Série Apic: Prêtres et religieuses au passé intéressant (VI) Fribourg: De la brasserie Feldschlösschen aux Sœurs de Saint Paul, il n’y a qu’un pas

Entre deux amours, mon cœur pétille

Fribourg, 14 février 2012 (Apic) Balade en compagnie de Sœur Thérèse Rotzler entre bulles et rotatives, de la brasserie Feldschlösschen à Reinfelden, aux Sœurs de Saint Paul à Fribourg. Portrait d’une religieuse attachante, intuitive et sportive, sous des dehors très rangés.

L’actuelle économe générale des Sœurs de Saint-Paul a le regard perçant, un sourire malicieux et un petit air mutin. Décidée, elle a su contenir les pressions et trouver sa voie dans l’imprimerie. Un parcours coloré qui n’a pas toujours été bien compris.

La nature ne prédisposait pas la jeune Thérèse aux travaux de la campagne. Fluette, l’aînée de cinq enfants préférait la vie cérébrale, au grand dam de son père agriculteur. Elle entreprend un apprentissage de commerce à l’hôpital du district, tenu par les diaconesses de Berne (des religieuses protestantes, ndlr). Aux chiffres, elle prend goût. Premier emploi aux bains de sel de Reinfelden. Le contact avec les patients la ravit, mais l’envie d’apprendre le français est plus forte. A 19 ans, un entrepreneur local l’engage. Le rêve se réalise un an et demi plus tard. L’enfant de Zeiningen quitte le Fricktal pour la Suisse romande.

Eveil et résistances

Lors de ses soirées de solitude à Neuchâtel, Thérèse découvre la mission. Premier déclic lors d’un sermon: «J’ai compris comme une lumière que Dieu est amour et s’intéresse à moi». Elle est bouleversée à la lecture du Psaume: «C’est toi… qui m’as tissé dans le sein de ma mère» (Ps 139, 13). Sa réponse est soudaine et généreuse: «Je veux faire quelque chose».

L’appel reste encore flou. Rentrer dans un couvent, «Non, jamais de la vie. C’est exclu pour moi». «J’avais peur de donner ma liberté», confesse-t-elle. D’autant plus qu’elle découvre «le ciel sur terre» à Neuchâtel, lors de balades le week-end avec une équipe de jeunes liés à la paroisse. Le bonheur est de courte durée, un an et demi. Les premiers nuages s’amoncèlent. Elle retourne en Argovie remplacer sa sœur cadette pour subvenir aux besoins matériels de la famille.

Reine à Feldschlösschen

Thérèse répond alors à une annonce publiée dans le journal local. A son retour de vacances, la lettre d’engagement l’attend, signée du directeur de Feldschlösschen, membre du conseil de l’hôpital du district. Elle est la seule fille à travailler à la brasserie. «J’étais vraiment une princesse». Cajolée, elle recevait un kilo de chocolat à la fin de l’année, en remplacement du souper du personnel, réservé uniquement aux hommes.

Avec Thérèse, une touche féminine très appréciée se joint aux levures, épices et cuves. La jupe fait son entrée dans ce monde d’hommes. Ses collègues aiment la taquiner, par exemple en débranchant les fusibles quand elle utilisait la calculatrice. Comme secrétaire de la section architecture, Thérèse élargit ses compétences commerciales. Elle apprend à lire et à colorer les plans.

Dans ce paysage ensoleillé, nouvelle ombre. L’ancienne chef de l’hôpital du district tombe gravement malade. On appelle Thérèse à la rescousse. Fidèle et dévouée, elle quitte la brasserie pour diriger l’administration. «Je pensais que c’était cela que Dieu voulait». Sa décision fait mousser son père. Mais c’est là que Dieu l’attendait.

Vers la rupture

La supérieure des diaconesses lui donne la revue «Paulus Ruf» (»Voix de Saint-Paul»). Le témoignage d’une religieuse au Vietnam la frappe. Thérèse prend alors deux jours de vacances pour visiter les Sœurs à Fribourg. «L’enthousiasme de la religieuse qui me montrait son métier m’a impressionnée. J’ai senti tout de suite que c’était là», confie l’actuelle économe générale entre deux sonneries de téléphone. Les pressions exercées par la direction de l’hôpital ou la famille n’ont pas ébranlé sa décision. «C’est choisi. C’est maintenant ou jamais».

La rupture est quasi totale. L’expérience professionnelle est son unique bouée de secours. Pour le reste, «c’est le grand saut dans le vide». Thérèse ne connaît pas les Sœurs de Saint-Paul ni la vie religieuse. «Je notais dans un carnet les mots de vocabulaire religieux». La nouveauté ne l’effraie pas. Entière et décidée, elle liquide habits et souvenirs. Puis… «J’ai pleuré pendant un jour».

La marche, un besoin perdu et retrouvé

Pour évacuer la surcharge d’énergie, Thérèse a toujours cultivé le sport. Par tous les temps, elle a parcouru les six kilomètres qui séparent sa ferme natale de l’hôpital de district ou de la brasserie Feldschlösschen à Reinfelden. A 20 ans, elle réalise avec une amie le projet fou de gravir tous les cols reliant Evolène à Zermatt, en 10 jours. Une fois entrée chez les Sœurs, elle organise des marches. Ce besoin de nature lui permet de rencontrer son Créateur. Pour la bonne cause, elle est prête à avaler les 14,5 kilomètres du ’Marcheton CF – Fribourg’.

Cette miraculée connaît le prix de la vie. Elle sait que la santé n’est pas un dû. Atteinte de polyarthrite à 50 ans, Sœur Thérèse s’est battue durant 10 ans et elle a retrouvé la santé. «Maintenant, chaque pas est un cadeau».

Elle espère en jouir encore longtemps, durant sa «retraite» (elle va sur ses 78 ans, ndlr), entre travail, prière, marche et lecture. (apic/ggc)

Note aux médias: Des photos de Sœur Thérèse Rotzler peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

14 février 2012 | 11:36
par webmaster@kath.ch
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