bâle, qui regroupe un tiers des catholiques de Suisse, ne compte que 59 prêtres étrangers en pastorale paroissiale, celui de Sion 14 et le diocèse de St-Gall 11.
Provenance des prêtres étrangers dans les paroisses suisses :
Pologne : 72; Italie : 56; Afrique : 56; Allemagne : 40 (dont 31 dans le diocèse de Coire); Inde : 28; France : 28 (dont 27 dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg); Angleterre : 10; (+ 18 autres provenances).
Dans le diocèse de Bâle, sur 412 prêtres actifs en pastorale, 60% sont des prêtres suisses, 20% des prêtres étrangers et 20% des religieux (suisses ou étrangers). Sur 80 diacres, 66% sont suisses et 32% allemands. Parmi les 300 théologiens laïcs actifs en pastorale, 60% sont des Suisses et 33% des Allemands.
Quant aux missions linguistiques en Suisse (état au 31.7.2010), sur les 129 prêtres qui y travaillent 61 sont des Italiens, 21 des Portugais, 21 des Espagnols, 14 des Croates et 3 des Albanais. Les autres pays (Corée, Philippines, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie, Hongrie, Vietnam, Sri Lanka) comptent un ressortissant.
(apic/bb)



